L’épidémie actuelle aurait commencé à la mi-décembre chez des gens qui, en majorité, avaient visité un marché de poissons et fruits de mer de Wuhan, en Chine centrale.
L’épidémie actuelle aurait commencé à la mi-décembre chez des gens qui, en majorité, avaient visité un marché de poissons et fruits de mer de Wuhan, en Chine centrale.

Mystérieux virus chinois: terrifiant ou assez bénin?

Un peu épeurant? Terrifiant? Somme toute assez bénin? Le nouveau virus qui a fait son apparition dans la ville chinoise de Wuhan et tué six personnes au cours des dernières semaines n’a pas l’air de se transmettre très bien entre humains, ce qui est encourageant, note Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche sur les virus émergents du CHUL. Mais il reste encore trop de zones d’ombre, et de trop grandes, pour se faire tout à fait rassurant, ajoute-t-il.

«Si vous m’aviez posé la question il y a une couple de jours, j’aurais [penché du côté «assez bénin» ]. Mais je n’en suis plus si sûr maintenant. […] Dans les plus récents développements, je trouve que ça progresse pas mal vite. Vendredi passé, on parlait de 60 cas. Là, on est à presque 400, et la transmission interhumaine a été établie par les Chinois. Il y a aussi eu un cas qui a infecté 14 membres du personnel soignant dans un hôpital. Et on a commencé à découvrir des cas sans lien avec la province de Wuhan, donc il semble y avoir d’autres foyers. Alors je m’attends à ce que l’Organisation mondiale de la santé [OMS] annonce mardi que c’est une urgence sanitaire internationale [ce qui va déclencher une série de mesures pour limiter la transmission]», dit Dr Boivin.

À LIRE AUSSI: Virus chinois: premier cas confirmé aux États-Unis

L’épidémie actuelle aurait commencé à la mi-décembre chez des gens qui, en majorité, avaient visité un marché de poissons et fruits de mer de Wuhan, en Chine centrale, relate-t-il. Le 1er janvier, le marché fut fermé, le virus responsable fut isolé le 8 et, le 12 janvier, les autorités chinoises ont partagé la séquence génétique avec l’OMS. Le virus n’a pas encore de nom officiel et est pour l’instant désigné sous «2019-nCOV».

On sait qu’il s’agit d’un membre de la «famille» des coronavirus, dont on connaissait jusque là six «membres» capables d’infecter l’être humain, dit DBoivin. Quatre d’entre eux donnent des rhumes tout à fait bénins, mais les deux autres sont le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), auquel on doit une épidémie qui a touché quelque 8000 personnes en 2003 et en a tué près de 800, et le MERS (Middle East Respiratory Syndrome), qui a infecté moins de gens (environ 2500), mais en a fauché un peu plus du tiers.

Le séquençage de 2019-nCOV a montré qu’il s’agit d’un proche parent du SRAS, «mais il en est quand même différent, c’est une espèce à part», indique Dr Boivin. Alors reste maintenant à établir quel animal lui a servi de réservoir — le chercheur doute qu’il s’agisse d’un poisson ou d’un crustacé puisqu’on ne connaît pour l’heure aucun coronavirus capable d’infecter ces animaux — et, surtout, «quel est le taux de létalité? Est-ce que ça va être de l’ordre de 10 % comme c’est le cas en ce moment, ou est-ce que ça va être en dessous de 1 %?» se demande-t-il.

Les chiffres dont on dispose pour l’instant concernent surtout les cas les plus graves, et il est bien possible qu’un nombre inconnu d’infections se soient soldées par des symptômes trop bénins pour se rendre à l’hôpital, explique Dr Boivin. «Ça va prendre des études épidémiologiques à grande échelle pour l’établir.»

Parmi les six décès imputés à 2019-nCOV jusqu’à maintenant, DBoivin n’a pu obtenir l’information que sur la moitié d’entre eux. Il s’agissait tous de personnes très âgées ou affaiblies, «mais je n’ai pas vu les autres cas alors je ne peux pas me prononcer à partir de ça», précise-t-il.