Selon le représentant du syndicat APTS en Estrie, Emmanuel Breton, la pression sur le personnel de laboratoire à l’hôpital de Granby est insoutenable.

Surcharge de travail «catastrophique» dans les laboratoires du CHG

Près de deux ans après son lancement officiel, le projet de réorganisation des laboratoires médicaux Optilab continue de faire des vagues dans la région. Des effectifs de l’hôpital de Granby ont manifesté leur ras-le-bol, vendredi, déplorant être sans cesse en surcharge de travail, sans savoir s’ils perdront leur emploi.

« À Granby, les gens quittent leur job parce qu’ils savent qu’ils devront éventuellement aller travailler à Sherbrooke. Donc, on se retrouve en sous-effectifs et ceux qui restent sont débordés. Les heures supplémentaires sont quotidiennes. C’est catastrophique », a indiqué en entrevue le représentant de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Estrie, Emmanuel Breton.

« On veut sauver notre labo. Si Optilab se concrétise, on l’accepte. Mais on veut que ça se passe de la bonne façon. On veut que les patients soient bien traités et que ça ne nuise pas aux services que l’on offre », a confié Julie Blanchard en marge du point de presse tenu devant le Centre hospitalier de Granby (CHG), auquel a participé une quinzaine d’employés.

Selon nos informations, il manquait quatre personnes pour compléter l’équipe de jour dans l’ensemble des départements de laboratoire au CHG, qui doit normalement en regrouper 25.

Le représentant de l’APTS estime que la « tension psychologique » sur les effectifs est insoutenable. « Ça fait quatre ans qu’on joue dans la tête des employés. Il faut que ça cesse. Ils ont le droit d’avoir l’heure juste », a-t-il clamé en entrevue.

Karine Marion-Massé, une collègue de Julie Blanchard, abonde dans le même sens. « C’est lourd d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. »

Selon les données obtenues par le CIUSSS de l’Estrie, de 2015 à 2018, 14 personnes représentées par le syndicat de l’APTS ont été embauchées dans les laboratoires du CHG (RLS de la Haute-Yamaska). Au cours de cette même période, 15 employés ont quitté l’établissement pour la retraite, un retour aux études ou un déménagement. Le portrait est similaire dans le RLS La Pommeraie (6 départs contre 5 personnes recrutées).

Une quinzaine d’employés de laboratoire du CHG ont bravé la pluie, vendredi, portant un écusson clamant «J’en peux pu!», pour lancer un cri du coeur à la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Traçabilité

Selon Emmanuel Breton, outre la pression sur le personnel, les risques d’erreurs lors du transfert de spécimens prélevés vers Sherbrooke sont accrus. « On met les échantillons dans une petite glaciaire et elle part en camion à Sherbrooke. Mais il n’y a pas de traçabilité. »

Ce que réfute la directrice des services multidisciplinaires du CIUSSS de l’Estrie, Karine Duchaineau. Actuellement, des registres écrits sont tenus du départ à l’arrivée des échantillons, a-t-elle fait valoir. Cette opération s’effectuera sous peu de façon électronique. Un tel système, développé par le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec affilié à l’Université Laval, est à l’essai. Le CIUSSS de l’Estrie prévoit l’utiliser d’ici l’automne prochain, a précisé la représentante du CIUSSS.

Maintien des cibles

Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec se braquait contre Optilab. Le discours a toutefois changé une fois au pouvoir. Plutôt que d’abroger la réforme amorcée par son prédécesseur, la CAQ opte désormais pour sa révision. « On a conscience qu’il y a des enjeux dans certaines régions dont on va tenir compte. Tout est à construire », a fait valoir l’attaché de presse de la ministre de la Santé Danielle McCann, Alexandre Lahaie.

À ce chapitre, le CIUSSS de l’Estrie devrait boucler la boucle d’ici « six mois à un an », a mentionné Mme Duchaineau. « Il y aura peut-être des analyses qui ne seront pas déplacées vers le laboratoire serveur », a-t-elle évoqué.

Le CIUSSS garde malgré tout le cap avec les suppressions de postes prévues initialement.

« Les cibles et les attentes du Ministère ne changent pas », a affirmé Mme Duchaineau. Ce qui laisse présager un accroissement de la charge de travail dans les hôpitaux régionaux, notamment à Granby, déjà en surcapacité.

Par ailleurs, rappelons que le CHG sera le grand perdant une fois la restructuration complétée, avec 27 emplois en moins sur une cinquantaine retranchées en Estrie. Sept postes doivent être supprimés à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins. Ce retrait s’effectuera principalement par attrition au cours des 10 prochaines années, a précisé la directrice des services multidisciplinaires.

Le défi de rétention et d’embauche de personnel de laboratoire, en dehors du centre serveur à Sherbrooke, est toutefois bien tangible. « Le projet Optilab amène un climat d’incertitude, a concédé la porte-parole du CIUSSS. On tente de donner l’information la plus juste possible. Mais c’est long pour le personnel sur le terrain. »