Pourquoi les skieurs de fond ne connaissent pas la déprime saisonnière

LA SCIENCE DANS SES MOTS / La saison des fêtes est terminée et nous nous retrouvons avec plusieurs mois d’hiver devant nous, sans rien à célébrer. Alors, quoi faire pour éviter le « blues de janvier », aussi appelé déprime saisonnière ?

Notre étude, récemment publiée dans Psychiatry Research, a suivi près de 200 000 skieurs de fond pendant une vingtaine d’années. Nous avons constaté que les skieurs sont 50 pour cent moins susceptibles de souffrir de dépression que la population en général.

Alors, quel est leur secret ? Et comment en bénéficier sans nécessairement enfiler une paire de ski ?

Une mine d’or pour la recherche

En 1922, une course de 90 km a été organisée pour la première fois en Suède, la plus longue distance au monde. Elle a été nommée « Vasaloppet » en l’honneur d’un ancien roi suédois, Gustav Vasa. En Suède, nous avons un penchant pour la tenue de registres. Depuis 1989, il est possible de suivre tous les Suédois qui ont participé à la course. C’est une véritable mine d’or pour la recherche sur l’exercice.

Des études antérieures ont montré que les skieurs de la Vasaloppet sont significativement plus actifs physiquement, ont une meilleure alimentation, fument moins et vivent plus longtemps que la population générale. Dans notre étude, nous avons cherché à déterminer la fréquence de dépression chez ces skieurs par rapport aux personnes du même sexe et du même âge dans la population générale. Au total, l’étude a porté sur près de 400 000 personnes (dont 40 pour cent de femmes), skieurs et non-skieurs.

Psychologie et chimie du cerveau

Nous pensons que le risque de dépression plus faible chez les skieurs est principalement dû à leur mode de vie physiquement actif. Les skieurs passent également beaucoup de temps à l’extérieur, et l’exposition au soleil est associée à un risque réduit de dépression. Cependant, de précédentes études montrent que l’activité physique a un effet plus important par rapport à la seule luminothérapie. Mais les deux mis ensemble pourraient offrir une combinaison puissante pour prévenir la dépression.

De plus, les environnements naturels semblent améliorer notre capacité à faire face au stress.

Mais comme nous ne savons toujours pas ce qui cause réellement la dépression, il est difficile d’évaluer exactement comment l’activité physique en réduit le risque. Il est probable que l’exercice interagit avec les facteurs psychologiques et moléculaires qui y sont liés.

Psychologiquement, l’exercice peut vous distraire de vos pensées négatives. De plus, l’activité physique peut améliorer votre sensation de bien-être parce qu’elle est perçue comme bénéfique par la société.

Mais supposons que le ski attire des gens qui sont déjà très heureux, alors que les personnes plus tristes et susceptibles d’être déprimées ne souhaitent pas en faire. Dans l’étude Vasaloppet, nous avons tenté de contrôler cette donnée par une analyse supplémentaire : nous avons exclu tous les skieurs et les non-skieurs ayant reçu un diagnostic de dépression au cours des cinq premières années qui ont suivi leur adhésion dans l’étude. Même en tenant compte de ce fait, les skieurs avaient toujours un risque de dépression inférieur d’environ 50 pour cent.

Sur le plan physiologique, il a également été démontré que l’exercice a un effet sur l’inflammation et le stress, deux systèmes liés à la dépression. De plus, l’exercice augmente la sécrétion d’endorphines, soit des molécules de « bien-être », dans le cerveau. L’activité physique stimule également les facteurs de croissance neuronale. Cependant, la plupart de ces découvertes ont été faites dans des études faites sur des animaux avec un suivi de courte durée. Elles doivent donc être répétées chez les humains.

Différences de genres

Le risque de dépression était également réduit chez les skieurs et les skieuses par rapport à la population générale. Toutefois, chez les hommes, les skieurs qui terminaient la course plus rapidement avaient un risque encore plus faible de dépression ultérieure comparativement aux hommes plus lents. Cela indique une relation entre le niveau de condition physique et le risque de dépression.

Les femmes qui skient le plus vite ont également un risque plus faible de dépression par rapport aux femmes de la population générale. Il est toutefois intéressant de noter que, contrairement aux hommes, ces femmes plus rapides ne présentent pas un risque de dépression plus faible que celles qui sont plus lentes. Notre étude n’a pas permis de révéler pourquoi les femmes n’ont pas le même avantage que les hommes sur ce point.

Même si leurs cerveaux diffèrent, ces écarts pourraient aussi s’expliquer par d’autres facteurs. Par exemple, il a été démontré que les raisons de faire de l’exercice chez les femmes pourraient être un meilleur prédicteur de leur bien-être mental que leur niveau d’exercice réel, ce qu’on ne retrouve pas chez les hommes.

En santé et heureux

Notre étude offre une possibilité unique d’étudier l’effet d’un mode de vie physiquement actif sur le risque de dépression dans une vaste population sur une longue période. La participation à Vasaloppet est un type d’activité particulier, le ski, mais de nombreuses études indiquent qu’il pourrait ne pas être important. Tant que vous êtes actif, votre bien-être mental s’en trouve amélioré.

Néanmoins, certains sports de contact qui vous exposent à des risques de commotions cérébrales récurrentes, comme le football, la boxe et le hockey, pourraient augmenter le risque de futurs troubles cérébraux, y compris la dépression. D’autre part, les athlètes qui participent à des sports d’équipe ont tendance à signaler une meilleure santé mentale comparativement à ceux qui pratiquent des sports individuels. L’interaction sociale aide également les gens à respecter leur programme d’exercice.

La recherche montre clairement qu’il existe des moyens de réduire le risque de dépression et que l’exercice, le plein air et le travail d’équipe sont de bonnes approches. Ainsi, bien que nous ayons constaté d’excellents résultats pour le ski de fond, il existe de nombreuses autres options pour améliorer votre santé mentale.

Il est également clair que le facteur le plus important pour réussir à respecter une routine d’exercice est d’être motivé. Alors, plutôt que de vous torturer au gym avec tous les autres en janvier, pourquoi ne pas essayer quelque chose que vous aimez vraiment ?

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Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.

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