La situation est à ce point critique à l’hôpital de Granby que la moitié de l’unité de soins intensifs a été fermée en fin de journée lundi.

Soins intensifs: une situation sans précédent

Le ressac qu’engendrent les effectifs à bout de souffle dans le réseau de la santé continue de faire des vagues. Le manque de personnel aux soins intensifs de l’hôpital de Granby est à ce point critique que la moitié de l’unité a dû être fermée en fin de journée lundi pour ne pas compromettre la sécurité des patients. Du jamais-vu, ont indiqué à La Voix de l’Est plusieurs sources œuvrant au sein de l’établissement.

« C’est incroyable d’en arriver à devoir fermer une partie des soins intensifs parce qu’on n’a pas le personnel nécessaire. Les employés sont vidés. Au point où ils ont de la difficulté à se concentrer. Ça devient dangereux. Si ça continue comme ça, on se dirige dans le mur », a confié une infirmière du CHG ayant requis l’anonymat par peur de représailles de son employeur. Les propos de deux autres de ses collègues allaient dans le même sens.

Une situation que déplore également la 1re vice-présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Véronique Foisy. « Depuis des semaines, on va de surprise en surprise. La fermeture de la moitié des soins intensifs en est une autre. Je n’ai jamais vu ça à Granby. [...] Le personnel est au bout du rouleau, a-t-elle illustré. Et ça ne tend pas à aller mieux à court terme. »

L’unité des soins intensifs du CHG peut accueillir huit patients. Selon nos informations, sept personnes s’y trouvaient lundi. Quatre d’entre elles, dont l’état de santé était jugé plus critique, sont demeurées dans le département durant la nuit pour maintenir le ratio minimal d’une infirmière pour deux usagers. « Afin d’assurer la sécurité de la clientèle, et ce en lien avec les ressources RH disponible [sic] ; prendre note qu’il y aura fermeture de quatre lits aux soins intensifs de Granby dès minuit ce soir jusqu’à 8 h demain matin le 13 mars », mentionne une note interne de la direction des soins infirmiers du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, dont La Voix de l’Est a obtenu copie. Les trois patients « supplémentaires » aux soins intensifs ont été transférés vers des unités de courte durée, a indiqué le CIUSSS de l’Estrie.

Le directeur général adjoint à la santé physique du CIUSSS de l’Estrie, Dr Stéphane Tremblay

La pression était également très grande sur le personnel à l’urgence du CHG, qui affichait lundi à 17 h un taux d’occupation de 160 % avec 32 civières comblées sur une capacité de 20. Du nombre, neuf patients étaient à l’urgence depuis 24 heures ou plus. Au même moment, 15 personnes étaient en attente d’hospitalisation. Des ambulances ont également été redirigées vers d’autres hôpitaux pour donner un peu d’oxygène au personnel du CHG à partir de la fin de la journée lundi, nous a-t-on confirmé, notamment vers Sherbrooke pour ceux qui nécessiteraient une hospitalisation aux soins intensifs.

En mode solutions
La FIQ-SPSCE tente de trouver des solutions pour contenir l’hémorragie, de concert avec le CIUSSS de l’Estrie. Du moins à moyen terme. « On doit agir. L’été s’en vient et on va entrer dans la période de vacances des professionnels en soins. Et on sait à quel point les gens en ont besoin », a fait valoir Véronique Foisy.

Une des avenues envisagées par le syndicat dans cet épineux dossier concerne l’accroissement du nombre de postes à temps complet. Appelé à commenter le dossier, le directeur général adjoint à la santé physique au CIUSSS de l’Estrie, Dr Stéphane Tremblay, s’est dit être au diapason du syndicat à ce chapitre.

Selon les plus récentes données fournies par Mme Foisy, la cible à l’échelle provinciale pour les infirmières à temps complet est de 62 %, alors que l’ensemble des établissements du CIUSSS de l’Estrie n’en compte que la moitié. Le portrait est similaire en ce qui concerne les infirmières auxiliaires (33 % CIUSSS /50 % national) et les inhalothérapeutes (42 % CIUSSS /54 % national).

Dr Tremblay a toutefois concédé que la situation actuelle au CHG est loin d’être idéale. « Ce n’est pas fréquent de fermer la moitié d’une unité de soins intensifs. Et ce n’est pas la mesure souhaitée. [...] L’hôpital de Granby est à son maximum d’activité. [...] Il manque de personnel dans la structure de base des soins intensifs. On fonctionne avec des demandes sur les listes de rappel. Mais nos employés ne sont pas tous capables de répondre aux besoins dans tous les secteurs », a-t-il expliqué.

« En même temps, la population va rester en sécurité et aura accès à des soins », a-t-il renchéri. Il n’était toutefois pas en mesure de statuer quant à la reconduction de la fermeture d’une partie du département de soins intensifs au CHG au cours des jours à venir.