La victime, Jacques Choquette
La victime, Jacques Choquette

Stéphane Blanchard dit avoir tué Jacques Choquette par erreur

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Appelé à témoigner à son procès pour meurtre prémédité, Stéphane Blanchard soutient qu’il n’a jamais eu l’intention de tuer Jacques Choquette en novembre 2016.

Questionné par son avocat, Me Jean-François Lambert, l’accusé de 38 ans a déclaré mercredi que l’intention était uniquement de « faire peur » à l’entrepreneur en construction de Granby de 51 ans, en tirant « à côté de lui ». La victime, croyait-il, devait de l’argent à un ami.

« J’ai jamais voulu le pogner, surtout pas dans la tête, a-t-il indiqué au jury. C’est arrivé très vite... »

Le plan initial, a-t-il témoigné en gardant constamment la tête baissée, était d’attirer la victime chez cet ami commun, un homme de 55 ans également accusé dans cette affaire et qui doit subir son procès en 2021.

Mais le soir du 3 novembre 2016, le plan change et les trois hommes se rencontreront plutôt dans un rang isolé d’Eastman, en Estrie. 

En chemin, a dit Stéphane Blanchard, son ami passager, qui selon ses dires avait tout orchestré, a subitement adopté un ton agressif. Il aurait évoqué qu’il connaissait de célèbres bandits locaux. L’accusé a dit s’être senti intimidé.

Sur les lieux de la rencontre, alors que les trois hommes sont dehors, il a pris sa carabine dans la valise de sa voiture. Son ami lui aurait alors crié de tirer. Nerveux, Stéphane Blanchard aurait alors visé Jacques Choquette par inadvertance.

« Je me suis effondré sur le bord de mon auto. Je ne comprends plus rien, j’ai les yeux pleins d’eau, des tremblements, des sueurs. »

Un autre coaccusé, qui doit lui aussi subir son procès en 2021, les aurait ensuite rejoints pour disposer du corps. M. Blanchard aurait refusé de placer le cadavre dans sa voiture parce que « c’était déjà trop ». « Je voulais sacrer mon camp, mon esprit n’était plus là du tout. » 

Lors de son interrogatoire policier subi en 2018, il avait déclaré que le plan était qu’il élimine Jacques Choquette en échange de 5000 $ de marijuana. À son procès, toutefois, il a indiqué que l’idée n’était pas de le tuer et que le paiement promis ne lui avait pas été clairement énoncé.

« Il n’y a jamais eu de plan vraiment, a-t-il soutenu. Je devais faire peur au gars. »

Contradictions

En contre-interrogatoire, Me Émilie Baril-Côté, du ministère public, a relevé d’autres contradictions. L’accusé a témoigné mercredi ne pas avoir parlé, à l’été 2016, avec l’un des coaccusés avec qui il cultivait du cannabis depuis plusieurs années. 

Mais les registres téléphoniques obtenus par la police démontrent que plusieurs communications ont alors eu lieu cet été-là entre les deux hommes. « Ça se peut que j’aie fait une plantation avec lui cette année-là », s’est avisé l’accusé.

Dans son témoignage, Stéphane Blanchard a également soutenu qu’il ignorait les détails de ce qui devait se passer le soir du crime, soutenant avoir été « embarqué » par son ami, alors qu’il avait dit le contraire lors de son interrogatoire policier.

Finalement, il a mentionné au procès que la culture de cannabis ne lui rapportait qu’environ 600 $ par année alors que durant son interrogatoire, c’était plutôt « une couple de 1000 $ ».

Confronté à ces contradictions, hésitant, il a avancé que « des questions avaient été mal répondues » en 2018. « J’ai pogné des coups de fatigue, j’étais tanné des questions. »

Le témoignage de l’accusé a clos la preuve de la défense. Les parties doivent participer à une conférence prédirectives en l’absence du jury, jeudi, et livrer leurs plaidoiries finales vendredi.

Selon l’horaire établi, le juge André Vincent, de la Cour supérieure, donnera ses directives au jury lundi prochain et celui-ci entamera ensuite ses délibérations.

«J’ai jamais voulu le pogner, surtout pas dans la tête, a indiqué Stéphane Blanchard à son procès pour meurtre prémédité. C’est arrivé très vite...»