Louis-Philippe Lebel s’implique bénévolement dans le camp de ski pour redonner et pour sortir de sa zone de confort.

Sortir de l’isolement: tout un défi pour les anciens combattants

La mouture 2019 du camp de ski pour les anciens combattants s’est ouvert dimanche, à Bromont. La dixième édition de l’événement organisé par la Fondation des sports adaptés (FSA) permettra à une trentaine de vétérans de sortir de l’isolement pendant une semaine remplie d’activités stimulantes et de rencontres.

Cette édition promet d’être mémorable. En effet, pour les 25 ans de l’organisme organisateur, la Fondation des sports adaptés, le camp de ski de Bromont passe d’une durée de trois jours à une version étendue sur six jours.

« C’est vraiment une version bonifiée cette année. On reçoit plus de vétérans, mais ça demande également beaucoup plus de bénévoles pour encadrer », souligne le directeur général de la FSA, Steve Charbonneau.

M. Charbonneau rappelle que l’objectif principal du camp de ski est de sortir ces anciens militaires de l’isolement. Des vétérans qui ont jusqu’à présent refusé les services de soutien et pour qui la participation à Bromont est souvent un premier pas vers l’acceptation et la guérison.

D’aidés à aidants

Bien que l’événement se veut convivial et chaleureux, y participer peut représenter un important défi pour les vétérans qui terminent leur service dans l’armée avec un handicap physique ou psychologique. Difficile également de rejoindre ces anciens soldats qui préfèrent souvent s’isoler plutôt que d’affronter leurs démons.

« Pour plusieurs d’entre eux, le simple fait d’accepter de venir, c’est de reconnaître leur problème, explique Hélène Le Scelleur, directrice générale de Soutien aux anciens combattants blessés du Canada. Mais c’est également l’occasion de se retrouver avec d’autres personnes dans la même situation qui peuvent les comprendre. On est beaucoup plus dans le soutien par les pairs que dans la thérapie », précise-t-elle.

Plusieurs participants doivent composer avec un problème d’angoisse hérité de leur passage dans les forces armées. Pour eux, certaines activités à l’horaire, comme le 5 à 7 dans une salle du Château Bromont, pouvaient représenter une première épreuve difficile.

« Quand tu vis avec un problème d’angoisse, tu finis par éviter de sortir pour l’éviter. Tout le monde est comme ça : si tu fais une action qui te fait mal à chaque fois, ça ne te tente pas de recommencer », illustre Louis-Philippe Lebel, vétéran de la guerre en Afghanistan. Après avoir lui-même participé à ce genre de camp sportif, M. Lebel a décidé de s’impliquer comme bénévole de nouveau cette année comme accompagnateur de ski.

« J’ai décidé de m’impliquer pour sortir de ma zone de confort, dit-il. L’armée t’apprend à être confortable dans l’inconfortable et c’est un peu ça que j’applique. J’ai aussi beaucoup reçu et c’est une façon pour moi d’aider à mon tour. »

Louis-Philippe Lebel n’est pas le seul bénévole à être passé du statut d’aidé à celui d’aidant. La plupart de ceux qui s’impliquent comme bénévoles sont également des vétérans vivant avec des blessures subies dans l’armée.

C’est le cas de Julie Marcotte, militaire de 1997 à 2003, qui participera à la dixième édition du camp de ski à titre de photographe bénévole. « Dans les derniers jours, j’ai vraiment voulu annuler. Je craignais de faire rire de moi. En arrivant ici, j’ai compris que nous étions tous dans la même situation et que les autres aussi avaient voulu annuler », confie-t-elle.

Mme Marcotte a dû entreprendre un long processus de guérison à la suite d’une agression qu’elle a subie dans l’armée. Un processus qui l’a notamment menée en 2017 aux jeux Invictus, l’équivalent des jeux olympiques pour les vétérans. Aujourd’hui, elle estime que son expérience permettra de mieux accompagner ceux qui participent pour la première fois à ce type d’activités.

En se basant sur sa propre expérience, Julie Marcotte croit que les participants ressortiront transformés de leur semaine d’activités et qu’ils pourront plus facilement cheminer dans leur propre guérison.

La trentaine de participants aura droit à quatre journées de ski de lundi à jeudi à Bromont, montagne d’expériences. Ils seront également invités au spa lundi, conviés à une partie amicale de hockey luge mardi soir et assisteront à des concerts lundi et mercredi.