«Je plairai»

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’aimerais savoir comment l’effet placebo a été découvert, quelle est son efficacité et quelle est son importance pour la recherche de nouveaux médicaments ?», demande Louise Frenette, de Québec.

Le terme placebo signifie «je plairai», en latin. À partir du XIIIe siècle, il a désigné une prière pour les morts dans laquelle le mot se trouvait — apparemment à cause d’une erreur de traduction de l’hébreu, mais c’est une autre histoire. Et il a commencé à être employé en médecine au tournant du XIXe siècle, pour désigner un médicament qui sert plus à plaire au patient qu’à le soigner.

Vers le milieu du XXe siècle, cependant, les chercheurs en médecine ont commencé à standardiser leurs méthodes et à adopter le modèle de l’«essai clinique randomisé», où l’on administre un vrai traitement à un groupe et un faux traitement à un autre groupe, afin d’avoir un point de comparaison. Et il est alors vite apparu qu’un nombre relativement grand de patients des groupes placebo voyaient leur état s’améliorer de façon assez grande. En 1955, dans une étude parue dans le Journal of the American Medical Association, l’anesthésiste américain Henry K. Beecher fut le premier à quantifier cet effet, qu’il avait observé dans sa pratique auparavant. Son article, intitulé «The Powerful Placebo» (le puissant placebo), passait en revue 15 essais cliniques et concluait que pas moins de 35% des patients à qui on n’avait rien donné d’autre qu’un placebo avaient vu leur état s’améliorer de façon satisfaisante.

Il s’est avéré par la suite que Beecher avait fait des erreurs d’interprétation : d’autres chercheurs ont examiné les mêmes 15 essais et n’y ont trouvé pas trouvé de signes forts de l’effet placebo. En cette matière, il faut faire très attention car «de fausses impressions d’effet placebo peuvent être créées de diverses manières», comme l’amélioration spontanée de l’état du patient, des fluctuations dans les symptômes, erreur de jugement, et ainsi de suite, avertissaient il y a une vingtaine d’années deux chercheurs allemands qui revenaient sur cette étude dans le Journal of Clinical Epidemiology.

Mais l’article de Beecher n’en avait pas moins marqué les esprits de manière durable — et pas seulement pour le pire. On peut certainement dire que ce papier a stimulé beaucoup de recherches au sujet du placebo, si bien que c’est en partie «grâce» à lui que l’on en sait plus long aujourd’hui.

Dans l’ensemble, il semble que l’effet placebo soit loin d’être aussi spectaculaire que ce que Beecher laissait entrevoir. En 2010, une revue de la littérature scientifique réalisée par la Collaboration Cochrane (une organisation savante qui se spécialise dans ce genre d’exercice) a examiné 200 essais cliniques qui comparaient des placebos avec l’absence de traitement pour une soixantaine de conditions médicales. Elle a conclu qu’«en général, le placebo n’a pas eu de bénéfices majeurs pour la santé, mais en moyenne on observe un effet modeste sur les résultats rapportés par les patients, comme la douleur».

C’est là un point sur lequel tout le monde semble s’entendre : c’est l’effet analgésique du placebo qui semble être le plus prononcé, et c’est aussi celui qui a été le mieux étudié. Les mécanismes derrière ne sont pas encore complètement élucidés, mais dans le cas de la douleur (d’autres effets placebo peuvent avoir des mécanismes différents), il semble que c’est principalement le fait de s’attendre à un soulagement qui incite le cerveau à produire des antidouleurs naturels. D’ailleurs, on n’a pas besoin d’une pilule de farine ou d’une injection d’eau salée pour créer cet effet : juste un contexte de soin humain peut suffire. Quelques études ont comparé l’effet de (vrais) médicaments antidouleurs selon qu’ils étaient administrés par quelqu’un (infirmière ou médecin) ou de manière automatisée, sans qu’il n’y ait personne dans la salle. Dans certains cas, la dose pour réduire la douleur efficacement est réduite de 50 % quand c’est un professionnel qui inocule.

L’effet n’est pas aussi spectaculaire pour tout le monde, ni pour tous les maux, entendons-nous. Mais il existe, et c’est la raison pour laquelle les chercheurs considèrent que pour qu’un nouveau médicament soit considéré efficace, son effet doit être plus fort que celui du placebo.

Des nouvelles du «marais miracle»

Par ailleurs, j’aimerais donner un petit complément d’information sur ma chronique du 17 mars dernier, dans laquelle je parlais d’un «marais miracle» de Beauport qui ne gèle jamais, même lorsqu’il fait -25°C et même si le courant est très faible. Cela s’explique essentiellement par le fait qu’il y a là une zone de résurgence, où de l’eau souterraine sort de terre. Comme l’eau est toujours à environ 8 °C à certaine profondeur, non seulement ce marais ne gèle jamais, mais on y trouve a des plantes aquatiques bien vertes et apparemment en pleine forme à l’année longue.

Un ornithologue originaire du secteur, Jean-François Rousseau, m’a écrit pour me dire que l’endroit est bien connu des ornithologues et même protégé par la Ville de Québec, parce que son microclimat permet à une poignée d’oiseaux d’hiverner à des latitudes exceptionnellement nordiques.

«Ce marais peut servir de refuge hivernal pour quelques individus de certaines espèces. Certes, ce n'est pas très grand mais, quelques centaines de mètres plus à l'ouest, au sud de la rue du Vignoble, se trouvent quelques autres résurgences (étangs et canaux de drainage) du même type où l'eau ne gèle jamais et qui demeurent d'un beau vert tendre tout l'hiver. Les résurgences de la rue du Vignoble, adjacentes, sont dans un milieu agricole et beaucoup plus ouvert. Néanmoins, les canards, bécassines et autres petits oiseaux se déplacent librement d'une résurgence à l'autre. La résurgence du Mélèzin de Beauport fait donc partie d'un ensemble de quelques petites résurgences ici à cheval sur les arrondissement de Beauport et de Charlesbourg. (...) Il existe moins de cinq sites connus dans tout le Québec où hiverne la Bécassine de Wilson (voir photo) année après année, et les résurgences du Mélézin de Beauport et du Vignoble sont l'un de ces sites», écrit M. Rousseau, craignant que le développement urbain de ce secteur ne menace ces habitats exceptionnel.

Une bécassine de Wilson photographiée en plein hiver dans le Mélézin de Beauport. Sans la résurgence d'eau souterrain qu'il y a à cet endroit, cette espèce ne pourrait pas passer l'hiver ici.