Jean Royer n’organisera plus le Défi-Vision. Il prend sa retraite, mais ne sera pas moins engagé pour aider les non-voyants de Granby.

Son combat se poursuivra

Fondateur du Défi-Vision de la Fondation MIRA, Jean Royer tire sa révérence. S’il avait réduit ses activités pour la fondation il y a plus de dix ans, son dernier lien avec son employeur a été rompu. Il continuera tout de même à défendre les intérêts des non-voyants.

« On m’a dit qu’une équipe plus jeune prendra la relève, annonce le Granbyen. Ça me fait un peu de peine. Mais j’ai 66 ans, c’est le temps de laisser la chance aux plus jeunes. C’est correct ainsi. »

M. Royer a travaillé pendant 31 ans pour la Fondation MIRA. Lui-même non-voyant, il était responsable des événements caritatifs et des collectes de fonds pour une partie du Québec et du Nouveau-Brunswick jusqu’au décès de sa conjointe, en 2005. Depuis, il n’avait conservé que l’organisation du Défi-Vision, cette course folle où les non-voyants prennent le volant le temps de quelques tours à l’Autodrome Granby et durant laquelle la tôle froissée est reine.

« En 1985, on m’a attribué mon premier chien-guide. Celle-ci est la quatrième, dit-il en pointant Azur. En 1986, le fondateur de MIRA, Éric St-Pierre, m’a demandé de faire du financement bénévole pour la fondation. J’étais aussi chargé de cours à l’UQAM et MIRA a vu mon potentiel. Ils sont venus me chercher pour être à temps plein. Ça a été le premier salaire subventionné par l’Office des personnes handicapées du Québec. Six mois après, je tombais sur le payroll. »

Au fil des ans, il a contribué à amasser 10 M$ pour l’organisme, grâce à l’aide de milliers de bénévoles, dont 2,3 M$ seulement avec le Défi-Vision.

« Ça a été beaucoup de travail. Ça m’a permis de gagner ma vie, ajoute M. Royer. C’est rare, les aveugles qui travaillent à temps plein. »

30 ans de courses
M. Royer a tenu à remercier une belle brochette de personnes qui ont contribué de près ou de loin au succès du Défi-Vision, à commencer par les centaines de bénévoles qui ont donné de leur temps.

« Trente ans de Défi-Vision, ça ne se bâtit pas seul. Granby a été une des premières villes à avoir soutenu MIRA. »

Il souligne d’abord le soutien des médias de Granby, puis de ceux de l’extérieur. « Ce sont les médias qui propagent la nouvelle et je pense que leur apport est important. Ils m’ont toujours soutenu. Quand j’ai commencé à faire le défi, de nombreux commanditaires ont embarqué, poursuit-il. Ça avait été formidable. Une personne qu’il ne faut jamais oublier, c’est le journaliste Gaétan Girouard qui a été mon porte-parole pendant plusieurs années. Il allait me chercher des personnalités du monde des médias. Ça a marché. Il y a eu Roy Dupuis qui s’est impliqué quelques années avec ses Royettes — ses fans —, qui venaient de partout à travers le monde. »

Nombreuses sont les personnalités publiques qui se sont impliquées au fil des ans pour la cause. Il n’y a qu’à penser à Michèle Richard, Mario Jean, Claudine Mercier, Pierre-François Legendre, Jocelyne Cazin et Andrew Ranger, pour ne nommer que ceux-là.

Le Défi-Vision sera de retour le 3 août 2018 avec une nouvelle équipe plus jeune. Le fondateur de la « course la plus folle du monde », Jean Royer, prend sa retraite.

L’idée du Défi-Vision est venue de Pierre Morin, aujourd’hui décédé. Il a approché Jean Royer pour organiser la course de ses rêves. Pour la première édition, 17 voitures — hors d’état de prendre la « vraie » route — étaient en lice. Aujourd’hui, il y en a plus de 40. L’édition de cette année aura lieu le 3 août.

Il tenait également à remercier la première administration de l’Autodrome de Granby qui a ouvert ses portes à cet événement hors du commun, même si les propriétaires n’en étaient pas convaincus. Une opinion qui a changé rapidement.

Militer pour les non-voyants
Un projet n’attend pas l’autre pour le militant. S’il est maintenant officiellement à la retraite, son engagement ne prendra pas fin. Il est toujours président de l’organisme l’O.E.I.L. de Granby aux côtés de son ami Pierre Champagne, aujourd’hui coordonnateur de l’organisme.

« Je vais me donner la permission de continuer à aider les gens qui sont comme moi dans la région. Il y a une possibilité de 400 handicapés visuels à Granby, dont 60 sont membres actifs de l’O.E.I.L.. Je me sers un peu de mon expérience pour aller chercher plus de fonds pour l’organisme. »

L’un des combats auquel il tient particulièrement est l’intégration au marché du travail d’un plus grand nombre de non-voyants. Il estime que 1 % de la population aveugle a un emploi à temps plein. Les programmes pour employer des handicapés dans les entreprises favorisent davantage les accidentés du travail, croit-il, et devraient inclure davantage les non-voyants ou les personnes à mobilité réduite.

MM. Champagne et Royer ont cependant réussi à faire ajouter des feux sonores à plusieurs intersections de Granby pour permettre aux non-voyants de traverser sécuritairement les rues passantes dans les dernières années. Il reste toutefois beaucoup à faire pour atteindre « l’universalité des adaptations des lieux physiques et du mobilier urbain ».

M. Royer donne en exemple le magazine saisonnier de la Ville qui n’est pas adapté pour lui. « Les communications de la Ville devraient être adaptées pour qu’on puisse savoir ce qui se passe. »

Le Japon en exemple
« Pour avoir visité le Japon, laissez-moi vous dire que j’aimerais y amener monsieur le maire! S’il me paie le billet, ajoute-t-il le sourire aux lèvres. Le Japon est tout adapté. »

Il parle des transports en commun et des stations de métro, des ascenseurs et même des trottoirs qui sont adaptés pour faciliter l’orientation des non-voyants.

Il en a d’ailleurs vu du pays. Son handicap ne l’a pas empêché de voyager à travers le monde et il continuera à se promener.

« J’ai un intérêt marqué pour l’histoire et l’anthropologie. Je m’en vais au Moyen-Orient bientôt, en Israël et en Jordanie avec mon compagnon de voyage, Paul-André Beauregard. Il est très visuel, il a une grand-gueule alors il me dit toutes les choses qu’il voit. »