Six produits plastiques disparaîtront d'ici la fin de 2021 [VIDÉO]

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — Six produits plastiques devraient disparaître du pays dans 14 mois. Le gouvernement fédéral a annoncé mercredi qu'il interdit les sacs en plastique, les pailles, les bâtonnets à mélanger, les porte-canettes, les ustensiles et les contenants pour emporter difficiles à recycler.

L'interdiction doit entrer en vigueur d'ici la fin de 2021.

En faisant cette annonce, le ministre fédéral de l'Environnement, Jonathan Wilkinson, a souligné que les Canadiens jettent aux ordures 3 millions de tonnes de plastique chaque année.

«(C'est) l'équivalent de 570 sacs-poubelle remplis de plastique chaque minute, chaque jour», a illustré le ministre en conférence de presse, mercredi matin, à Gatineau.

Il n'a pas dit de combien cette montagne de plastique sera réduite grâce à l'interdiction des six produits choisis. En fin de journée, son bureau n'avait toujours pas répondu à cette question soumise par La Presse Canadienne.

Le ministre a, par ailleurs, pris la peine d'assurer que les plastiques, de plus en plus nombreux, utilisés par les services médicaux en ces temps de pandémie ne seront pas touchés par le plan fédéral de réduire l'utilisation des plastiques non recyclables.

Les ministres provinciaux et fédéral de l'Environnement se sont entendus sur la gestion de ce plastique-là. «Nous cherchons des moyens pour recycler les équipements de protection personnelle lorsqu'il est sécuritaire de le faire et explorons aussi la possibilité de rendre une partie de ces équipements biodégradable», a précisé le ministre Wilkinson.

Ottawa espère toujours atteindre zéro déchet plastique en 2030. En ce moment, seulement 9 % des plastiques utilisés au Canada sont recyclés. Le gouvernement fédéral veut augmenter cette proportion, mais le ministre n'a pas offert de cible ni d'échéancier pour cette intention.

Le ministre du Patrimoine et ancien militant environnementaliste Steven Guilbeault était aux côtés de son collègue Wilkinson pour cette annonce.

«Non, je ne crois pas du tout que c'est trop timide», a-t-il déclaré.

Ses alliés d'hier pensent tout autrement.

«Après avoir promis pendant trois ans de s'attaquer aux déchets et à la pollution plastiques et d'élaborer une stratégie visant à faire du Canada un pays ''zéro déchet plastique'', le gouvernement fédéral continue d'appuyer largement le mythe du recyclage et de promouvoir une liste d'interdiction insuffisante et insatisfaisante», écrit, dans un courriel, Agnès Le Rouzic de Greenpeace Canada.

«Monsieur Wilkinson (...) ne nous dit pas comment nous allons - avec un taux de recyclage actuel de 9 % - retenir les 91 % restants de couler dans les océans», dénonce-t-elle.

Le verdict de la députée bloquiste Monique Pauzé n'est pas plus tendre. «Ce n'est pas très ambitieux», a estimé la députée au bout du fil.

«C'est sûr qu'ils ont l'air à commencer par le plus facile, mais quand on dit que c'est une situation alarmante, faudrait aller plus loin. Moi, entre autres, quand j'ai vu que les bouteilles d'eau n'étaient pas incluses là-dedans...», a-t-elle souligné.

Au Nouveau Parti démocratique (NPD), on est d'accord avec le principe du plan fédéral, mais on n'a pas encore évalué l'annonce de mercredi.

Chez les conservateurs, on s'inquiète plutôt pour l'industrie du plastique. Gérard Deltell, à la sortie de la réunion de son caucus, a dit avoir «des réserves sérieuses» face à ce plan et a cité «les centaines d'emplois» au Québec menacés par une réduction du plastique.

Aux Communes, à la députée Rachael Harder qui l'accusait de mettre «des dizaines de milliers d'emplois» en danger, le premier ministre Justin Trudeau a répondu que les conservateurs préfèrent «continuer à jouer des jeux politiques et ne pensent pas qu'il est important de protéger l'environnement».

«En raison de cette annonce, des milliers de travailleurs de l'industrie de fabrication du plastique partout au pays, notamment en Ontario, au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique, vont peut-être devoir chercher du travail pendant une pandémie», a déclaré, dans un communiqué, le député conservateur Dan Albas.

Le ministre Wilkinson, lui, a utilisé les provinces et territoires pour expliquer pourquoi le plan d'éliminer le plastique à usage unique ne va pas plus loin tout de suite. Un document de travail sur ce plan a été mis en circulation. «Nous voulons prendre le temps pour avoir une approche (qu'approuvent) tous les gouvernements provinciaux et territoriaux», a-t-il dit.