La vue est d’une beauté à couper le souffle: le barrage haut de 214 mètres a fière allure avec ses 13 gigantesques voûtes qui retiennent les eaux de la Manicouagan.
La vue est d’une beauté à couper le souffle: le barrage haut de 214 mètres a fière allure avec ses 13 gigantesques voûtes qui retiennent les eaux de la Manicouagan.

Sur la route des barrages... en véhicule électrique!

Ingénieur électrique pour Hydro-Québec, mon chum rêvait depuis longtemps de visiter les installations de la centrale Manic-5, le plus grand barrage à voûtes multiples et à contreforts du monde. À défaut de voyager à l’étranger comme prévu en raison de la pandémie, nous avons décidé de nous y rendre, et ce, à bord de sa voiture électrique. Récit d’un périple sans essence de 2500 kilomètres dont le fil conducteur fut l’électricité.

« Si tu savais comme on s’ennuie, à La Manic... », chantait Georges Dor. Pour nous, la visite de cette impressionnante installation, preuve du savoir-faire québécois, a été tout sauf ennuyante.

Certes, la route est longue avant d’arriver à notre destination. Très longue. 211 kilomètres séparent le barrage de la ville de Baie-Comeau, avec pour seul autre point d’intérêt entre les deux la centrale Manic-2, située à environ 40 kilomètres de notre point de départ.

C’est à bord d’une voiture Tesla Modèle 3 SR+ que nous avons effectué notre roadtrip, qui nous a menés du nid montérégien jusqu’à la Centrale hydroélectrique Manic-5, dont le barrage a été nommé en l’honneur du défunt premier ministre Daniel Johnson, décédé d’une crise cardiaque à la veille de l’inauguration officielle, en septembre 1968.

Après un arrêt dans la région de Québec, nous avons emprunté la route 138, seconde en longueur au Québec avec ses 1450 kilomètres, en direction de la Côte-Nord. Nous avons traversé les routes vallonneuses de Charlevoix avant d’admirer les paysages maritimes de la côte. Un voyage parsemé d’escales à travers villes et villages où nous avons pu recharger la batterie du véhicule et visiter musées, restaurants, vignobles, microbrasseries, galeries d’art, rendant le périple aussi intéressant que sa finalité.

Après quelques jours à bourlinguer vers le nord-est, nous voilà arrivés à Baie-Comeau, où nous nous sommes assurés d’avoir une pleine charge (tout près de 400 km) avant de nous lancer à l’assaut de la route 389, seul accès terrestre vers le fameux barrage.

En effet, d’ici notre ultime destination il n’y avait qu’une seule borne de recharge à notre portée. Les véhicules électriques à petite autonomie ne peuvent donc pas effectuer ce trajet, sauf s’il s’agit de modèles hybrides dotés également d’un moteur à essence.

Une fois à l’intérieur de la structure bétonnée, celle-ci semble plus imposante que jamais.

Manic-5 : ça vaut le (long) détour !

Histoire de ne pas faire les quelque sept heures de route que nécessite l’aller-retour entre Baie-Comeau et Manic-5 en une journée, nous avons séjourné au Motel de l’Énergie la veille de notre visite prévue. Cet établissement à deux kilomètres du barrage sert aussi de relais sur la route vers Fermont et accueille à la fois des touristes et travailleurs. On y retrouve une cantine, un dépanneur et un poste d’essence.

Nous avons donc passé tout un après-midi sur la route quasi déserte, croisant parfois des zones de travaux, quelques poids lourds et surtout, plusieurs camionnettes de la société d’État.

Au fur et à mesure que nous ajoutions les kilomètres au compteur, les pylônes, nos seuls compagnons de voyage, se dressaient fièrement à nos côtés, immergeant des forêts dominées par les conifères. Ils ont fini par nous mener à notre destination : soudainement, quand on croyait ne plus arriver, voilà que ce mastodonte de béton se dresse majestueusement devant nous.

La vue est d’une beauté à couper le souffle : le barrage, long de 1,31 kilomètre et haut de 214 mètres, a fière allure avec ses 13 gigantesques voûtes qui retiennent les eaux de la Manicouagan. Pas moins de six millions de tonnes de béton ont été nécessaires pour sa construction, qui a mobilisé des milliers d’hommes durant les années 1960.

La visite guidée débute par une présentation multimédia expliquant la construction du barrage, mais aussi ses incroyables capacités. On nous parle également de la vie des travailleurs et de leur famille venus s’établir dans cette région éloignée afin de faire de ce projet d’envergure une réalité au moment même où le Québec s’émancipait tranquillement.

Le plus fort de l’expérience demeure évidemment la visite physique du barrage, précédée d’une balade en autobus où on arrête explorer la centrale hydroélectrique. Une fois à l’intérieur de la structure bétonnée, celle-ci semble plus imposante que jamais.

Impossible de ne pas ressentir une certaine fierté d’être Québécois en se retrouvant dans ce joyau d’ingénierie...

La visite se poursuit par la suite au-dessus du barrage, où on peut admirer l’immense étendue d’eau qui l’alimente de même que la forêt à perte de vue.

En fin de visite, il est possible d’en apprendre encore un peu plus en flânant dans l’exposition permanente du pavillon d’accueil.

Centrale Manic-5 et le Barrage Daniel-Johnson

  • Kilomètre 214 de la route 389 Nord, à partir de Baie-Comeau
  • Visites guidées du 26 juin au 31 août : tous les jours à 9 h, 11 h, 13 h et 15 h
  • 1 866 526-2642 ou par courriel au hqp_visites_guidees_manicouagan@hydro.qc.ca
Histoire de faire d’une pierre deux coups et compte tenu de la distance parcourue, nous avions réservé une visite à la centrale Manic-2 sur le chemin du retour..

Manic-2 : À l’ombre d’une turbine Francis

Histoire de faire d’une pierre deux coups compte tenu de la distance parcourue, nous avions réservé une visite à la centrale Manic-2 sur le chemin du retour.

Après une pause lunch improvisée en bordure de la route, nous avons parcouru les quelque 175 kilomètres séparant les deux centrales, un trajet d’environ trois heures.

Malgré tout, il nous restait encore une heure et demie à attendre avant de pouvoir faire notre visite. Cela nous a permis de recharger la batterie du véhicule à l’unique borne accessible aux visiteurs et de faire le tour de la courte exposition intérieure qu’on retrouve dans le pavillon d’accueil, qui nous apprend entre autres que les imposants pylônes dont la forme rappelle celle d’un géant tient son nom de l’actrice Mae West, ou plutôt de sa silhouette voluptueuse !

Nous avons par la suite attendu l’heure de notre visite sous le brûlant soleil de juillet... jusqu’à ce que l’amoureux ait la brillante idée d’installer nos chaises pliantes sous la turbine Francis exposée à l’extérieur du site.

Il n’est pas rare de voir l’une de ces turbines, qui portent le nom de leur créateur, en exposition devant une centrale où elles servent à transformer la force de l’eau en courant électrique. Nous avons eu l’occasion d’en voir une à l’action au cours de notre passage au cœur de la centrale qui rend hommage à l’ancien premier ministre Jean-Lesage.

Centrale Manic-2 (Jean-Lesage)

  • Kilomètre 20 de la route 389 Nord, à partir de Baie-Comeau
  • Visites du 26 juin au 31 août : tous les jours à 9 h, 11 h 15 et 15 h 45
  • 1 866 526-2642 ou par courriel au hqp_visites_guidees_manicouagan@hydro.qc.ca
Bien que les centrales Bersimis I et II ne soient pas accessibles aux visiteurs, il a été possible d’en apprendre plus sur leur histoire en s’arrêtant à La Petite anglicane, à Forestville. Convertie en musée en 1994, cette ancienne chapelle protestante construite en 1948 retrace l’histoire de la construction des centrales et la naissance du village éphémère de St-Maurice-de-Labrieville, où ont vécu quelque 5000 travailleurs d’Hydro-Québec ayant pris part aux travaux.

Si Bersimis m’était contée...

Sur le chemin du retour, nous avons remarqué la présence des centrales Bersimis I et II sur la rivière du même nom.

Leur construction a précédé celle des barrages de la Manicouagan, et constitue le tout premier « méga-chantier » mené par Hydro-Québec à l’Est de la rivière Saguenay au cours de la décennie 1950. Le projet Bersimis marque aussi la construction de la première centrale hydroélectrique souterraine dans la province.

Bien que ces centrales ne soient pas accessibles aux visiteurs, il a été possible d’en apprendre plus sur leur histoire en s’arrêtant à La Petite anglicane, à Forestville. Convertie en musée en 1994, cette chapelle protestante construite en 1948 retrace l’histoire de la municipalité et propose deux expositions permanentes, dont l’une raconte la construction des centrales et la naissance du village éphémère de St-Maurice-de-Labrieville, où ont vécu quelque 5000 travailleurs d’Hydro-Québec ayant pris part aux travaux, ainsi que leur famille.

Une heure bien investie quand on prend le temps de s’éloigner de la route principale.

La Petite anglicane

  • 2, 2e Rue, Forestville
  • Visites du lundi au vendredi de 8 h à 18 h ; les samedis et dimanches, de 9 h à 17 h
  • L’entrée est gratuite, mais les contributions volontaires sont appréciées
  • 418 587-6148
La visite du parc thématique L’Odyssée des Bâtisseurs se termine en beauté par l’ascension d’un belvédère où on peut observer un fabuleux panorama dont fait toujours partie aujourd’hui la centrale Isle-Maligne.

Dans les pas des bâtisseurs

Notre escapade nous a ensuite conduits au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Nous nous sommes arrêtés au parc thématique de L’Odyssée des Bâtisseurs, qui rend hommage, le nom le dit, à des individus ayant contribué au développement et à l’essor de la région.

L’exposition permanente interactive Au-delà de l’eau est d’ailleurs consacrée à la construction de plusieurs centrales hydroélectriques privées — notamment pour la production de pâtes et papiers et d’aluminium— au cours des années 1920 à 1960, mais aussi aux différents enjeux concernant la gestion de l’eau, une richesse de la région.

Coup de cœur pour l’immense mur exposant divers appareils électriques de la vie courante nous permettant de constater à quel point notre consommation d’hydroélectricité a crû au fil des décennies !

Le prix d’entrée permet également l’accès à un sentier extérieur d’approximativement 500 mètres où on continue d’en apprendre sur la production hydroélectrique. On y retrouve également une turbine Francis, mais aussi une autre de type Kaplan.

Cette visite se termine en beauté par l’ascension d’un belvédère où on peut observer un fabuleux panorama dont fait toujours partie aujourd’hui la centrale Isle-Maligne. D’ordinaire, une présentation multimédia est faite dans l’ancienne tour d’eau qui se trouve au sommet, mais celle-ci n’a pas lieu cette année en raison de la pandémie.

L’Odyssée des Bâtisseurs

  • 1671 Avenue du Pont N, Alma
  • Du 20 juin au 20 septembre : ouvert tous les jours de 9 h à 16 h 30
  • À partir du 21 septembre : ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 13 h à 16 h 30 ainsi que le samedi de 9 h à 16 h
  • Coût d’entrée : 9,50 $ par adulte, 7,50 $ pour les étudiants, 4,50 $ pour les 6 -17 ans, gratuit pour les 5 ans et moins.
  • Les visites guidées sont suspendues en raison de la COVID-19.
  • 1 866 668-2606 ou via le site web au www.odysseedesbatisseurs.com.
Heureusement qu’il y avait une borne de recharge à Manic-5, autrement nous n’aurions pas pu faire le chemin du retour!

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BIEN PLANIFIER POUR NE PAS ÊTRE À PLAT

La clé d’une telle expédition est la même qu’avec n’importe quel type de moyen de transport: la planification. La recharge de la batterie du véhicule a guidé partiellement notre itinéraire et notre emploi du temps.

Heureusement, le réseau de bornes de recharge publiques ne cesse de croître. Le Circuit électrique compte désormais plus de 2500 bornes à travers la province, y compris 300 bornes à recharge rapide, qu’on retrouve généralement dans des secteurs commerciaux ou tout près d’édifices municipaux. Grâce à Internet, il d’ailleurs est facile de repérer l’emplacement de ces bornes et la distance à parcourir pour les rejoindre.

À cela s’ajoutent, pour les propriétaires de véhicule de marque Tesla, des stations de « superchargeurs » parsemées dans quelques municipalités de la province. Plusieurs restaurants ou hôtels offrent également une ou plusieurs bornes accessibles gratuitement ou à peu de frais pour leur clientèle. Il est donc possible de laisser la voiture branchée en savourant un repas ou en explorant un nouveau quartier. Selon le type de borne et nos besoins, une recharge peut prendre quelques heures ou quinze minutes !

Le montant facturé variera enfin selon le type de borne et le temps alloué à la recharge. Certaines bornes proposent une tarification à l’heure alors que d’autres exigeront un montant fixe peu importe la durée de la session.

En tout et pour tout, les diverses recharges effectuées tout au long de notre voyage ne nous auront coûté qu’un peu plus de 100 $. Pas mal pour dix jours d’aventure !

Du camping avec ça !

Cette escapade en voiture électrique s’est aussi avérée un prétexte parfait pour s’initier à l’auto-camping. L’alimentation en électricité offerte sur certains sites de la SÉPAQ nous a permis de dormir à une température tempérée, le tout dans le confort de l’habitacle dont la banquette arrière et le coffre ont été transformés en lit grâce à un matelas gonflable ! 

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TOUT UN CIRCUIT DE VISITES

Si la production d’électricité vous branche, Hydro-Québec offre des visites guidées gratuites dans une quinzaine de ses centrales et de ses établissements à travers la province. 

À l’exception de la Cité de l’Énergie, à Shawinigan, toutes ces visites guidées sont gratuites. 

En raison de la pandémie, ces visites sont toutefois offertes à des groupes plus restreints et sur réservation seulement. Assurez-vous d’avoir une place avant de vous déplacer !

La liste des installations ouvertes au public est disponible sur le site d’Hydro-Québec, par région, à l’adresse www.hydroquebec.com/visitez