Des milliers de citoyens se sont réunis à Montréal pour soutenir les producteurs agricoles.

Soutien populaire aux agriculteurs

La Montérégie s’est mobilisée en masse pour les agriculteurs malmenés par la renégociation de l’ALENA. Plus de 500 personnes sont montées à bord des autobus nolisés par l’UPA dimanche pour le grand rassemblement de soutien à l’agriculture québécoise à Montréal. Le départ de Granby affichait complet et seulement quelques sièges sont restés vacants dans les autobus de Saint-Césaire et Farnham.

Si des tracteurs accompagnaient symboliquement les marcheurs, ce ne sont pas seulement des agriculteurs qui ont pris part à la grande marche le Garde manger en danger.

« C’est plaisant de voir qu’il y a beaucoup de citoyens qui nous appuient dans notre cause. C’est sûr qu’on aurait aimé voir plus de monde, mais les gens sont convaincus et comprennent pourquoi ils sont ici ». Avec les sympathisants montérégiens, plusieurs milliers de personnes ont participé à la marche.

Le vice-président de l’UPA de Rouville, Jean-François Ridel, craint que le rassemblement pour l’environnement de la fin de semaine dernière qui avait mobilisé près de 50 000 personnes ait joué contre les agriculteurs, mais rappelle que la cause n’en est pas moins importante. Au contraire, il insiste sur le fait que les environnementalistes devraient s’engager à défendre le modèle de ferme familiale qui est aujourd’hui menacé.

« On veut conscientiser le citoyen. La ferme familiale permet de couvrir le territoire rural et de mieux répartir la richesse. La société ne peut qu’être perdante si le modèle disparaît », indique M. Ridel.

L’orage qui se pointe à l’horizon, rappelle Robert Racine, directeur de l’UPA en Montérégie, c’est l’accès pour les producteurs américains de 3,59% du marché laitier canadien. « C’est la plus grande brèche dans la gestion de l’offre parce qu’en plus de perdre ces parts du marché, on devra se rassoir dans cinq ou six ans pour négocier de nouveau. On risque d’en perdre encore une fois. »

Consommateurs alliés

Si les dirigeants du mouvement espèrent que la mobilisation encouragera les élus fédéraux à revoir certains détails de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada dont l’adoption n’est pas encore officialisée, ils souhaitent surtout raviver la solidarité des consommateurs pour les produits québécois. « Le citoyen doit jouer un rôle. Ils sont là pour dire “Nous on veut acheter québécois, les produits américains on n’en veut pas”. Aujourd’hui on voit clairement qu’ils sont avec nous », observe Robert Racine.

Ce dernier ignore cependant comment Ottawa pourra compenser les pertes de revenus liés à l’arrivée du lait américain.

« C’est clair, net et précis que le gouvernement fédéral n’a nullement mesuré l’impact d’un programme de soutien qui pourrait être intéressant pour nous. Des subventions au tirage au sort comme le programme de soutien après l’entente avec l’Europe, c’est bon à rien. Il faut que ce soit un programme systématique qui s’applique à tout le monde. Nous ne sommes pas une partie du folklore québécois, nous sommes des gens d’affaires », tranche Robert Racine.

Incohérence

L’UPA souligne qu’à l’instar des ententes commerciales précédentes, le gouvernement canadien n’a imposé aucune exigence sur les aliments importés, même si les normes sanitaires, sociales et environnementales au Québec et au Canada sont parmi les plus sévères au monde. L’organisation affirme que « cette incohérence désavantage fortement les agriculteurs et l’industrie agroalimentaire canadienne ».

Selon son président Marcel Groleau, les producteurs québécois doivent verser des salaires plus élevés à leurs employés tout en devant respecter des normes environnementales plus rigoureuses qu’aux États-Unis et au Mexique.

Il a exhorté les gouvernements québécois et canadien à appuyer les produits locaux et à s’assurer que les produits importés respectent les mêmes normes auxquelles doivent se plier les fermiers d’ici.

« L’avenir d’une nation dépend d’abord et avant tout de ses capacités à se nourrir elle-même », a-t-il déclaré.

Du côté des organisateurs du rassemblement, on espère que le dossier reviendra dans les pattes des politiciens pour l’élection fédérale d’octobre 2019.

« C’est clair que ça va influencer notre vote », prévient le directeur de l’UPA en Montérégie, Robert Racine.

— Avec La Presse canadienne