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Les écrans, néfastes pour les jeunes? Une question sans réponse claire

MONTRÉAL — C’est une question à laquelle des milliers de parents aimeraient bien (finalement) obtenir une réponse claire: combien de temps les jeunes peuvent-ils consacrer à leurs écrans sans que cela leur cause des problèmes?

«La science par rapport à l’utilisation des nouvelles technologies et la pédiatrie est en continuelle évolution», prévient d’emblée le docteur Olivier Jamoulle, du CHU Sainte-Justine.

La publication récente de deux nouvelles études, dont une par des chercheurs canadiens, lui donne raison.

La première, dans les pages du journal médical Psychological Science, avance que contrairement à la croyance populaire, le temps que passent les adolescents à naviguer sur le Web, à jouer ou à écouter la télévision n’a aucun impact néfaste sur leur santé mentale, et ce, même si l’activité est pratiquée au moment d’aller au lit.

Les chercheurs de l’Université d’Oxford qui ont étudié quelque 17 000 jeunes disent n’avoir découvert «aucune preuve évidente que le temps d’écran réduit le sentiment de bien-être des adolescents».

«Il ne faut pas “capoter” sur le côté “la nouvelle technologie est nuisible”, mais je me méfierais de quelque chose de faussement rassurant parce que le bien-être est une perception, a réagi le docteur Jamoulle. Des études ont montré que le sommeil peut être amputé de plus d’une heure par nuit chez les adolescents qui utilisent leur téléphone avant de se coucher. Certains résultats parlaient aussi de plusieurs réveils nocturnes par des textos, et de là, des répercussions sur la fatigue diurne et la concentration à l’école, etc.»

La deuxième étude, celle-là présentée par des chercheurs de l’Université de l’Alberta dans les pages de PLOS ONE, portait sur des enfants d’âge préscolaire. Ils ont constaté, à l’étude d’environ 2400 familles canadiennes, que les enfants de cinq ans passaient en moyenne 1,4 heure par jour devant un écran, contre 1,5 heure par jour pour les enfants de trois ans.

Viennent ensuite des chiffres inquiétants: comparativement aux enfants qui consacraient moins de 30 minutes par jour à un écran, ceux qui y consacraient plus de deux heures multipliaient apparemment par cinq leur risque de problèmes de comportement, par six leur risque de problèmes d’inattention et par presque huit leur risque de touble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

En revanche, disent les auteurs, plus un enfant consacrait de temps à des sports organisés, moins il était susceptible de présenter des problèmes de comportement.

Un lien avec le TDAH?

Mais ne sautons pas trop rapidement aux conclusions, recommande Olivier Jamoulle, qui rappelle que les enfants atteints d’un TDAH seront très attirés par les écrans et les nouvelles technologies. On se trouve donc possiblement en présence de jeunes qui évolueraient vers un TDAH de toute façon.

«Je ne suis pas certain que l’utilisation excessive d’un écran entraîne un risque augmenté de TDAH, c’est plus compliqué que ça, le TDAH est multifactoriel, dit-il. Mais je trouve que c’est quand même une interrogation intéressante, et ça vaut la peine de se pencher sur la question.»

«Pour les plus petits, je pense que c’est prudent de dire que deux heures par jour est un chiffre qu’on ne devrait pas dépasser. Au-delà de ça, il va y avoir des répercussions sur le temps passé à jouer à l’extérieur, le temps passé à lire un livre, passer du temps avec les amis... Donc l’impact du temps d’écran sur la vraie vie reste important à évaluer.»

C’est d’ailleurs dans cette direction que vont actuellement les conseils donnés aux parents et aux jeunes: on est maintenant plutôt dans une approche qui ne tient pas compte seulement du nombre d’heures passées devant un écran, mais bien de l’impact que cela a sur la vie de tous les jours et les activités quotidiennes.

La question prend une toute nouvelle importance quand on sait que, dans des études réalisées aux États-Unis l’an dernier, 45 % des jeunes ont répondu avoir l’impression d’être constamment en ligne.

«Est-ce que ton temps d’écran t’empêche de faire certaines activités? Est-ce que tu priorises le temps d’écran par rapport à rencontrer des amis?, illustre le docteur Jamoulle. On n’est plus vraiment dans un chiffre qui est parfois un peu abstrait et on se demande d’où ça vient. Dans le passé, on disait deux heures par jour, mais maintenant on aime mieux regarder, le temps que tu passes sur ton écran, qu’est-ce que ça t’empêche de faire? Qu’est-ce que tu ne fais pas à la place?»

«Et ça, je pense que c’est une approche un peu plus logique.»

Actualités

Station spatiale internationale: arrivée du vaisseau-cargo Cygnus

CAP CANAVERAL — Le vaisseau-cargo Cygnus est arrivé vendredi à la Station spatiale internationale, un jour et demi après avoir décollé d’un pas de tir situé à l’île Wallops, en Virginie.

L’astronaute de la NASA Anne McClain et son collègue de l’Agence spatiale canadienne David Saint-Jacques étaient aux commandes du Canadarm2, le bras robotisé de la Station, pour attraper le véhicule spatial qui filait à la même vitesse que la Station, soit environ 28 000 km/h. Un contrôleur de vol canadien a fait partie de l’équipe au sol chargée de l’opération de robotique depuis le centre de contrôle de mission de la NASA à Houston, au Texas.

Cygnus achemine à la Station des centaines de kilos de matériel, dont un bioanalyseur, un appareil qui permettra d’analyser le sang, l’urine ou la salive à bord de la Station, ce qui évitera souvent de congeler les échantillons.

Il apporte aussi des maillots intelligents du biomoniteur et des trousses de prélèvement qui seront utilisés pour recueillir des données dans le cadre de Vascular Aging, une nouvelle étude canadienne en santé qui examine de plus près la perte d’élasticité des artères et la résistance à l’insuline des astronautes.

Repas de Pâques

Cygnus a aussi transporté de la nourriture canadienne, comme du saumon fumé, des biscuits à la crème d’érable, du risotto aux champignons et au fromage et du chili au bison, un plat inspiré de la recette préférée de la famille de David Saint-Jacques, selon ce qu’affirme l’Agence spatiale canadienne. Le vaisseau a aussi transporté ce qu’il faut pour que l’équipage puisse déguster un repas de Pâques.

Cygnus devrait rester amarré au laboratoire orbital jusqu’à la fin de juillet.

Science

VIH: erreur sur l'erreur médicale...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il semble qu’il n'y ait que deux théories reconnues sur l'origine du VIH: la «Bushmeat Theory» et la «VOP», pour vaccin oral contre la polio. D’après cette dernière, dans le Congo belge des années 50, la course aux profits aurait incité Dr Hilary Koprowski à fabriquer un VOP afin de profiter du fait que le vaccin Salk venait d'être banni aux États-Unis. Dr Koprowski aurait fabriqué son vaccin dans des cellules de chimpanzés infectés au virus de l’immunodéficience simienne (VIS, l’équivalent du VIH chez le singe). Alors, la source du VIH est-elle une des plus graves erreurs médicales de l’histoire ?», demande Michel Cormier, de Mont-Saint-Hilaire.

On sait que le VIH, ce terrible virus qui s’attaque à nos cellules immunitaires jusqu’à anéantir nos défenses, est génétiquement très, très proche du VIS (lire : presque identique), et on sait que celui-ci est endémique chez le chimpanzé — c’est-à-dire que toutes les populations de chimpanzés sont porteuses d’une souche ou d’une autre de VIS, et ce de manière permanente. Il est certain qu’à l’origine, le VIH était en fait un VIS qui a fait le «saut» d’un chimpanzé à un être humain. La question est : comment est-ce arrivé ?

À cet égard, on ne peut pas vraiment dire qu’il y a «deux théories reconnues». En fait, il n’y en a plus qu’une seule, essentiellement : la théorie de la «viande de brousse», qui veut que le «transfert» initial soit survenu parce que quelqu’un, quelque part dans l’Afrique centrale du début du XXe siècle, a apprêté une carcasse de chimpanzé infecté et s’est coupé ce faisant. Par la suite, une série de facteurs ont permis à l’épidémie naissante de persister et, éventuellement, d’essaimer mondialement — j’y reviens.

La théorie du vaccin de la polio, elle, est largement considérée comme «invalidée» par la communauté scientifique, même si son auteur, le journaliste anglais Edward Hooper, s’y accroche encore farouchement. M. Hooper a publié quelques articles sur son hypothèse dans les années 90, textes qui ont eu un grand écho médiatique d’ailleurs, ainsi qu’un livre sur le même sujet en 1999. Cela a amené des chercheurs à étudier ses thèses mais, loin de la valider, ils y ont surtout trouvé d’énormes trous. Ainsi, en avril 2001, trois savants ont analysé dans Science le contenu génétique de vieilles doses de vaccins oraux anti-polio de la fin des années 50. Les échantillons étaient fournis par l’Institut Wistar, qui était derrière la campagne de vaccination en Afrique centrale soupçonnée d’être à l’origine du VIH. Ils n’ont pas trouvé la plus petite trace d’ADN de chimpanzé [http://bit.ly/2KKnmdt], mais ont clairement identifié de l’ADN de macaque, ce qui montre que le VPO n’a pas été cultivé dans des cellules de chimpanzé, mais bien de macaque. Le macaque n’est pas porteur de souches de VIS qui auraient pu causer l’épidémie humaine actuelle.

Autre (gros) problème : comme on peut le lire dans le livre du chercheur de l’Université de Sherbrooke Jacques Pépin The Origins of AIDS (ouvrage splendide et à lire absolument, en passant), des analyses génétiques ont montré que le VIH est dû à un «saut» unique vers l’humain, survenu autour de… 1920, à une dizaine d’années près. Alors le vaccin oral antipolio, mis au point à la fin des années 1950, ne peut tout simplement pas être en cause.

En outre, M. Hooper a également identifié la région de Kisangani comme origine pour les chimpanzés dont les cellules auraient été utilisées pour le VOP, mais une étude parue dans Nature en 2004 a révélé que les souches de VIS qui circulent dans ce secteur sont trop différentes du VIH pour en être la source [http://bit.ly/2GpmyW4].

Ce qui semble s’être passé, lit-on dans l’ouvrage de M. Pépin et ailleurs [http://bit.ly/2Pjc7aB], c’est qu’après le passage initial à l’humain, le VIH a traversé une sorte de période de «latence» pendant quelques décennies. C’est Kinshasa (et non Kisangani) qui a été le ground zero de la pandémie, c’est là où le virus montre sa plus grande diversité génétique, c’est de là que viennent les plus anciens échantillons séropositifs — remontant à la fin des années 50, époque où le virus arborait d’ailleurs déjà une certaine diversité, signe qu’il était en circulation depuis un bon bout de temps. Tout indique que le virus est peu sorti de Kinshasa jusqu’à ce fameux tournant des années 60, et qu’à Kinshasa même, il restait confiné à une très petite partie de la population, possiblement des prostituées et leurs clients, imagine-t-on.

Que s’est-il passé pour que le VIH finisse par prendre son triste envol ? Eh bien, il est possible que ce soit une erreur médicale qui soit en cause après tout, du moins en partie, mais pas l’erreur que croit M. Hooper. Dans les années 50, les autorités coloniales des Congo belge et français ont entrepris des campagnes de vaccination massives qui étaient bien intentionnées, mais qui se sont souvent déroulées dans de mauvaises conditions d’hygiène. Les seringues n’étaient pas jetées après usage, mais réutilisées — et pas toujours après avoir été désinfectées. Ce n’est pas un hasard si ces campagnes ont coïncidé avec des sursauts d’hépatite C, une maladie qui ne se transmet presque que par le sang, indique M. Pépin dans ses travaux. Alors on peut penser que le VIH en a lui aussi «profité».

Ce ne fut probablement pas le seul facteur, remarquez bien. L’Afrique centrale a subi des changements politiques, économiques et sociaux profonds dans les années 50 et 60. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la prostituée «type» à Kinshasa était une jeune femme «entretenue» par trois ou quatre clients, avec qui elle maintenait une relation sur plusieurs années. Par la suite, à cause de la pauvreté grandissante, la prostitution a pris une tournure plus désespérée, chaque femme pouvant voir jusqu’à 1000 clients par année. Il est fort possible que le VIH ait profité de cela aussi pour se répandre en Afrique centrale à partir des années 50 et 60, et éventuellement ailleurs dans le monde — mais c’est une autre histoire.

Science

Un «lion» de 1,5 tonne

PARIS — Un lion mais en sept fois plus gros : des dents et des fragments d'os vieux de 23 millions d'années découverts au Kenya ont permis d'identifier l'un des plus grands mammifères carnivores ayant foulé la Terre.

L'inquiétant animal, baptisé Simbakubwa kutokaafrika (pour grand lion d'Afrique) pesait dans les 1500 kg et était capable de s'attaquer à des animaux de la taille des éléphants et des hippopotames.

«Au vu de ses dents massives, Simbakubwa était un hypercarnivore», explique Matthew Borths de l'Université Duke, auteur principal de l'étude publiée jeudi dans le Journal of Vertebrate Paleontology. Les restes de l'animal - un morceau de mâchoire inférieure comportant une canine, une prémolaire et une molaire ainsi que d'autres dents et quelques os - avaient été découverts il y a déjà des dizaines années mais avaient été attribués à une espèce plus petite, Hyainailouros napakensis. Ils attendaient depuis au musée national de Nairobi.

Selon les chercheurs, l'animal est mort relativement jeune. Pourtant, sa mâchoire est beaucoup plus grosse que celle d'un lion de taille adulte. Avec ses canines, il pouvait cisailler la chair, tandis que ses molaires lui permettaient de casser les os", précise un communiqué.

Simbakubwa vivait il y a environ 23 millions d'années, au début du Miocène. Mais les conditions permettant l'existence de tels gabarits semblent avoir persisté pendant des millions d'années, précisent les chercheurs.

Science

La Chine se lance dans la course aux astéroïdes

PÉKIN - La Chine a annoncé à son tour jeudi le lancement d'une sonde vers un astéroïde, dans le sillage d'expéditions similaires lancées ces dernières années par l'Europe, les États-Unis et le Japon.

La mission, qui doit durer 10 ans, est à destination de l'astéroïde 2016 H03, un minuscule corps céleste de 41 mètres de diamètre qui évolue au plus près à 5,2 millions de km de la Terre, a annoncé l'agence spatiale chinoise. La sonde sera chargée de rapporter des échantillons du sol de l'astéroïde, a expliqué devant la presse le directeur du Centre d'exploration et d'ingénierie spatiale, Liu Jizhong, sans donner de date pour le lancement de la mission.

L'engin se divisera en deux lors de son retour vers la Terre: une capsule transportant les échantillons regagnera le sol terrestre, tandis qu'un autre module se dirigera vers un autre objet céleste encore plus lointain, la comète 133P, distante de plus de 300 millions de km de notre planète. M. Liu a appelé les savants du monde entier à participer à l'expédition et à embarquer leurs expériences à bord de la sonde.

L'annonce de cette mission chinoise survient alors que le Japon est parvenu en février à poser une sonde sur un astéroïde distant de 340 millions de km de la Terre. La sonde Hayabusa2 a déjà largué en octobre sur Ryugu un petit robot franco-allemand, Mascot.

Mascot est considéré comme le petit frère de l'atterrisseur Philae, dont les aventures sur la comète Tchouri, à plus de 500 millions de km de distance, avaient passionné les foules en 2014. Lancé par la sonde européenne Rosetta, il avait été le premier objet terrestre à se poser sur une comète.

De son côté, la NASA a fait survoler début janvier par sa sonde New Horizons l'objet baptisé Ultima Thule, situé à la distance phénoménale de 6,2 milliards de km, aux confins du système solaire. Il s'agit du corps céleste le plus lointain jamais observé «de près» (3500 km). Une autre sonde de la NASA, Osiris-Rex, a établi fin décembre un record en se plaçant en orbite autour de l'astéroïde Bennu, à quelque 110 millions de km de la Terre. Avec ses 500 mètres environ de diamètre, c'est le plus petit objet cosmique autour duquel un engin spatial se soit jamais placé en orbite aussi proche.

La Chine dépense désormais davantage pour ses programmes spatiaux civils et militaires que la Russie et le Japon, avec un budget évalué par l'OCDE à 8,4 milliards de dollars en 2017, soit le deuxième budget du monde après celui des États-Unis.

Science

Comment atteindre la parité hommes-femmes dans les sciences de la vie

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Ottawa a annoncé [cette semaine] l'investissement de plus de 80 millions de dollars dans l’établissement de huit nouvelles chaires d'excellence en recherche du Canada, en sciences, en recherche et en innovation. Ce qu'il y a de particulier dans cette annonce, c'est que 60% des nouvelles chaires sont attribuées à des femmes, et que toutes sont des sommités mondiales dans leur domaine. Elles viennent de loin.

Le 8 mars dernier, le monde entier célébrait la 108ème Journée internationale des femmes. Née des manifestations sur le droit des femmes de voter, de travailler et d’occuper des postes publics organisées pour la première fois en Europe le 19 mars 1911, ce n’est qu’en 1977 que les Nations Unies l'ont officialisée, et invité tous les pays à consacrer une journée pour promouvoir le droit des femmes. Devrions-nous vraiment nous en réjouir quand on sait que la Journée internationale des hommes, soutenue aussi par les Nations Unies et célébrée le 19 novembre de chaque année, vise à promouvoir leur santé et leur bien-être physique, émotionnel, social et spirituel ?

Clairement, des batailles et des enjeux bien différents.

Au Canada en 1911, les droits des femmes étaient sévèrement restreints, et la pratique forçant les femmes à quitter leur emploi après le mariage était en vigueur. Selon la politique de la protection maritale, la femme perdait au Royaume-Uni et dans ses colonies son identité juridique distincte lors du mariage et le mari se voyait octroyer une autorité et une responsabilité exclusives du statut juridique de son épouse. Les femmes, en particulier dans les domaines à prédominance masculine comme la science, devaient ainsi essentiellement choisir entre le mariage et une carrière.

Au Québec, la Ligue des droits des femmes dirigée par Thérèse Forget-Casgrain obtient enfin le droit de vote des femmes en 1940. Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue à l’Assemblée nationale et première femme ministre, présente en 1964 la loi 16 qui redonne aux femmes le plein exercice de leurs droits juridiques, même après le mariage.

Dans les années 1970-1980, la Loi québecoise sur la réforme du droit de la famille et la Loi canadienne sur les droits de la personne ont finalement permis de mettre fin à cette discrimination. La société était en voie de changement.

Pendant ce temps, les sciences de la vie connaissent, comme toutes les professions et disciplines, leur lot de journées sombres; des découvertes faites par des femmes sont ignorées ou reconnues trop tard. En voici deux exemples:

Lydia DeWitt (1859-1928)

Le centième anniversaire de la découverte de l’insuline célébrera le seul et unique prix Nobel de médecine attribué en 1923 au Canada à Frederick Banting et John Macleod. Pourtant, les bases de cette découverte ont été fournies par la pathologiste américaine Lydia DeWitt.

En 1906, DeWitt a publié son étude visionnaire. En étudiant les îlots de Langerhans du pancréas, DeWitt a préparé un extrait soluble et a montré qu’il était biologiquement actif lorsqu’ajouté à une préparation musculaire.

DeWitt a alors conclu que les îlots produisaient «une substance qui favorise l’activité glycolytique du ferment musculaire». Nous comprenons aujourd’hui que cette substance est l’insuline et que l’action est la conversion du glucose en glycogène. DeWitt avait alors suggéré que cet extrait soit testé pour étudier «son effet sur le diabète expérimental d’animaux et sur le diabète humain».

La découverte de DeWitt précède donc de plusieurs années les études de Banting et MacLeod, et de Collip et Best, à qui la découverte de l’insuline a été attribuée. La stratégie de chirurgie pancréatique de DeWitt a été utilisée par ces chercheurs pour isoler l'insuline et l'injecter à des diabétiques, comme l’avait suggéré DeWitt. Leur découverte a sauvé des millions de patients du coma diabétique et de la mort. Pourtant, les travaux pionniers de Lydia DeWitt n’ont jamais été reconnus lors de l’attribution du prix Nobel.

Rosalind Franklin (1920-1958)

Ce n’est que 66 ans après la publication de la structure de l’ADN par James Watson et Francis Crick que les contributions de la chimiste anglaise Rosalind Franklin ont été finalement reconnues. Comme il a été mentionné à plusieurs reprises, Maurice Wilkins, qui partage le prix Nobel avec Watson et Crick , avait montré à Watson l’une des photographies de Franklin, le Cliché 51. Cette photo, une image de diffraction de rayon-X, montrait un motif en forme de croix identifiant clairement une structure en double hélice.

Le fait que ces lauréats du prix Nobel de 1962 aient jugé acceptable de prendre crédit pour un élément décisif, sans la moindre reconnaissance à Rosalind Franklin, demeure à ce jour pour le moins surprenant.

Proposition pour un nouveau modèle canadien

Y a-t-il place au Canada pour un nouveau modèle en vue de combler l'écart entre les hommes et les femmes ? L’écart persistant en matière de sélection des talents dans le domaine de la biomédecine doit être résolu. Dans de nombreux programmes canadiens de sciences et de technologie, les femmes représentent actuellement la majorité des étudiants. Pourtant, les écarts hommes-femmes subsistent dans le recrutement du corps professoral et la rémunération. Par exemple, les chaires d'excellence en recherche du Canada demeurent à prédominance masculine avec un ratio hommes-femmes de 28:6 jusqu'à présent. Les huit nouvelles chaires annoncées hier devraient changer la donne. Mais les tentatives d’équité sont sporadiques, peu transparentes et souvent inefficaces.

En 2023, la célébration du centième anniversaire de la découverte de l'insuline par des scientifiques canadiens nous rappellera amèrement qu'un siècle plus tard, le Canada n’a pas su développer compétence et compétitivité pour s’assurer d’un autre prix Nobel de médecine. Une nouvelle direction s’impose. Les femmes chercheures sont peut-être un pas vers la solution.

Le déséquilibre dans le bassin de chaires d'excellence en recherche au Canada pourrait être corrigé comme on l'a fait hier, en ciblant le recrutement de chercheures très talentueuses en début de carrière dans un environnement favorable. L’Institut Janelia aux États-Unis, l’Institut Crick au Royaume-Uni et le Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) en Allemagne se consacrent tous au recrutement de chercheurs en sciences de la vie en début de carrière, le moment clé pour les découvertes les plus porteuses. Après 10 à 15 années, ces scientifiques sont disponibles pour le recrutement par les universités, les instituts de recherche, les sociétés de biotechnologie et les sociétés pharmaceutiques. À l'EMBL, par exemple, Christiane Nüsslein-Volhard représentait le tiers de l'équipe ayant reçu le prix Nobel de médecine en 1995.

Le Canada n'a pas d'institutions de jeunes chercheurs en début de carrière et est loin de la parité hommes-femmes en sciences. Des tentatives ont été faites pour traiter le financement de la recherche par la mise en œuvre partielle d'un examen de soutien fédéral aux sciences. L’auteur et président émérite de l’Université de Toronto, David Naylor, a déclaré: «La principale source de préoccupation pour moi est le rythme et la finalité des nouveaux investissements dans le financement de concours de subventions». Mais encore là, les femmes sont souvent moins bien représentées.

Mettre l'accent sur le recrutement de femmes hautement qualifiées et compétitives dans un nouvel institut dédié aux chercheurs en début de carrière pourrait être l’une des solutions pour permettre aux femmes scientifiques d’atteindre enfin une équité qui leur a toujours échappée.

John Bergeron remercie Kathleen Dickson en tant que co-auteure et Edith Hamel (Université McGill - Institut Neurologique de Montréal) pour ses idées, corrections et modifications.

Science

Quand des cerveaux de porcs continuent de fonctionner après leur mort

PARIS - Ça ressemble au début d’un film de science-fiction, voire d’épouvante façon Frankenstein: des chercheurs sont parvenus à rétablir certaines fonctions neuronales dans des cerveaux de porcs morts depuis plusieurs heures, une expérience qui pose de nombreuses questions éthiques.

Publiée mercredi dans la revue Nature, cette étude est toutefois très loin de prouver qu’il est possible de ressusciter d’une mort cérébrale.

En effet, les chercheurs insistent sur le fait qu’ils n’ont repéré dans les cerveaux étudiés «aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception».

«Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives», assure l’un des auteurs de l’étude, Nenad Sestan.

Selon ce chercheur à l’université de Yale (États-Unis), ces travaux montrent «qu’on a sous-estimé la capacité de restauration cellulaire du cerveau».

En outre, ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones «après l’arrêt du flux sanguin pourrait être un processus de longue durée et non rapide», selon un communiqué de Nature.

Les cerveaux des mammifères sont très sensibles à une diminution de l’oxygène qui leur est fourni par le sang. Quand l’afflux sanguin est interrompu, le cerveau cesse d’être oxygéné, ce qui l’endommage de façon irrémédiable.

Les chercheurs ont utilisé 32 cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Grâce à un système de pompes baptisé BrainEx, ils les ont irrigués durant six heures avec une solution spéciale, à une température équivalente à celle du corps (37 degrés).

Cette solution, un substitut au sang, était conçue pour oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l’arrêt du flux sanguin.

Les résultats ont été frappants: diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d’une activité synaptique (signaux électriques ou chimiques dans la zone de contact entre les neurones).

Selon les chercheurs, cela pourrait aider à mieux comprendre le cerveau, en l’étudiant de façon post-mortem avant qu’il ne se dégrade.

Cela pourrait aussi ouvrir la voie à des techniques futures permettant de le préserver après une attaque cardiaque par exemple.

De façon encore plus lointaine, cela pourrait, théoriquement, ressusciter un cerveau mort, ce qui reste pour l’instant de la science-fiction.

Pop culture

«Les défis immédiats posés par ces résultats sont avant tout éthiques», souligne un scientifique qui n’a pas participé à l’étude, le Pr. David Menon, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni).

«Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu’un animal ou un homme est vivant», assurent d’autres scientifiques dans un commentaire publié par Nature pour accompagner l’étude.

«Cette étude a utilisé des cerveaux de porcs qui n’avaient pas reçu d’oxygène, de glucose ou d’autres nutriments pendant quatre heures. Cela ouvre donc des possibilités qu’on pensait jusqu’alors inenvisageables», ajoutent Nita Farahany, Henry Greely et Charles Giattino, respectivement professeure de philosophie et spécialistes de neurosciences.

L’étude pourrait selon eux remettre en question deux principes.

«Premièrement, le fait que l’activité neuronale et la conscience subissent un coup d’arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d’interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères», disent-ils.

«Deuxièmement, le fait que, à moins qu’on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s’enclenche, menant à la mort des cellules puis de l’organe», poursuivent-ils.

Ils appellent de leurs voeux l’établissement de «directives sur les questions scientifiques et éthiques soulevées par ces travaux».

Dans un autre commentaire publié par Nature, des spécialistes de bioéthique font valoir qu’un développement de la technique BrainEx pourrait à terme nuire aux dons d’organes.

Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l’on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment se résoudre au prélèvement d’organes?

Peut-être fan de pop culture des années 80, le trio Farahany, Greely et Giattino cite une réplique du film américain «Princess Bride» pour résumer l’enjeu de ces travaux sur des cerveaux certes morts, mais dont l’activité a été partiellement restaurée.

Dans cette comédie fantastique de 1987, un guérisseur nommé Max le Miracle explique malicieusement: «Il y a une petite différence entre presque mort et raide mort (...). Presque mort, c’est encore un petit peu en vie».

Science

32 M$ et cinq ans de plus pour ArcticNet

«On est bien excité pendant une demi-heure, et ensuite on réalise qu’on vient de se donner pour 32,5 millions $ d’ouvrage», blague le biologiste de l’Université Laval Louis Fortier, directeur scientifique d’ArcticNet. L’imposant réseau de recherche sur le Grand Nord vient en effet de recevoir un financement de 32,5 millions $ pour assurer son fonctionnement sur cinq ans, a annoncé l’UL mardi matin.

«Ça va nous permettre notamment de nous connecter sur “l’économie bleue arctique”, avec le tourisme, les pêcheries, la navigation, et même les mines parce que le minerai extrait là-bas est transporté par bateau. On est en retard là-dessus, au Canada», dit M. Fortier. L’initiative North-by-North, qui vise à améliorer l’éducation des populations du nord, sera un autre point focal des recherches d’ArcticNet.

Science

Une anomalie dans l'ADN pourrait résoudre le mystère de Terre-Neuve

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Un généalogiste de Terre-Neuve est tombé sur une étrange et mystérieuse anomalie d'ADN qui, selon lui, pourrait révéler l'histoire inédite des premiers colons européens établis sur l'île.

David Pike, professeur de mathématiques et généalogiste, explique qu'un rare profil d'ADN mitochondrial a attiré son attention il y a plus de dix ans déjà lorsqu'il a commencé à apparaître fréquemment dans les résultats de tests réalisés dans le cadre d'un projet de généalogie à Terre-Neuve-et-Labrador.

Science

Détecteur de rumeurs: la dépendance au sucre, mythe ou réalité ?

Le sucre pourrait vous rendre accro, au même titre que la cocaïne et l’héroïne ? Si la théorie fait du chemin sur Internet, elle demeure controversée au sein de la communauté scientifique, constate le Détecteur de rumeurs.

LA CROYANCE

La croyance veut que le sucre crée une dépendance aussi forte que la cocaïne, ce qui expliquerait pourquoi il est difficile de s’en priver. Il est question ici du sucre libre, ce qui exclut celui qui est naturellement présent dans des aliments comme les fruits ou le lait. 

Cette comparaison entre le sucre et la drogue tire son origine de nombreuses études démontrant que des rongeurs exposés aux deux substances avaient tendance à préférer le sucre lorsqu’ils pouvaient choisir, et que des souris consommant du sucre manifestaient des effets de manque.

Dépendance, ou non?

Une méta-analyse d’une soixantaine d’études publiée en 2017 dans le British Journal of Sports Medicine concluait en effet que la consommation de sucre produit des effets similaires à la consommation de cocaïne, notamment parce qu'elle altère l’humeur. C’est probablement, précisaient les chercheurs, parce que le sucre induit le plaisir et active le mécanisme de la récompense dans le cerveau, ce qui provoque la recherche d’encore plus de sucre.

Toutefois, une partie de ces conclusions ont été largement critiquées. Si les experts s’entendent sur les dangers liés à la consommation du sucre — caries, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires — peu sont prêts à le qualifier de drogue addictive.