Le mystère de la «mouche-zombie»… [VIDÉO]

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
24 PAR SECONDE / En principe, quand une mouche de laboratoire passe trop de temps dans l’alcool, elle meurt. Toujours en théorie, quand une mouche se fait congeler, elle ne survit pas longtemps non plus. Alors logiquement, quand une mouche passe 4 ans et demi congelée dans de l’alcool, on est en droit de s’attendre à ce qu’elle comprenne ce qu’elle supposée faire…

Et c’est bien ce que la technicienne de recherche Rowan Connell, de l’Université de Liverpool, avait toujours observé chez les drosophiles de son labo, qui mouraient toutes bien sagement au congélateur. Du moins, jusqu’en mars dernier, lorsqu’elle filma la «scène» ci-dessus, montrant une mouche qui semble se «réveiller» après 4 ans et demi (!) passés à -20 °C dans l’éthanol.

«Elle était là-dedans avec des centaines d’autres mouches qui ne s’en sont pas remises. Elles ont toutes été récupérées en même temps et de la même manière, alors je ne sais pas pourquoi celle-ci a survécu. Ces mouches peuvent survivre à un hiver, soit, mais pendant plusieurs années et dans l’éthanol ?», s’est demandé Mme Connell sur son compte Twitter.

Il pourrait s’agir d’une simple aberration statistique (fluke est le terme anglais qu’elle utilise) : on peut imaginer que les chances de survie de ces mouches en pareilles conditions sont infinitésimales, mais pas complètement nulles, si bien qu’à force de congeler et de dégeler des drosophiles, on peut finir par en voir une qui s’en sort. Et encore, «survivre» est un bien grand mot puisque l’insecte en question était manifestement mal en point (on lui pardonne…), tombant sur le dos à plusieurs reprises et décédant au bout de quelques heures.

Plusieurs biologistes ont réagi sur Twitter en disant que les mouvements que l’on voit dans la vidéo peuvent n’être que de simples réflexes ou d’un effet de la décongélation. Mais Mme Connell en doute puisque «l’insecte a été capable de marcher par lui-même de manière apparemment coordonnée plusieurs fois. Malheureusement, je n’ai pas pu filmer ces moments-là, et je ne sais pas s’il peut s’agir de contractions musculaires automatiques. Et, encore plus malheureux, la mouche est morte avant que je puisse prendre d’autres images», m’a-t-elle dit lors d’un échange de courriels.

Quoi qu’il en soit, Mme Connell se promet bien — sitôt que les restrictions liées à la COVID-19 permettront à son labo de fonctionner à plein — d’essayer de reproduire cet apparent coup de chance, question d’en avoir le cœur net. Histoire à suivre, donc...