Le président du Club d’observateurs d’oiseaux de la Haute-Yamaska, Normand Fleury, croit que la Ville de Granby devrait mieux encadrer la fréquentation du Sentier de la rivière.

Sentier de la rivière: un citoyen lance un appel au civisme

La Ville de Granby a aménagé un magnifique espace vert en bordure de la rivière Yamaska, au centre-ville. Mais la présence de cyclistes et de chiens nuit à la biodiversité du Sentier de la rivière, déplore le président du Club des observateurs d’oiseaux de la Haute-Yamaska (CCOHY), Normand Fleury.

«Je suis très heureux que la Ville consacre des efforts à aménager des endroits naturels, mais il faut quand même qu’il y ait un suivi pour s’assurer que les usagers ne vont pas dégrader le milieu par la suite», estime M. Fleury.

La Voix de l’Est rapportait la semaine dernière que le Sentier de la rivière, près de la passerelle Miner, a été la cible de vandales à plusieurs reprises. Plusieurs dommages y ont été rapportés. Le système d’éclairage, à faible hauteur et intensité, a particulièrement été endommagé. Plusieurs lumières et boîtiers ont été abîmés. C’est d’ailleurs encore bien visible en bordure des sentiers, alors que la situation fait actuellement l’objet d’une analyse à la Ville.

Cette nouvelle a interpellé M. Fleury, car il avait déjà noté d’autres problématiques au Sentier, dont la présence de cyclistes dans les sentiers. Actuellement, aucun panneau ne leur en interdit l’accès. Certains quittent ainsi la piste cyclable, située à proximité, pour s’enfoncer dans la forêt, en bordure de la rivière.

Mais leur présence, tout comme celle des chiens qui accompagnent leur maître lors de leur promenade au Sentier, n’est pas appropriée, estime-t-il. L’endroit est un corridor vert très important pour la faune, car il fait le lien entre le lac Boivin et la région avoisinante. Il importe de ne pas le perturber, fait valoir le président du COOHY.

Selon M. Fleury, la biodiversité est riche et insoupçonnée au Sentier de la rivière. Vendredi matin, il affirme avoir observé la présence de 31 espèces d’oiseaux différentes en 90 minutes à peine.

Au cours des deux dernières années, ce sont pas moins de 81 espèces d’oiseaux qui y ont été recensées par les membres du Club, dont certaines espèces «protégées» comme le martinet ramoneur et le pioui de l’Est. Cela en fait le 21e meilleur site d’observation d’oiseaux en Haute-Yamaska, relève le président du COOHY. De nouveaux nichoirs d’oiseaux ont d’ailleurs été installés par le Club dans la friche, à proximité du Sentier.

Selon Normand Fleury, la diversité du Sentier de la rivière est par exemple plus grande que celle du parc des Montagnards à Shefford, où 66 espèces d’oiseaux y ont été identifiées. La richesse de l’endroit se reflète aussi sur sa faune, alors que loutres et visons ont déjà été aperçus, ainsi que sur sa flore avec son large éventail de végétaux.

Dans les circonstances, M. Fleury croit qu’il serait avisé d’améliorer la signalisation avec l’ajout de panneaux pour rappeler aux citoyens que la présence des chiens n’y est pas permise et qu’il est recommandé de ne pas quitter les sentiers pour préserver la végétation. L’installation de barrières pour restreindre l’accès aux vélos serait aussi appropriée, tout comme il pourrait être opportun de déterminer les heures d’accès au Sentier, croit-il.

L’ornithologue déplore par ailleurs qu’en l’absence de poubelles, certains jettent leurs déchets dans les cavités des cheminées de briques aménagées à certains endroits du sentier pour rappeler le passé industriel du site.

Alors que les rives du cours d’eau ont récemment été nettoyées lors de la Journée de la rivière, des déchets sont de nouveau bien visibles. Certains fréquentent le Sentier la nuit, y font des feux et laissent derrière eux bouteilles et autres détritus. «Les intentions de la Ville sont bonnes, mais le civisme n’est malheureusement pas toujours au rendez-vous», laisse tomber Normand Fleury.

LE MAIRE BONIN PRÊT À FAIRE DES AJUSTEMENTS 

Le maire de Granby affirme être sensible aux problématiques évoquées par le président du Club d’observateurs d’oiseaux de la Haute-Yamaska (COOHY) au Sentier de la rivière, notamment au sujet de la présence de vélos et de chiens. « S’il y a des correctifs à faire, on les fera », dit Pascal Bonin. 

« S’il y a des pancartes à ajouter ou des aménagements à prévoir, on va le faire. Je suis d’accord avec ça. C’est un endroit qui a été conçu pour s’évader de la ville, tout en restant en pleine ville, et pour mettre en valeur le patrimoine », déclare Pascal Bonin. 

Celui-ci affirme que certains parcs, dont les Boisés Miner, sont accessibles aux chiens. Mais le Sentier de la rivière n’en fait pas partie. Les cyclistes peuvent aussi fréquenter le Sentier, mais à la condition qu’ils garent leur vélo et qu’ils explorent le site à pied. 

« Je pense qu’il y aura des aménagements à faire pour préserver ce milieu exceptionnel. Je suis tout à fait d’accord avec M. Fleury (Normand, président du COOHY). Ça a toujours été notre but », lance le maire. 

Celui-ci fait valoir que l’aménagement du sentier, réalisé en deux phases depuis 2016, a été complété l’an dernier. À ses yeux, il est ainsi « normal » que des ajustements doivent être réalisés à la lumière de la fréquentation de l’endroit. 

Il déplore aussi du même souffle les actes de vandalisme commis à cet endroit. « Le Sentier a été réalisé au coût de près d’un million $ avec les deniers publics. Le vandalisme est littéralement un vol d’argent public. Les lieux appartiennent aux citoyens. Et je ne connais pas grand monde qui vandaliserait leur propriété... », laisse tomber le maire.