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COVID-19: lâcher l'eau de Javel (bis)

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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BLOGUE / Quand on touche une surface contaminée par la COVID-19, quelles sont les chances pour qu'on attrape le virus ? Et j'insiste, ici : on parle ici de toucher un objet contaminé, pas n'importe quelle surface au hasard. Alors, à votre avis ? Une sur trois ? Une sur 10 ? Une sur 100 ?

En fait, c'est beaucoup moins que ça : «généralement moins de 1 sur 10 000», indique la santé publique américaine (CDC) dans une mise à jour faite hier sur son site web. Les études sur le sujet ne sont pas nombreuses, a constaté le CDC, puisque ce n'est vraiment pas une question qui est facile à étudier — il est particulièrement ardu de départager les infections qui surviennent par la voie des airs de celles qui sont contractées via des surfaces. Mais les travaux qui y sont parvenu d'une manière ou d'une autre suggèrent que «chaque contact avec une surface contaminée a moins de 1 chance sur 10 000 de provoquer une infection», lit-on sur le site du CDC.

Certes, certaines études (qui avaient fait grand bruit au printemps 2020) ont trouvé que le SRAS-CoV-2 pouvait survivre pendant quelques jours sur certaines surfaces, notamment les plastiques et les cartons. Le risque n'est donc pas de zéro, tout le monde s'entend là-dessus. Mais en labo, les scientifiques ont fait ces tests avec de grandes quantités de virus et se sont assurés d'en «récolter» autant que possible en frottant bien les surfaces avec des coton-tige. En pratique, les chances sont très minces pour qu'un nombre de virus assez grand pour provoquer la maladie se transmette de la surface vers les doigts, puis des doigts vers la bouche ou le nez, et éventuellement dans les voies respiratoires.

Alors la question se (re)pose, je pense : serait-il temps de «lâcher l'eau de Javel» ? Ça commence à faire plusieurs sources scientifiques qui remettent en doute l'utilité de tout nettoyer tout le temps, que ce soit Nature qui dénonçait en janvier dans son éditorial l'«attention trop grande accordée aux surfaces» ou d'autres avis d'experts. Une modélisation parue en début d'année a conclu que le risque d'attraper la COVID-19 par le biais de surfaces contaminées est généralement de moins de 1 sur 1 000 000 (par tranche de 7 jours) — ou à la rigueur, dans des cas vraiment très extrêmes, de 1 sur 10 000 lorsque 5 % de la population est porteuse du virus en même temps, ce qui est énorme.

D'un côté, je peux comprendre que les autorités sanitaires (pas seulement au Québec, mais dans bien d'autres endroits aussi) hésitent à lever certaines obligations, comme celle qu'ont les épiceries et d'autres commerces de laver chaque chariot un par un après chaque utilisation. Comme je l'ai dit, ces questions-là sont difficiles à documenter, alors il reste encore un certain degré d'incertitude. Le réflexe de pécher par excès de prudence peut donc se défendre. Toutes les études et documents cités ici recommandent d'ailleurs de continuer de se désinfecter les mains — ce qui est apparemment bien plus efficace que de tout nettoyer.

Mais d'un autre côté, je ne crois pas qu'il y ait encore le moindre soupçon de débat scientifique sur le fait que la COVID-19 se transmet très principalement par la voie des airs, et que les surfaces jouent dans le pire des cas un rôle mineur, sinon infinitésimal. En outre, tout ce récurage vient avec un coût pour les commerçants, en plus d'ajouter une certaine lourdeur aux emplettes de M. et Mme Tout-le-Monde. À un moment où l'on sent une «fatigue COVID» se répandre, peut-être qu'en levant cette obligation-là (quitte à garder la désinfection régulière des mains), on allégerait le fardeau de tout le monde, et qu'on aiderait ainsi au respect des autres règles — celles qui sont mieux fondées en science, celles qui comptent le plus. Sans compter que si l'on impose certaines règles qui vont bien au-delà de ce que la science justifie, on risque ensuite d'avoir moins l'oreille de la population quand on lui demande de suivre les autres consignes sous prétexte qu'il faut «se fier à la science»...

Alors, qu'est-ce que vous en dites ?

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