Les services de garde en milieu scolaire doivent respecter les mêmes règles que les «bulles-classes» dans l’école. Dès qu’un groupe est complet, il est impossible d’envoyer un jeune ailleurs. Cette réalité fait en sorte que plusieurs parents se retrouvent sans places pour leur enfant, sans possibilité de les faire garder temporairement à la maison en raison des règles sanitaires en zone rouge.
Les services de garde en milieu scolaire doivent respecter les mêmes règles que les «bulles-classes» dans l’école. Dès qu’un groupe est complet, il est impossible d’envoyer un jeune ailleurs. Cette réalité fait en sorte que plusieurs parents se retrouvent sans places pour leur enfant, sans possibilité de les faire garder temporairement à la maison en raison des règles sanitaires en zone rouge.

Services de garde en zone rouge: un vrai casse-tête pour certains parents

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
La pandémie force plusieurs parents à improviser pour boucler leur horaire au quotidien. Le récent passage de l’Estrie au palier d’alerte maximale en santé publique, la fameuse zone rouge, vient en ajouter une couche. En effet, plusieurs maisonnées se retrouvent sans service de garde, faute de places disponibles en raison des normes sanitaires.

C’est notamment le cas d’une famille de Bromont. La mère de trois jeunes garçons travaille dans le réseau de la santé, tandis que son conjoint fait partie d’une équipe de sécurité incendies en périphérie de Montréal. Tous deux doivent parcourir de longs trajets pour se rendre au boulot. Or, deux des trois enfants, qui vont à l’école primaire de la Chantignole, n’ont pas accès au service de garde «sporadique» comme c’était le cas avant la pandémie. Ce qui force les parents à improviser au quotidien. 

«Un matin, ma conjointe a dû quitter Bromont à 6h30 pour que l’on puisse s’échanger les enfants entre Beloeil et Boucherville quand je revenais de travailler. On ne peut pas fonctionner longtemps comme ça. Les garçons vivent déjà assez de stress avec la COVID, et là, on en ajoute en les faisant arriver en retard à l’école», déplore le père de famille, qui a préféré que l’on taise son identité. Nous le nommerons donc Sylvain pour les besoins de la cause.

En temps normal, le couple pourrait faire appel à des proches ou des voisins pour garder leurs enfants matin et soir et ainsi dénouer l’impasse. Mais, ce n’est pas possible étant donné les règles en vigueur en zone rouge, car les visiteurs d’une autre adresse sont interdits, même à l’extérieur. «On est devant un mur», a imagé le père de jeunes de 13 ans, 7 ans et 5 ans.

Sylvain assure que sa conjointe se fait un devoir de respecter les règles de la santé publique, tant dans le cadre de son travail que dans sa vie personnelle. «Ma conjointe travaille auprès d’une clientèle de personnes âgées. Ce sont des gens vulnérables. Elle veut les aider, a-t-il dit, pas contribuer à leur propager le virus.»

Démarches

Sylvain a fait plusieurs démarches, tant auprès de la direction de l’école de la Chantignole que du service de garde, pour trouver une voie de passage. En vain. «On m’a dit que le service de garde doit respecter les mêmes règles que dans les classes. Donc, même si j’ai choisi l’option de garde sporadique en début d’année, comme plusieurs autres parents, on ne peut pas me donner le service parce que les groupes sont déjà pleins. Je comprends que le service de garde a ses propres problèmes. Et je ne leur en veux pas. Mais on doit trouver une solution.»

Sylvain a également interpellé l’équipe de la députée de Brome-Missisquoi et ministre déléguée à l’Éducation et responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest. Voici les informations qu’il a obtenues. «Les centres de services scolaires et établissements d’enseignement sont tenus de prévoir l’offre de services de garde d’urgence pour le personnel des réseaux de la santé et de l’éducation comme au printemps dernier. Or, pour l’instant, seules les écoles où une éclosion est déclarée sont fermées par les autorités de santé publique, pour une courte durée. Ainsi, à l’heure actuelle, la mise en place de services de garde d’urgence par le réseau n’est pas attendue. (...) Les modalités d’accès aux services de garde relèvent de la compétence de l’école et du centre de services scolaire», a indiqué dans un échange de courriels l’attachée politique de la ministre, Sarah Demers Pearson.

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires de la direction de l’école de la Chantignole, mardi.

Sur la corde raide

Véronique Fortin, technicienne en service de garde au sein de l’établissement, a confirmé que la gestion des places disponibles est un véritable jeu d’équilibriste en raison des règles sanitaires. «Avant, je pouvais prendre un élève dans un groupe et l’envoyer dans un autre pour respecter le ratio d’une éducatrice pour 20 jeunes. Mais, on ne peut plus faire ça. Dès qu’un groupe est complet, même si j’ai des places libres ailleurs, je ne peux rien faire», a-t-elle fait valoir.

De plus, comme il faut respecter les règles de distanciation entre les élèves de chacune des «bulles-classes», les locaux disponibles sont au maximum de leur capacité chaque jour. À cela s’ajoute la pénurie de techniciens en service de garde, qui restreint également la création de groupes supplémentaires. «C’est un moyen casse-tête. Je comprends certains parents d’être découragés, a mentionné Mme Fortin, évoquant que le cas de Sylvain et sa conjointe n’est pas unique, d’autres parents étant sur une liste d’attente. (...) Ce n’est pas de la mauvaise volonté, a-t-elle dit. On doit s’assurer de la sécurité des enfants. Si des cas de COVID explosent dans l’école parce qu’on ne suit pas les règles, on sera vite pointés du doigt.»