Michel Filion, qui compte plus d’une trentaine d’années d’expérience à titre de consultant en gestion de projets et en gestion publique, a travaillé dans plus de 35 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe pour y implanter les meilleures pratiques de gouvernance.

Situation conflictuelle à Stukely-Sud: «Un problème majeur», estime un expert

Il y a une problématique de gouvernance et de gestion publique à Stukely-Sud, estime un expert de la question.

Michel Filion, qui compte plus d’une trentaine d’années d’expérience à titre de consultant en gestion de projets et en gestion publique, a travaillé dans plus de 35 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe pour y implanter les meilleures pratiques de gouvernance publique, qui vise à maintenir la confiance entre les citoyens et les institutions.

Invité à commenter la situation à Stukely-Sud à partir des archives de La Voix de l’Est, le spécialiste remarque d’abord « une sorte d’ambiance malsaine, une culture de dispute qui semble occuper autant les gens du conseil que dans la communauté ». « Ça ne contribue pas au développement, au bien-être et à la qualité de vie de la municipalité », remarque M. Filion.

À ses yeux, si le climat est négatif au sein d’une municipalité, il est de la responsabilité des élus de rétablir l’harmonie. « Jamais une autorité ne peut se laver les mains de la situation, croit-il. Ce n’est jamais la faute des citoyens quand le climat est malsain autour d’une institution publique: ça revient à ceux qui sont en position d’autorité de générer de la confiance. »

De ce fait, les conseillers municipaux devraient intervenir. « Leur rôle n’est pas de faire un bloc à côté du maire et de la direction générale. La première tâche d’un conseiller est d’exercer un contrôle citoyen sur l’action de l’exécutif », estime le consultant.

Gérer les perceptions

Le fait que la multiplication des plaintes au ministère des Affaires municipales ou à la Commission municipale ne semble pas inquiéter outre mesure les élus est aussi probante, note M. Filion.

En temps normal, dit-il, cela devrait susciter chez les élus une remise en question. « Je suis surpris que les acteurs en autorité ne sentent pas de malaise à dire qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts ou de problème lorsqu’un citoyen en fait mention, affirme le spécialiste. La communauté souffre et les leaders se disent que c’est la faute des autres. Il y a un problème majeur là. Dès qu’un citoyen identifie avoir un malaise avec une prise de position, qu’il y voit un possible conflit d’intérêts, c’est qu’il y a apparence de conflit d’intérêts du simple fait que cela est lié à la perception du citoyen. »

« Les élus doivent gérer cette perception, car cela mine la confiance des citoyens envers leur gouvernance », poursuit M. Filion.


« Ce n’est jamais la faute des citoyens quand le climat est malsain autour d’une institution publique: ça revient à ceux qui sont en position d’autorité de générer de la confiance. »
Michel Fillion

Précisons d’ailleurs que lorsque le maire Patrick Leblond s’est retiré de la table lors des votes concernant son entreprise, il est demeuré au fond de la salle. Cela n’est pas suffisant selon M. Filion, qui croit que le maire aurait dû quitter la salle du conseil pour éviter que sa présence ne soit perçue comme une influence tacite sur les conseillers. « Ça ne coûte pas cher à la personne de sortir de la pièce pendant le temps qu’un vote soit tenu. »

Manque de transparence

Selon lui, l’apparent déni, par le conseil, des situations relevées par les citoyens, démontre un « déficit de connaissances en matière d’éthique, de déontologie, de gouvernance et de gestion publique ».

« Il est clair ici que nous ne sommes pas dans le partage du pouvoir et dans la transparence », ajoute Michel Filion, à propos du fait que les citoyens peinent parfois à avoir des réponses à leurs questions.

« Dans les organisations, on se dirige de plus en plus vers une gestion ouverte où les citoyens participent activement à la prise de décision. Cette municipalité-là ne va pas dans le sens de l’Histoire », ajoute-t-il.

Mais le climat qui règne Stukely-Sud ne fait pas de la municipalité un cas d’exception. D’autres municipalités, comme Chambly et Sainte-Marie-Madeleine, en Montérégie, ont aussi connu un lot de bouleversements similaires.

Michel Filion croit qu’à moyen ou long terme, le climat qui règne à Stukely-Sud pourrait décourager les citoyens de s’impliquer comme bénévoles ou de s’intéresser à la chose municipale, ce qu’il ne faut pas faire.

« Au contraire, la pire chose que pourraient faire les citoyens, c’est de se désintéresser de ce qui se passe au conseil. Ils doivent continuer d’assister aux séances et de prendre connaissance des décisions qui sont prises. »