Les policiers de Granby ont assuré une surveillance accrue autour des mosquées de Granby, dont le Centre culturel islamique de Granby, sur la photo.

Stupéfaction et inquiétude à Granby

Au lendemain de l'attentat dans une mosquée de Sainte-Foy qui a coûté la vie à six personnes et en a blessé grièvement cinq autres, la tristesse, l'étonnement et l'inquiétude étaient perceptibles parmi la communauté musulmane de la région.
Le président du Centre culturel islamique de Granby, Hamid Ouguedir, est de ceux à avoir été surpris qu'un telle attaque puisse avoir été perpétrée au Québec. «Ce sont toujours des choses étonnantes. On dit que ça arrive toujours ailleurs. Ici, ça ne marche pas...»
Lui-même a un ami qui a fréquenté à quelques reprises la mosquée de Sainte-Foy. Inquiet, il a réussi à le joindre pour s'assurer qu'il n'y était pas durant cette soirée tragique.
«Les mosquées et les centres culturels islamiques sont des endroits très fréquentés par les musulmans. Ce sont des endroits de réunion pour se voir, discuter, faire les prières, même si c'est un moment très court, explique-t-il. Quand ça arrive dans des endroits comme ça, c'est comme si on s'attaquait à un restaurant, un bar, un endroit achalandé.»
La mosquée visée par le suspect à Sainte-Foy avait fait l'objet, par le passé, d'actes de vandalisme. C'est aussi le cas de celle de la rue Racine, à Granby, qui a d'abord été ciblée par des voleurs. «Le vol a été déclaré à la police. Ils ont cassé la porte et volé la télé et la petite caisse. Ça n'a rien à voir avec ce qu'on vit à Québec, puisque c'était seulement un vol. Avec ce qui est arrivé hier et avec l'historique de ce centre - ils avaient les mêmes actes, ils avaient des graffitis comme nous et à un moment donné ils ont posé une tête de cochon -, j'ai décidé qu'on allait déclarer à la police qu'on avait été victime de deux actes comme ça. Ce sont des actes haineux et qui ne sont pas acceptables.»
Dans les derniers mois, l'affiche du centre a été brisée à deux reprises, des graffitis ont été dessinés et un liquide non identifié a éclaboussé l'édifice. «Avant, je ne voyais pas l'intérêt de le déclarer à la police. Avec Charlie Hebdo et les attentats de Paris, je me disais que c'était peut-être des jeunes qui avaient été touchés émotionnellement», affirme Hamid Ouguedir.
En réalisant que ces actes étaient possiblement islamophobes, l'inquiétude a poussé le président du Centre culturel islamique à se confier aux policiers.
Une veillée aux chandelles était d'ailleurs organisée face au Centre culturel islamique de Granby, lundi soir. L'événement a été organisé par un citoyen qui n'est pas membre de la mosquée. «C'est sûr et certain que, lorsque ce sont des gens qui veulent exprimer leur soutien, leur désolation, on ne va pas leur dire non, ils sont les bienvenus», indique M. Ouguedir, heureux de cette initiative.
En berne
Autre manifestation de soutien : les drapeaux ont été mis en berne, lundi, à Granby et à Cowansville. 
La Ville de Cowansville a pris cette décision en solidarité avec les citoyens de Québec, le maire Régis Labeaume et l'ensemble des musulmans de la province. 
«Il n'y a pas plusieurs communautés de différentes origines au Québec. Il n'y a qu'une seule communauté de Québécois et Québécoises sans égard à leur provenance, a déclaré le maire Arthur Fauteux. Les gestes horribles commis hier (dimanche) envers nos concitoyens musulmans ne viennent que renforcer notre désir de maintenir cette paix si fragile, mais combien importante aux yeux de tous les Québécois.»
La Ville de Granby, quant à elle, a voulu ainsi dénoncer l'acte de terrorisme et démontrer également son appui et sa solidarité envers la communauté musulmane de Québec.
«Au nom du conseil municipal, je tiens à offrir mes plus sincères condoléances aux victimes et à leur famille. Cet acte tragique nous laisse sous le choc et nous ne pouvons qu'en dénoncer l'horreur qui va à l'encontre de nos valeurs d'ouverture et de tolérance», a déclaré Jean-Luc Nappert, maire suppléant. 
Surveillance
Les policiers de partout au Québec ont redoublé de vigilance à proximité des mosquées. Ce fut également le cas à Granby, où se trouvent deux mosquées, rues Racine et Cabana. 
«On assure une surveillance accrue de ces mosquées-là depuis les événements, a laissé entendre Guy Rousseau, porte-parole du Service de police de Granby. On est en constante communication avec les responsables de la Sûreté du Québec et d'autres corps de police qui sont impliqués dans les mesures d'urgence.»