Alexane Dauphin a chanté la chanson Je vole en compagnie de Gabriel Bienvenue, professeur de musique à l’école secondaire J.-H.-Leclerc.

S’extérioriser par la musique

Avec de la volonté et de la persévérance, on peut réaliser de grandes choses. Huit élèves de l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc vivant avec le trouble du spectre de l’autisme (TSA) l’ont prouvé, mercredi après-midi, alors qu’ils présentaient leur spectacle musical Show Me sur lequel ils ont planché durant cinq mois.

Certains en étaient à leur première expérience scénique tandis que d’autres ont appris à jouer d’un instrument de musique seulement en décembre.

« Les TSA ont la capacité d’apprendre par eux-mêmes et de focuser sur quelque chose pour atteindre un objectif », mentionne Gabriel Bienvenue, professeur de musique et organisateur de l’événement.

Créer sa chance

L’idée de mettre des jeunes des quatre groupes IndiGo à l’avant-plan a émergé d’une élève qui se désolait de ne pas avoir de cours de musique dans son cursus scolaire.

« Les élèves de nos groupes qui sont en régulier, pour eux, les matières de base sont déjà exigeantes. Un élève pourrait intégrer un cours de musique, mais il doit se pratiquer en harmonie dans un groupe de 30 personnes et pour eux, c’est difficile de se retrouver là-dedans », explique Josée McDuff, enseignante dans les classes IndiGo.

Cette dernière et Gabriel Bienvenue ont donc décidé de miser sur l’apprentissage individuel de l’élève en se penchant sur ses intérêts musicaux, tout en adaptant la méthode d’enseignement.

Une fois par semaine, le petit groupe s’est réuni dans le local de musique pour y pratiquer un instrument de musique. Batterie, piano, guitare électrique, basse ou encore le chant... les possibilités étaient nombreuses pour les jeunes dont plusieurs d’entre eux sont autodidactes.

Rapidement, ils ont dû choisir la chanson qu’ils souhaitaient interpréter puis la pratiquer.

« Je faisais de l’enseignement individualisé. S’il y avait des duos, ils se pratiquaient chacun dans une pièce et moi je me promenais pour les accompagner, explique Gabriel Bienvenue. [...] Je suis là pour aider, mais le gros du travail c’est eux qui l’ont fait. »

Le prof de musique a aussi voulu mettre en lumière le travail de Nathan, qui a appris le piano en seulement cinq mois.

« Ceux qui jouent du piano savent à quel point c’est un défi d’apprendre cet instrument. Nathan a commencé tranquillement à une main et ensuite à deux », a lancé Gabriel entre deux prestations.

Pour financer le projet, une demande auprès d’OSEntreprendre a été acheminée, ce qui a permis à l’école de recevoir 2500 $ pour réaliser Show Me.

Tristan Côté fait partie des huit élèves des groupes IndiGo qui ont participé au spectacle Show Me.

Évolution

Des parents d’élèves tenaient à assister au spectacle pour constater l’étendue de leur talent et souligner leur audace.

Pendant les performances de chacun, les applaudissements et les cris d’encouragement fusaient de partout, signe que la foule était impressionnée par l’accomplissement des apprentis artistes.

La mère d’Alexane Dauphin, Stéphanie Roy, avait les yeux remplis d’admiration pour sa jeune fille de 14 ans, qui se produisait sur scène pour une deuxième fois dans sa vie.

Elle tenait d’ailleurs à souligner tout le chemin qu’elle a parcouru depuis les dernières années.

« Alexane est dyslexique et dyspraxique. Si on recule de six ans, me demander pour avoir une pomme, c’était difficile », illustre-t-elle pour montrer le progrès de son élocution.

Stéphanie constate que depuis que le chant fait partie de la vie de sa fille, ce médium l’a énormément aidée à s’extérioriser.

« Je pense que ça l’aide vraiment dans son cheminement. En plus, elle aime ça. Elle chante tout le temps à la maison », indique Stéphanie, elle-même chanteuse de métier.

Même si Alexane avoue qu’elle et ses comparses avaient parfois de la difficulté à trouver la motivation pour assister aux pratiques, elle était satisfaite de sa performance.

« Je me rends compte que d’avoir pratiqué autant, ça a valu la peine », dit-elle.

Gestion du stress

Si certains ne le laissaient pas paraître au terme du spectacle, Josée McDuff concède que le facteur stress a été un élément à gérer tout au long du processus.

« Le plus difficile, c’est de gérer l’anxiété. Plus le spectacle avançait, plus les jeunes se posaient la question : “pourquoi je me suis embarqué là-dedans” », mentionne-t-elle.

Le but de l’exercice, selon l’enseignante, était d’amener les jeunes à se dépasser et d’acquérir de l’expérience scénique, en toute modestie.

« C’est beaucoup d’anxiété qu’on vit, mais c’est un beau dépassement pour eux », a terminé Mme McDuff.