La Voix de l’Est publiait vendredi matin le témoignage d’une préposée aux bénéficiaires épuisée du centre d’hébergement et de soins longue durée (CHSLD) Villa-­Bonheur, qui dénonçait la surcharge de travail imposée aux employés de même que les divergences dans les soins prodigués aux patients, dépendamment de la quantité de visiteurs qu’ils recevaient.

Situation chaotique au CHSLD Villa-Bonheur: des candidats outrés

Deux candidats à l’élection dans Granby s’insurgent de la situation chaotique ayant cours à Villa-Bonheur, révélée vendredi par La Voix de l’Est.

La Voix de l’Est publiait vendredi matin le témoignage d’une préposée aux bénéficiaires épuisée du centre d’hébergement et de soins longue durée (CHSLD) Villa-­Bonheur, qui dénonçait la surcharge de travail imposée aux employés de même que les divergences dans les soins prodigués aux patients, dépendamment de la quantité de visiteurs qu’ils recevaient. 

« Il faut faire quelque chose, ça presse », rage Chantal Beauchemin­. La candidate péquiste se trouvait elle-même à Villa-Bonheur, jeudi, pour visiter pensionnaires et employés. « On m’a dit qu’ils étaient tous bien écœurés [de leurs conditions de travail] », relate-t-elle.

« Seulement hier [jeudi], il manquait quatre préposées aux bénéficiaires, a appris la candidate. Ils n’arrivent pas à donner ne serait-ce qu’un bain par semaine aux résidents. Quand tu écoutes les gens, tu ne peux pas rester insensible à ça. »

Le caquiste François Bonnardel est lui aussi passé au CHSLD de la rue Court, plus tôt cette semaine. Il a constaté la triste situation de ses propres yeux. « [Ce qui se passe à Villa-Bonheur et ailleurs] démontre toute la démobilisation dans le système de santé depuis l’arrivée du Dr Barrette au pouvoir », laisse tomber le député sortant de Granby. 

Les libéraux pointés du doigt

Les deux candidats estiment que la situation actuelle est le fruit de quinze ans d’usure du gouvernement libéral.

« Quinze ans d’austérité, ça a fait mal. Ce qui se passe actuellement est le fruit des coupures du gouvernement en place qui manque de compassion », estime Mme Beauchemin.

« Ça prend un changement de gouvernement, un changement de ministre », clame M. Bonnardel, outré du chaos rapporté dans nos pages.

Grâce à des documents obtenus par une demande d’accès à l’information, le député caquiste a découvert que le taux d’absentéisme global chez les infirmières de la Haute-Yamaska est passé de 27 % à près de 42 % entre 2013 et 2018. Le nombre d’heures de temps supplémentaire obligatoire est pour sa part passé de 520 pour l’année 2013-2014 à 890 pour les onze premiers mois de l’année 2017-2018. 

« Il faut donner des incitatifs aux travailleurs pour qu’ils restent [dans le milieu], que ce soit de la rémunération additionnelle ou de meilleurs ratios de patients, par exemple », croit M. Bonnardel.

Mieux gérer, embaucher

La candidate libérale dans Granby, Lyne Laverdure, croit plutôt que son parti a suffisamment assaini les finances publiques au cours du dernier mandat pour réinvestir dans le réseau de la santé, afin de soulager les travailleurs qui étouffent.

« Le système s’est amélioré, dit-elle, reconnaissant tout de même qu’il pourrait être meilleur. Le virage entrepris il y a quatre ans a porté ses fruits et il va s’intensifier. »

Appelée à commenter le cas de Villa-Bonheur, la libérale, qui s’engage à interpeller les gestionnaires du réseau de la santé chaque fois qu’une situation inacceptable sera dénoncée, croit qu’une telle situation peut être corrigée par « une réorganisation administrative ». « Il faut mieux planifier, repenser la manière dont les choses se font », précise-t-elle.

La solution au problème passe aussi par l’embauche de travailleurs. « C’est pour ça qu’il faut attirer des gens. Plus d’employés représente moins de surcharge.»

Les candidats des trois principaux partis politiques ont présenté vendredi leurs engagements en matière de santé. Voici les grandes lignes de leur plan d’action.

François Bonnardel

BONNARDEL : PRIORITÉ À L’UNITÉ MÈRE-ENFANT

Lors d’un prochain mandat, François Bonnardel s’engage à faire aboutir l’aménagement d’une unité mère-enfant de même que le réaménagement de celle des soins intensifs pour répondre aux besoins actuels des patients, deux dossiers qui attendent de voir le jour depuis une quinzaine d’années. « On en parlait en même temps qu’on souhaitait une urgence neuve et un service de résonnance magnétique », rappelle-t-il.

« En 2013, ces projets avaient été identifiés comme une priorité dans notre région. Il faut compléter l’offre de services pour rendre notre hôpital digne de son statut régional », ajoute le candidat de la CAQ.

M. Bonnardel s’engage à ce qu’au lendemain du déménagement des patients vers le futur CHSLD de 176 places, on amorce l’aménagement de l’unité mère-enfant là où demeurent actuellement les pensionnaires. « En moyenne, il y a de 700 à 750 enfants qui naissent à Granby chaque année. Ce n’est pas normal qu’on n’ait toujours pas cette unité, surtout que des hôpitaux de même envergure, et même un plus petit, comme celui de Thetford Mines, en sont dotés », note le député sortant.

Lyne Laverdure

LAVERDURE : PLANIFIER ET SE CONCERTER

Selon Lyne Laverdure, l’amélioration du système de santé passe par une meilleure planification administrative, pour éviter aux patients de multiplier les démarches. Elle propose par exemple la prise de rendez-vous immédiate pour des prises de sang ponctuelles. Elle souhaite aussi que la clinique d’accès réserve une journée par semaine aux patients orphelins. La candidate libérale songe par ailleurs à un projet-pilote pour maintenir les personnes âgées à domicile plus longtemps.

La concertation sera aussi un gage de succès, croit celle qui formerait un comité formé d’élus, de personnalités issues des affaires, du milieu communautaire et du milieu de la santé. 

Dans la circonscription de Granby, il faudrait tout de même 4 ou 5 médecins de plus pour combler la demande actuelle, et tout autant d’infirmières, relève Mme Laverdure, qui désire « envoyer un message positif » pour les recruter. C’est pourquoi elle instaurerait une journée de reconnaissance des professionnels de la santé. La remise d’une distinction à une institution ou un travailleur de la santé permettrait aussi d’encourager ceux qui se dévouent chaque jour pour le bien-être de la communauté, tout en attirant de nouveaux candidats. « Ça ne peut pas remplacer de meilleures conditions de travail, mais on vient valoriser le travail de ces gens-là », plaide-t-elle. 

Chantal Beauchemin

BEAUCHEMIN: EMBAUCHER DU PERSONNEL

Un gouvernement péquiste augmenterait le financement pour l’embauche de préposés aux bénéficiaires et d’infirmières, en plus de donner davantage de pouvoirs aux différents professionnels de la santé, afin de délester les médecins de certaines tâches. 

« Imaginez le nombre de travailleurs qu’on pourrait ajouter dans le réseau avec le sept milliards promis en augmentations de salaire aux médecins », indique Chantal Beauchemin. Son parti prévoit aussi allouer 100 millions $ sur cinq ans pour encourager le maintien et les soins à domicile. « Quand une famille est prête à prendre soin de son malade, il faut l’encourager et l’aider », estime celle qui, avec ses proches, a permis à son père de finir ses jours dans la résidence familiale, l’an dernier.

De plus, la centralisation des services de santé a fait en sorte que les décisions ne se prennent plus localement, déplore-t-on au Parti québécois. « La dame [de Villa-Bonheur] me parlait, mais elle n’avait pas le pouvoir de changer les choses. C’est choquant. »

« Ces gens-là ont passé leur vie à travailler pour le Québec. Ils méritent qu’on leur donne des soins à leur hauteur », ajoute Mme Beauchemin.