INRS : 50 ans qui ont façonné le Québec

LA SCIENCE DANS SES MOTS / À l’automne 1969, le scientifique Charles E. Beaulieu reçoit un coup de fil du vice-président de l’Université du Québec, Pierre Martin, qui veut doter le Québec d’un institut national de recherche. Pour relever ce défi, Charles E. Beaulieu appuie sa réflexion sur un rapport de l’OCDE, paru la même année, qui déplore que les trois grands moteurs de la recherche scientifique en Occident – les gouvernements, les universités et l’industrie – travaillent en vase clos. Visionnaire, il propose à Pierre Martin de mettre en place un institut unique, doté de centres de recherche thématiques axés sur les problèmes de la société québécoise : l’eau, l’énergie et l’urbanisation.

Rappelons-nous qu’à l’époque, ceux que nous appelions les Canadiens français affichaient un retard important sur le plan de la scolarisation, avec un taux de fréquentation universitaire parmi les plus bas en Amérique du Nord. Les opportunités de carrière en recherche étaient rares et les chercheurs du Québec n’obtenaient qu’une très faible part des subventions de recherche fédérales. L’institut à naître devait briser cet isolement et propulser le Québec en avant.

C’est ainsi que l’Institut national de la recherche scientifique voit le jour le 3 décembre 1969. La nouvelle sera officialisée deux semaines plus tard en conférence de presse par le ministre de l’Éducation Jean-Guy Cardinal. La mission de l’INRS se résume ainsi : contribuer au développement économique, social et culturel en œuvrant dans des domaines stratégiques pour le Québec.

Un demi-siècle plus tard, en tant que scientifique, je suis particulièrement fier de diriger cette organisation avant-gardiste. Sa conception particulière, constituée de centres de recherche multidisciplinaires répartis sur l’immense territoire de la vallée du Saint-Laurent, a permis d’obtenir des résultats concrets. L’INRS, malgré sa taille modeste, a joué un rôle clé dans le développement du Québec. Les modèles mathématiques des chercheurs installés à Québec ont permis la construction de barrages hydroélectriques à la Baie-James. Les avancées scientifiques sur la reconnaissance de la parole, achevées en collaboration avec l’industrie, ont contribué à transformer Montréal en chef de file dans le domaine de l’intelligence artificielle. En partenariat avec le milieu communautaire, nos chercheuses ont collaboré de manière significative à l’élaboration de la politique familiale du Québec, à l’origine des CPE, où grandissent aujourd’hui nos enfants. Nous hébergeons également l’un des plus importants laboratoires de contrôle du dopage au monde qui effectue des tests pour plusieurs fédérations sportives internationales. Et c’est sans compter nos expertises reconnues dans les domaines de la physique des lasers et de la lutte aux maladies infectieuses. Ces réalisations illustrent bien le rôle de la recherche scientifique dans nos vies.

Nous sommes maintenant à l’œuvre pour développer le Québec de demain, dans des domaines névralgiques : les énergies renouvelables, l’eau, la jeunesse, le transport actif, la valorisation des déchets industriels ou agricoles. Permettez-moi de rêver à l’impact que pourrait avoir l’INRS si on lui donnait les moyens de se saisir de nouveaux enjeux stratégiques pour la société québécoise, que ce soit dans les domaines de l’environnement ou de l’alimentation, entre autres. Puissent les cinquante prochaines années être marquées par la reconnaissance de notre capacité à contribuer au développement de la société. En terminant, je salue les visionnaires qui ont eu l’audace de créer cette institution, notamment le ministre de l’Éducation de l’époque, M. Jean-Guy Cardinal, le premier président de l’INRS, M. Louis Berlinguet, le premier directeur général, M. Charles E. Beaulieu. Vous avez doté le Québec d’un puissant véhicule de recherche et de formation.

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«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.