Le terrain de deux hectares est bordé d'un côté par la rivière Sutton et de l'autre par la route 139.

Sutton: feu vert à un développement controversé

Le conseil municipal de Sutton est d'accord à la construction de maisons près de la rivière Sutton. Le projet comprenant 11 maisons et multilogements ne fait toutefois pas l'unanimité parmi les élus.
Dans un rare moment de dissension à la table du conseil, les conseillers Nathalie Bédard, Veerle Beljaars et Serge Poirier ont voté contre le plan de lotissements présenté lundi lors de l'assemblée mensuelle. Aux citoyens présents, ils ont expliqué en substance que l'endroit n'était pas propice pour y construire des maisons en raison de risques d'inondation.
La demande du promoteur a quand même été acceptée puisque le maire Louis Dandenault a joint son vote à ceux des trois autres conseillers. Le dossier sera maintenant acheminé à la MRC Brome-Missisquoi, pour évaluer sa conformité, puis au ministère de l'Environnement.
La Ville, assure M. Dandenault, a bien fait ses devoirs dans ce dossier, commandant sa propre étude environnementale pour déterminer où se situait la ligne des hautes eaux, point de discorde entre des citoyens opposés au projet et le promoteur. « Des citoyens étaient inquiets des informations que le promoteur donnait. On a vérifié ses études et on a décidé d'avoir la nôtre. On a retourné le projet cinq fois au CCU (comité consultatif d'urbanisme). Ils ont travaillé fort là-dessus. Je pense qu'on a pris toutes les précautions nécessaires », a-t-il indiqué cette semaine en entrevue.
Le terrain de deux hectares est bordé d'un côté par la rivière Sutton­ et de l'autre par la route 139.
Dans sa demande initiale, le promoteur demandait deux dérogations mineures : une pour que la rue donnant accès aux différents lots soit large de neuf mètres au lieu des 15 mètres exigés, l'autre pour que cinq lots aient une profondeur moindre des 45 mètres exigés par la réglementation. Seule la première a été acceptée. La future rue devra cependant avoir une largeur de 12 mètres.
Aussi, deux conditions de construction sont imposées au promoteur : aucune construction ne peut avoir un sous-sol et les rez-de-chaussée devront être au même niveau que la route 139. Les deux mesures sont des précautions en cas d'inondations, a dit M. Dandenault, soutenant du même souffle que les risques sont minimes. L'étude sur laquelle se base la Ville évalue les risques à une inondation aux 100 ans. « Il n'y a aucun problème avec les inondations. Ce n'est pas une zone inondable », dit-il.
De la décision des trois conseillers de rejeter le projet, le maire s'est montré avare de commentaires. « C'est leur décision. Je respecte ça », a-t-il tout simplement dit.
M. Poirier et Mme Beljaars ne nous ont pas rappelé. Nous n'avons pas été en mesure de contacter Mme Bédard.
Dénouement
Le promoteur, Louis Beauregard, s'est dit satisfait du dénouement de l'affaire, bien qu'il trouve dommage que des citoyens s'opposent au projet. Il n'en veut pas non plus aux trois conseillers qui n'ont pas voulu donner leur accord. « Tous les gens ont le droit de faire leur choix. Ce serait un petit projet s'il était à Granby ou Cowansville. Mais pour Sutton, c'est trop gros, trop gros pour certaines personnes », déplore-t-il avant d'ajouter : « On ne ferait rien si on devait toujours attendre d'avoir l'unanimité. »
L'homme d'affaires croit qu'une offre résidentielle très précise manque à Sutton, celle des maisons de moins de 200 000 $. Ses maisons unifamiliales et jumelées, qu'il détaillera entre 185 000 $ et 215 000 $, répondront à une demande. Il souligne que la Ville donne des crédits de taxes foncières de cinq ans aux acheteurs de maisons de moins de 250 000 $.
M. Beauregard souhaite pouvoir lancer les travaux au printemps.
Les maisons abordables sont rares sur le marché immobilier à Sutton, soutient le maire Dandenault. Les occasions d'en construire près du village sont également rares, ce qui rend le projet très intéressant. « C'est un beau projet. Ça va nous donner des maisons près du village, avec les services (aqueduc et égout), à des prix très raisonnables », dit-il.
« Pas une décision raisonnable »
Construire des maisons et des édifices à logements si près de la rivière Sutton « n'est pas une décision raisonnable », croit Catherine Zellweger, ancienne membre du comité consultatif d'urbanisme. Des propriétaires de maisons le long de la route 139 dans le secteur visé, dit-elle, ont affirmé au conseil avoir vu la rivière sortir de son lit à quelques reprises depuis les années 90.
« Si des maisons sont construites là, c'est sûr qu'elles seront inondées », soutient-elle. « Il y a beaucoup de choses dans ce projet-là qui sont surprenantes. »
Mme Zellweger a été interpellée lundi par le maire Louis Dandenault à la fin de l'assemblée du conseil. Il lui reproche de s'opposer au projet immobilier alors qu'elle en a accepté un similaire, il y a quelques années, sur un terrain contigu du temps où elle siégeait au CCU. « Ils ne se sont pas posé toutes ces questions quand ils ont accepté le projet. Je ne comprends pas leur approche aujourd'hui de le faire », a dit M. Dandenault en entrevue.
Mme Zellweger fait partie du groupe de citoyens qui a intenté un recours judiciaire contre la Ville pour contester la légalité des règlements d'urbanisme 254 et 256 adoptés en 2015 par le conseil. La cause a été prise en délibérée par le juge François Tôth. Elle voit dans les attaques du maire à son endroit « une tentative de miner la crédibilité des citoyens » qui posent des questions. « Il ne nous pardonne pas qu'on conteste certaines décisions du conseil. »
Sur le fond des critiques du maire, Mme Zellweger indique que le projet en question n'est pas comparable à celui que le conseil vient d'approuver. Le CCU, au moment où elle en était membre, a en effet accepté que des édifices à logements soient construits sur le terrain voisin. Celui-ci est plus haut, a-t-elle mentionné, en plus d'être plus large et éloigné de la rivière Sutton.