­La recherche, ça donne plus de résultats qu’on pense

Science

­La recherche, ça donne plus de résultats qu’on pense

LA SCIENCE DANS SES MOTS / En 1970, une femme qui recevait un diagnostic de cancer du sein avait 72,7 % des chances de survivre au moins 5 ans. En 2010, grâce aux avancées de la recherche, ce taux de survie avait atteint 87,4 %. C’est un bond qui est à la fois grand et petit. D’un côté, il signifie qu’au bout de 5 ans, le cancer du sein tue deux fois moins qu’avant. Mais de l’autre, il reste qu’il a fallu pas moins de 40 ans pour y arriver, ce qui donne l’impression à certaines de mes patientes l’impression que la recherche donne peu de résultats. Alors qu’est-ce qui prend tout ce temps ?

À la fin de leur vie utile, nos cellules meurent par mort autoprogrammée. Il s’agit d’un processus normal où un signal est envoyé pour que la cellule s’autodétruise. On retrouve aussi ce processus d’autodestruction suite à des dommages par des substances toxiques qui font en sorte que la cellule ne peut plus bien fonctionner.

La cellule cancéreuse est en réalité une cellule ayant perdu sa capacité de s’autodétruire. Elle continue de se diviser et de donner des cellules filles qui en sont elles aussi incapables. Ces cellules cancéreuses se divisent donc indéfiniment, causant des masses tumorales parfois palpables, et acquièrent à un certain point la possibilité d’envahir les tissus et les vaisseaux pour se propager dans la circulation et atteindre d’autres organes (métastases). Elles continuent alors de se répliquer dans ces organes vitaux (par exemple au foie), interférant avec leur fonction vitale et menant ultimement au décès de la personne qui en est atteinte.

La recherche vise donc à mettre au point des traitements pour cibler les cellules cancéreuses avec le moins d’effets secondaires possible. Mais pour ce faire, il faut d’abord identifier une «cible» qui est absente chez la cellule normale, ce qui est particulièrement difficile à trouver sur des cellules cancéreuses. Quand on cherche à tuer des bactéries, par exemple, il est relativement facile de trouver ce genre de cible puisque ces microbes sont très différents de nos cellules. La célèbre pénicilline, par exemple, attaque chimiquement une sorte de «bouclier» qui enveloppe certaines bactéries, mais qui est totalement absent chez les cellules humaines. C’est ce qui permet à la pénicilline d’être un antibiotique très efficace pour tuer les bactéries tout en n’engendrant que très peu d’effets secondaires pour les patients. Or les cellules cancéreuses sont, à la base, «nos» cellules, ce qui les rend presque identiques aux cellules saines.

Trouver de bonnes cibles pour s’attaquer aux tumeurs n’est donc pas une mince tâche, d’autant plus que ce qu’on appelle «le cancer» recouvre en fait plusieurs choses différentes. Le cancer du sein, par exemple, comporte différents sous-types que l’on classe principalement en fonction des «récepteurs» qu’il présente ou non à la surface de l’enveloppe cellulaire. Ces récepteurs sont des espèces d’antennes qui captent un signal chimique en particulier, signal qui active ensuite certaines fonctions de la cellule. Ainsi, on dit d’un cancer qu’il est hormono-sensible s’il a des récepteurs à l’oestrogène et/ou progestérone (hormones qui vont stimuler la croissance de la tumeur), qu’il est HER2-positif s’il a un récepteur nommé HER-2, ou encore triple négatif s’il n’a aucun de ces récepteurs.

La mise au point du traitement demande beaucoup de temps en laboratoire. La molécule trouvée, on doit par la suite s’assurer qu’elle est sécuritaire en l’étudiant parmi de petits groupes de patients, après quoi on l’étudie parmi des groupes plus nombreux pour s’assurer de son efficacité. Plusieurs années sont nécessaires pour certifier la sécurité et l’efficacité d’un nouveau traitement. D’une année à l’autre on a donc l’impression d’une certaine lenteur dans l’évolution de la recherche. Mais en prenant du recul on s’aperçoit rapidement que tous les petits pas franchis au fil des années mènent à de grandes avancées, lorsqu’elles sont considérées sur des décennies.


La vaccination contre la COVID-19 pourrait nécessiter des rappels: voici ce que ça signifie

Science

La vaccination contre la COVID-19 pourrait nécessiter des rappels: voici ce que ça signifie

LA SCIENCE DANS SES MOTS/L’espoir renaît dans la course mondiale de la recherche contre le coronavirus, alors qu’un certain nombre de vaccins sont en développement, laissant entrevoir des résultats préliminaires encourageants. Sur la base de ce que l’on sait déjà, il semble probable que les vaccins les plus efficaces contre le SARS-CoV-2, ce virus qui cause la COVID-19 – nécessiteront l’usage de vaccins de rappel, et ce, peut-être régulièrement. Qu’en est-t-il ?

Lorsqu’un germe pathogène pénètre le corps humain, notre système immunitaire enregistre l’information et le retient en mémoire, afin d’être à même de mener une contre-offensive rapide si ce germe se représente. Dans la plupart des cas d’infections virales, cette mémoire dure longtemps. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Le principe qui sous-tend tous les vaccins consiste à donner au sujet une version du germe qui ne provoquera pas de maladie, mais qui s’inscrira cependant dans la mémoire de son système immunitaire. On y parvient par diverses méthodes selon la nature du virus et l’étendue de nos connaissances dudit virus.

Les deux sortes de vaccins

Certains vaccins sont fabriqués afin de neutraliser le germe pathogène de manière à le rendre sécuritaire lorsqu’il est introduit, mais qu’il soit tout de même capable de poursuivre son cycle de vie naturel. L’idée étant de stimuler une réponse proche de celle du système immunitaire naturel afin de l’inscrire dans la mémoire à long terme sans rendre le sujet malade.

C’est la base du vaccin que l’on administre contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (RRO). Il contient les éléments vivants, mais inactivés, de chacun de ces virus. On le donne aux enfants en deux doses à quelques années d’intervalle, au cas où le vaccin ne fonctionne pas du premier coup : il faut donc le « rappeler » au bon souvenir du système immunitaire. Il ne s’agit pas dans ce cas d’un vaccin de rappel en tant que tel, mais plutôt d’une seconde dose afin d’éviter une interférence possible avec d’autres infections infantiles, et parce que le système immunitaire d’un enfant d’âge préscolaire est encore en phase de développement.

Cette approche RRO est rendue possible, car les virus de la rougeole, des oreillons et de la rubéole sont fort répandus dans la population, et que les virologues disposent d’excellentes connaissances sur leur interaction avec le système immunitaire. Mais cela prend bien des années pour créer un vaccin vivant sécuritaire et efficace, et c’est pourquoi, dans le cas du SARS-CoV-2, les équipes de recherche empruntent des chemins différents. Dans ce cas, une approche efficace consiste à l’utilisation d’une version morte du virus plutôt que d’une version vivante, mais modifiée comme c’est le cas pour les RRO.

Les vaccins inactivés contre la polio et la grippe utilisent tous deux des versions mortes du virus. L’inconvénient de ces vaccins provient du fait que la réponse immunitaire ne dure pas, et c’est pourquoi il est nécessaire d’utiliser des rappels.

Dans le cas de la grippe saisonnière, les mutations du virus nécessitent de toute façon un nouveau vaccin chaque année, mais même si le virus ne mutait pas, il faudrait quand même utiliser des rappels afin de stimuler la mémoire immunitaire, car le virus n’est pas vivant.

Dans le cas de la polio, la plupart des pays utilisent un vaccin inactivé dans le cadre de leurs programmes de vaccination infantile plutôt que sa version vivante administrée oralement. Du fait que la maladie ait été quasiment éradiquée, on suppose que l’injection d’une seule dose par enfant devrait suffire pour les protéger lorsqu’ils commencent à fréquenter d’autres personnes. Mais en cas d’épidémie, toute personne en présence rapprochée d’autres individus dans une aire locale devrait recevoir un vaccin de rappel.

À quoi ressemblerait un vaccin contre la COVID-19 ?

L’éventuel vaccin conçu par l’entreprise française Valneva, qui sera fabriqué en Écosse, est un vaccin inactivé. S’il s’avère efficace pour nous protéger du SARS-CoV-2, cela pourrait certainement contribuer à réduire la propagation du virus.

Dans ce cas, des rappels seraient sans doute nécessaires, peut-être sur une base annuelle, afin de garantir la pérennité de la mémoire immunitaire. En cas d’épidémie, toutes les personnes présentes dans le secteur infecté pourraient recevoir une dose du vaccin afin de limiter la transmission.

Une autre conception de vaccin consiste à extraire le code génétique de la partie du virus dont on sait qu’elle stimule une réponse immunitaire, et de l’introduire dans un organisme porteur qui ne peut pas causer de maladie.

Le vaccin de l’hépatite B utilise le code de l’antigène que l’on retrouve à la surface des particules infectieuses du virus. Ce code a été introduit dans le génome d’une levure inoffensive pour fabriquer un vaccin. Au fur et à mesure de son expansion, la levure se divise, communique ses propriétés antigènes à la surface du virus, et incite donc le corps à provoquer une réponse immunitaire continue. Administré en trois doses sur une période de six mois, ce vaccin nécessite un rappel après cinq ans environ pour la plupart des individus.

Le vaccin de la COVID-19 développé par l’équipe de l’université d’Oxford et dont les résultats initiaux sont prometteurs, utilise en gros cette approche, puisque les chercheurs ont extrait le code de la protéine de spicule du SARS-CoV-2 pour la greffer dans un vecteur de virus inoffensif.

Il est donc possible que le calendrier initial pour toute personne traitée par ce type de vaccin implique une ou deux doses de rappel quelques mois après la première prise, comme c’est le cas pour le vaccin de l’hépatite B. Nous ne sommes pas certains de la durée immunitaire dans le cas de la COVID-19 dans le cadre de cette stratégie, mais elle pourrait se mesurer en termes d’années par analogie avec l’hépatite B. Cela pourrait suffire à circonscrire la propagation de la SARS-CoV-2.

Détecteur de rumeurs: éviter de consommer du poisson à cause du mercure ?

Science

Détecteur de rumeurs: éviter de consommer du poisson à cause du mercure ?

Le poisson est parmi les aliments les plus consommés au monde. Et avec lui, revient périodiquement une crainte, celle de la contamination au mercure. Devrait-on éviter d’en consommer ? Le Détecteur de rumeurs revient sur cette vieille inquiétude.

Dans les années 1950, une contamination au mercure à Minamata, ville côtière du Japon, a été identifiée comme étant la source d’importants problèmes neurologiques dans la population — et de 14 décès. Le bilan, des années plus tard, serait estimé à 3000 malades. Dès le début, on s’était rendu compte que ceux-ci provenaient surtout des familles de pêcheurs : leur alimentation en poissons et fruits de mer avait donc rapidement suscité des soupçons. On a fini par identifier, en 1959, une contamination au mercure dans le poisson, causée par les déversements, depuis les années 1930, d’une des plus grandes usines de produits chimiques du pays.

Cette catastrophe est demeurée longtemps dans l’imaginaire collectif, explique Dave St-Amour, professeur à l’UQAM, qui s’intéresse à l’effet des contaminants environnementaux sur le cerveau. La « maladie de Minamata » a laissé l’impression que la consommation de poisson était dangereuse. « À Minamata, ces concentrations étaient toutefois 1000 à 10 000 fois plus élevées que ce que l’on mesure normalement », souligne-t-il.

 Tous les poissons ne sont pas égaux

Au-delà de cette catastrophe, il faut se rappeler que la teneur en mercure varie selon le type de poisson.

Selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), la concentration maximale de mercure permise dans la chair comestible des poissons vendus en épicerie est de 0,5 mg/kg. Tous les échantillons de poissons disponibles sur le marché et analysés par le MAPAQ entre 2011 et 2016 ont été jugés conformes à cette norme. Les poissons pêchés dans le cadre de la pêche sportive ne sont toutefois soumis à aucun contrôle.

Plusieurs espèces ont donc des teneurs en mercure plus élevées, rappelle notamment le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques. En général, la concentration de mercure d’un poisson augmente en fonction de son rang dans la chaîne alimentaire. Autrement dit, les prédateurs qui mangent beaucoup d’autres poissons contenant eux-mêmes du mercure, sont plus à risque. Ainsi, les « proies » comme la truite, le saumon ou la morue, renferment peu de mercure, tandis que l’espadon, le requin et certains types de thons, en contiennent plus. Santé Canada recommande d’ailleurs de ne pas consommer plus de 150 g de ces poissons par semaine. Les femmes enceintes et les jeunes enfants devraient être encore plus prudents.

Il faut aussi rappeler la question des zones forestières inondées, par exemple à la suite de la construction de grands barrages: on y a observé depuis longtemps des concentrations de mercure plus élevées dans la chair des poissons. C’est le cas par exemple, au Québec, des réservoirs Gouin et Baskatong. La concentration n’est pas suffisante pour que les experts recommandent de ne pas consommer de poisson, mais plutôt d’en limiter la consommation.

Des bienfaits qui surpassent les risques

Une recherche internationale portant sur les dossiers médicaux de plus de 400 000 personnes concluait en 2018 que la consommation de poisson réduisait significativement la mortalité associée à plusieurs conditions, dont les maladies cardiovasculaires et l’Alzheimer. Les chercheurs croient que cette réduction de la mortalité s’expliquerait par la teneur élevée des poissons en acides gras omega-3, qualifiés de bénéfiques pour la santé cardiovasculaire, du moins chez les personnes à haut risque.

Dans un rapport conjoint de 2010, l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation (FAO) insistaient également sur les avantages associés à la consommation de poisson pour lutter contre les maladies cardiovasculaires, affirmant que les avantages dépassent les risques.


Les herbivores sont plus à risque d’extinction que les prédateurs

Science

Les herbivores sont plus à risque d’extinction que les prédateurs

WASHINGTON — Les animaux herbivores courent un plus grand risque d’extinction que les prédateurs et les omnivores, selon une étude parue mercredi dans la revue Science Advances. Et ce, qu’ils soient des mammifères, des oiseaux ou des reptiles.

Le risque est particulièrement élevé pour les reptiles herbivores, comme les tortues, et les grands herbivores, comme les éléphants. Mais la tendance se vérifie quels que soient l’habitat (désert, forêts...) et la classe (mammifères, oiseaux, reptiles), selon cette analyse portant sur plus de 24.500 espèces vivantes et disparues.

Les auteurs de l’étude, issus de plusieurs universités dont celle de l’Utah et l’Imperial College London, écrivent que les prédateurs sont souvent perçus comme les plus vulnérables, en raison de leurs territoires étendus et du rythme faible de la croissance de leurs populations, et parce que des études nombreuses se sont intéressées à des prédateurs spécifiques et charismatiques, effectivement en danger.

En réalité, «nous avons établi que le niveau trophique et la taille étaient des facteurs importants dans le risque d’extinction», disent les chercheurs. Le niveau trophique est le niveau des animaux dans la chaîne alimentaire: les prédateurs sont au sommet.

«Il y a tellement de données publiées que parfois, il suffit que quelqu’un les organise», a dit Trisha Atwood, première autrice de l’étude, à Science.

Les données compilées par le groupe s’intéressent à la fois au passé (remontant à la fin du Pléistocène il y a 11.000 ans), au récent (500 ans) et au présent, avec des conclusions similaires. Environ un quart des espèces herbivores étudiées ici sont aujourd’hui menacées d’extinction, selon la classification de référence de l’Union internationale de protection de la nature (IUCN). 100% des reptiles herbivores des milieux marins sont menacés.

Les herbivores sont aussi sur-représentés parmi les espèces éteintes.

Des exceptions apparaissent: les espèces piscivores et les charognards avaient aussi un niveau de risque relativement élevé. Et les prédateurs des océans sont, en réalité, très menacés.

Pourquoi les herbivores seraient-ils plus à risque, in fine? Les chercheurs citent une hypothèse: les espèces invasives, que ce soient des rats, des insectes ou des plantes, affectent de façon disproportionnée les reptiles herbivores, par rapport aux omnivores et aux prédateurs.

Pourquoi l’explosion à Beyrouth ressemble-t-elle à un champignon nucléaire?

Science

Pourquoi l’explosion à Beyrouth ressemble-t-elle à un champignon nucléaire?

Au milieu des images de la tragédie de Beyrouth, le nuage formé par l’explosion, en forme de champignon, a intrigué plusieurs observateurs: il était difficile sur le coup de ne pas penser à un accident  nucléaire. Comment expliquer cette similitude ?

C’est avant tout un phénomène de physique: les nuages en champignon se forment si une explosion génère beaucoup d’énergie. C’est, littéralement, une « bulle » de débris, de fumée et de vapeur d’eau, très chaude, qui se forme alors dans l’air. 

Celle-ci s’élève rapidement pour former une colonne —la tige du champignon. Lorsqu’elle atteint une altitude où la densité de l’air est plus faible, elle est arrêtée dans sa course et elle se répand dans toutes les directions —pour former la tête du champignon.

Plusieurs explosions chimiques ont déjà provoqué l’apparition d’un champignon, rappelle le magazine Forbes. C’est notamment le cas d’un incident survenu en 2013 dans une usine d’engrais, et en 2019 lors de l’explosion d’une raffinerie.

Si l’oeil du profane y voyait des similitudes, l’expert voyait tout de suite dans les images de Beyrouth l’absence de signes caractéristiques d’une explosion nucléaire. Par exemple, l’énergie dégagée par ce type d’accident génère une lumière blanche ou jaune, alors que l’explosion de Beyrouth était plutôt dans les teintes de rouge et d’orange.

Un doctorant de l’INRS reçoit un honneur sans précédent au Canada

Science

Un doctorant de l’INRS reçoit un honneur sans précédent au Canada

Un doctorant de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) du Québec est le premier Canadien célébré par la fondation étatsunienne Marconi Society pour ses travaux en photonique quantique.

Piotr Roztocki, installé dans la métropole pour ses études, figure donc parmi les trois jeunes ingénieurs internationaux à recevoir cette année le soutien de l’organisation basée en Ohio. «Les contributions de Piotr portent sur la photonique quantique, qui peut offrir des avancées majeures dans la sécurité de l’information de nouvelle génération, du laboratoire aux réseaux de télécommunications mondiaux», lit-on dans le communiqué émis par la Marconi Society. «Ces innovations peuvent être essentielles pour garantir que les infrastructures de sécurité critiques pour les opérations bancaires, les transactions en ligne et autres continueront à être sûres, même si les approches de cryptographie à clé publique d’aujourd’hui peuvent devenir vulnérables aux attaques de capacités informatiques quantiques de plus en plus matures.»

Des travaux qui pourraient certes offrir plus de sécurité au grand public lorsqu’il utilise le Web. Mais aussi plaire à l’armée et aux services de renseignement.

D’ailleurs, souligne l’INRS, «les travaux du jeune chercheur sont actuellement commercialisés dans le cadre de la jeune pousse montréalaise Ki3 Photonics Technologies, dont il est cofondateur. La compagnie propose un système photonique unique et compact qui pourrait être particulièrement intéressant pour les applications de défense et de transfert d’informations ultrasécurisé».

Avec l’équipe du labo du professeur Roberto Marandotti, Piotr Roztocki joue avec les particules de la lumière. Ils ont notamment créé un prototype de puce informatique quantique de petite taille qui pourrait éventuellement être utilisé à même les réseaux de télécommunication actuels, tout en décuplant leurs capacités.

La Marconi Society a été créée en 1974, au 100e anniversaire du décès de Guglielmo Marconi, scientifique italien nobélisé. Il est réputé pour l’invention d’un télégraphe sans fil. Ses travaux ont également contribué au développement de la radio.

Le prix Paul Baran Young Scholar Award est attribué aux «jeunes ingénieurs les plus innovants sur la scène internationale dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC)», indique l’INRS. «Pour commémorer l’âge de Guglielmo Marconi lorsqu’il a réalisé avec succès sa première transmission sans fil, ce prix est remis à des chercheurs prometteurs âgés de 27 ans ou moins qui ont fait preuve d’un sens technique et d’une créativité hors norme pour utiliser les TIC au service de l’inclusion numérique.»

Votre masque maison est-il vraiment efficace ?

Science

Votre masque maison est-il vraiment efficace ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Si un chirurgien se présentait dans une salle d’opération en portant un masque fabriqué avec un linge à vaisselle, il se ferait probablement renvoyer. C’est parce que tout équipement devant servir à des tâches aussi sérieuses qu’une intervention chirurgicale doit être testé et certifié, afin d’en garantir la conformité à des normes spécifiques.

Mais dans le cas de la réglementation entourant le port obligatoire d’un couvre-visage dans les transports publics et les lieux fermés, dont les commerces ou les restos, n’importe qui peut s’en fabriquer un.

En fait, la question de la qualité des couvre-visage non-médicaux sous-tend des controverses récentes et explique pourquoi plusieurs estiment qu’ils ne sont pas efficaces pour nous protéger contre la COVID-19. Même au niveau du langage, on fait une distinction entre le masque (fabriqué, en temps normal, selon des normes spécifiques) et le couvre-visage (qui peut être à peu près n’importe quoi).

Le problème se situe peut-être là : alors que nous savons quels masques fabriqués en tant qu’équipement de protection individuelle sont efficaces, une bonne partie de la population n’y a pas accès à cause de la pénurie durant la pandémie de la Covid-19 et ne sait pas comment s’en servir adéquatement.

Le débat s’est donc déplacé : au lieu de porter un masque pour se protéger des autres, on porte un couvre-visage pour la protection d’autrui. L’idée voulant que, même si l’efficacité du couvre-visage non médical est variable, en moyenne, son port réduit la propagation du virus, au même titre que de se couvrir la bouche quand on tousse.

Mais au vu de toutes les sortes de couvre-visages que les gens portent, comment savoir lequel est le plus efficace ?

Il faut d’abord comprendre ce que l’on entend par efficacité. Les particules du virus du coronavirus mesurent 0,08 micromètre alors que l’espace entre les fibres d’un couvre-visage en tissu est 1000 fois plus grand (entre 1 et 0.1 millimètre). Si bien qu’efficacité ne veut pas dire que le virus est complètement piégé. L’objectif, en portant un masque, est plutôt de réduire la distance parcourue par l’expiration.

Si vous avez la Covid-19, il vaut mieux l’expirer sur vous-même ou à moins d’un mètre que d’éjecter les particules du virus sur d’autres ou bien sur des surfaces.

Donc, un bon couvre-visage n’est pas conçu pour empêcher celui qui le porte d’attraper le virus. Pour se protéger personnellement contre le virus, il faudrait pour cela nous équiper d’un masque de protection individuel tel que le N-95 (aussi connu sous l’appellation FFP2). Mais compte tenu de la pénurie de ces équipements, les porter pourrait placer les employés de la santé à risque.

Des yeux qui ont du mordant

Science

Des yeux qui ont du mordant

Les requins-baleines sont non seulement les plus longs poissons de l’océan, ils possèdent aussi des yeux uniques : ils sont recouverts de petites dents !

On doit la découverte à des scientifiques japonais qui s’intéressent aux mécanismes de protection des yeux chez les poissons. Les yeux exorbités et sans paupières des requins-baleines sont en effet susceptibles d’être endommagés facilement, rapporte le Smithsonian Magazine.

Les biologistes appellent cela des denticules cutanés : des formations de la peau analogues à des dents. Plusieurs espèces de poissons en sont dotées — elles tiennent lieu d’écailles. Or, dans ce cas, c’est plutôt autour des globes oculaires que l’équipe du Centre de recherche Churashima, à Okinawa, a observé plus de 3000 denticules cutanés. Ces structures, semblables aux dents des vertébrés, joueraient le rôle d’une armure protectrice. De plus, les requins-baleines pourraient mettre leurs yeux à l’abri en les rétractant à l’intérieur de leurs orbites ou en les tournant vers l’intérieur.

Les yeux des requins-baleines sont très petits par rapport à la grande taille du poisson. Les scientifiques ont donc longtemps pensé qu’il utilisait peu sa vue et se fiait davantage à son odorat. Toutefois, la présence de ces mécanismes élaborés de protection suggère que la vue serait plus importante pour le requin-baleine qu’on ne le pensait.

Des scientifiques redonnent vie à des microbes vieux de... 100 millions d'années !

Science

Des scientifiques redonnent vie à des microbes vieux de... 100 millions d'années !

PARIS — Ils dormaient là depuis l'ère des dinosaures: des scientifiques ont réussi à réveiller des microbes vieux de 100 millions d'années qui étaient enfouis sous l'océan, dans un endroit pourtant peu propice à la vie, selon une étude.

Ces résultats, parus dans la revue Nature Communications, révèlent les capacités étonnantes de l'une des formes de vie les plus primitives apparues sur Terre, qui peut survivre pendant des dizaines de millions d'années quasiment sans oxygène ni nutriments, et renaître à la vie dans un laboratoire.

Il y a dix ans, une expédition scientifique partait forer les profondeurs de l'océan Pacifique, et prélevait des échantillons d'anciens dépôts de sédiments enfouis à 100 mètres sous le plancher océanique (près de 6000 mètres sous la surface de l'eau), pour certains depuis plus de 100 millions d'années. L'équipe de recherche, dirigée par l'agence japonaise de sciences et technologies sous-marines, avait choisi le gyre subtropical du Pacifique Sud, la zone la moins active de tout l'océan car extrêmement pauvre en nutriments. Et donc a priori très peu propice à la vie.

Les chercheurs ont mis les échantillons en incubation, afin d'aider les microbes à "sortir" de leur torpeur. À leur grande surprise, ils ont découvert que, loin d'avoir été fossilisés dans les sédiments, les microbes y avaient survécu, et qu'ils étaient même capables de croître et de se multiplier.

«Au début j'étais sceptique, mais il s'est avéré que 99,1% des microbes des dépôts de sédiments vieux de 101,5 millions d'années étaient toujours vivants, et prêts à manger !, a commenté Yuki Morono, l'auteur principal de l'étude. Maintenant, nous savons qu'il n'y a pas de limite d'âge pour les organismes dans la biosphère de subsurface marine. C'est un excellent endroit pour explorer les limites de la vie sur Terre.»

Ce sont les traces d'oxygène dans les sédiments qui auraient permis à ces microbes de rester en vie pendant des millions d'années sans quasiment dépenser d'énergie. Les microbes «de surface», eux, ne pourraient survivre dans de telles conditions. De précédentes études ont montré comment les bactéries pouvaient vivre dans les lieux les plus inhospitaliers de la Terre, même dépourvus d'oxygène. Ces nouvelles recherches prouvent la remarquable persistance de ces métabolismes.

En route vers Mars : rendez-vous dans 7 mois

Science

En route vers Mars : rendez-vous dans 7 mois

CAP CANAVERAL — La NASA a lancé jeudi vers Mars son robot mobile Perseverance, conçu pour découvrir des traces de vie ancienne sur la planète rouge, et l'agence spatiale américaine s'est montrée rassurante sur le bon déroulé du voyage, qui doit durer sept mois, malgré quelques difficultés techniques rencontrées après le décollage.

Le rover est le plus sophistiqué jamais envoyé par la NASA sur Mars: il emporte un mini-hélicoptère qui tentera le premier vol d'un appareil sur une autre planète, un système qui doit permettre de tester la production d'oxygène sur place, et des micros qui pourraient être les premiers à enregistrer du son martien.

Une fusée Atlas V de United Launch Alliance a décollé comme prévu à 07H50 (11H50 GMT) de Cap Canaveral en Floride, dans un ciel dégagé, pour un voyage de 480 millions de kilomètres. Le premier étage de la fusée s'est détaché quelques minutes plus tard, avant une deuxième poussée, depuis l'orbite terrestre, qui a propulsé Perseverance sur sa trajectoire en direction de Mars.

La NASA a ensuite annoncé des délais anormaux dans les communications avec le vaisseau, et que celui-ci s'était placé en «mode sans échec», ce qui signifie qu'il n'utilise plus que ses fonctions essentielles. En cause: probablement une température plus froide qu'anticipé lorsque le vaisseau est passé dans l'ombre de la Terre. Mais l'agence s'est voulue rassurante et a assuré que ses équipes travaillaient à faire repasser le vaisseau dans une configuration normale. «Notre philosophie est qu'il est préférable de déclencher un "mode sans échec" même lorsque ce n'est pas nécessaire, que de manquer une situation où ça l'est», a expliqué la NASA.

S'il arrive intact, le 18 février 2021, Perseverance sera seulement le cinquième rover à réussir le voyage depuis 1997. Tous jusqu'ici sont américains, mais la Chine a lancé la semaine dernière son premier rover martien, qui devrait arriver en mai 2021. Mars pourrait donc avoir l'an prochain trois rovers en activité, avec l'Américain Curiosity, qui a parcouru 23 km sur la planète rouge depuis 2012.

Hélicoptère à bord

Le nouveau rover, construit au mythique Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, en Californie, est une version améliorée de Curiosity: ses six roues sont plus robustes, il est plus rapide, plus intelligent et peut s'autopiloter sur 200 mètres par jour. Grand comme un 4x4 (trois mètres de long), il pèse une tonne, dispose de 19 caméras et deux micros. Son bras robotique mesure deux mètres. Un générateur au plutonium rechargera ses batteries.

Il emporte également avec lui «un concentré de savoir-faire français, comme l'œil du rover», baptisé SuperCam, s'est félicité le président français Emmanuel Macron après le lancement, saluant «une nouvelle page de la conquête spatiale».

Une fois le rover arrivé à bon port, la NASA tentera de faire s'envoler l'hélicoptère Ingenuity, 1,8 kg, dans l'air très fin de Mars, dense comme 1 % de l'atmosphère terrestre. Le but est de prouver la faisabilité du concept. Un autre objectif est de préparer de futures missions humaines, en faisant l'expérience de production d'oxygène sur place, à partir du dioxyde de carbone de l'atmosphère martienne. L'instrument baptisé MOXIE utilisera pour cela un procédé appelé électrolyse.

Quelle vie ?

Mais la mission principale de Perseverance sera de chercher des traces de vie passée sur Mars. «Il n'y aurait pas de plus grande découverte dans l'histoire de l'humanité que de trouver de la vie dans un monde qui n'est pas le nôtre», a déclaré le chef de l'agence spatiale américaine Jim Bridenstine, lors de la conférence de presse post-lancement. Les scientifiques pensent avoir de bonnes preuves qu'il y a plus de trois milliards d'années, la planète était plus chaude et couverte de rivières et de lacs. Des ingrédients qui ont fait naître, au moins sur Terre, des microbes...

Grande première: Perseverance prélèvera une trentaine d'échantillons de roches dans des tubes, qu'une future mission américano-européenne récupérera pour qu'ils soient rapportés sur Terre, au plus tôt en 2031. La preuve indiscutable de vie passée sur Mars ne sera très probablement pas confirmée, si elle existe, avant l'analyse de ces échantillons la décennie prochaine, selon Thomas Zurbuchen, chef scientifique de la NASA.

«Nous cherchons vraisemblablement une forme de vie très primitive, pas des formes avancées comme des ossements ou des fossiles de fougères», a expliqué Ken Farley, scientifique du projet à l'université Caltech.

La NASA a choisi d'atterrir dans le cratère de Jezero, vieux de 3,8 milliards d'années, et plus précisément dans ce qui ressemble fortement à un ancien delta. Les deltas se forment quand des rivières déposent des sédiments dans un plan d'eau. Plus de 350 géologues, géochimistes, astrobiologistes, spécialistes de l'atmosphère et autres scientifiques, du monde entier, participent à la mission, qui durera au moins deux ans, et sans doute beaucoup plus longtemps si l'on en croit l'expérience des précédents rovers, très endurants.

La caméra infrarouge, fiable pour détecter la COVID-19 ? Faux

Science

La caméra infrarouge, fiable pour détecter la COVID-19 ? Faux

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Pandémie oblige, les caméras thermiques ou caméras infrarouges se sont multipliées dans des points d’entrée comme les aéroports et dans divers lieux publics. La fiabilité de ces appareils pour repérer les individus qui ont de la fièvre — et sont donc potentiellement porteurs du fameux virus — est toutefois douteuse. Le Détecteur de rumeurs explique pourquoi.

Une caméra thermique a pour fonction d’enregistrer les «ondes de chaleur» (ou rayonnement infrarouge) émises par tout ce qui nous entoure, incluant les êtres humains. Placée dans un lieu de passage, comme le hall d’un édifice, elle peut donc détecter, parmi les différents visiteurs, ceux dont la température corporelle est plus élevée que la normale. Mais il y a trois problèmes.

1 - La température corporelle fluctue

On dit souvent du corps humain qu’il fonctionne comme le thermostat d’une maison : dès que sa température interne augmente ou baisse, une foule de mécanismes physiologiques se mettent en branle dans le but de la ramener à sa valeur d’équilibre, soit environ 37 °C. La fièvre, qu’on définit par une température au repos de 38 °C et plus, se manifeste lorsque le corps se défend contre une agression virale. C’est ce que peut détecter une caméra thermique.

En pratique, toutefois, de nombreux facteurs font varier la température interne, comme l’âge, le sexe, le moment de la journée, la prise de médicaments et la fébrilité; autant de facteurs qui peuvent déclencher des faux positifs (la caméra détecte une fièvre qui n’en est pas une), ou des faux négatifs (la caméra ne détecte pas d’anomalie alors qu’il y en a une). Même le niveau d’activité physique et la moiteur de la peau ont leur importance. Une caméra thermique ne mesure d’ailleurs pas la température interne, mais bien celle de la surface de la peau, qui est un tout petit peu moins élevée.

Certains chercheurs affirment que seule la température au coin interne de l’œil semble pouvoir être corrélée avec la température interne. Une cible minuscule, pas facile à mesurer avec un tel appareil.

2 - La qualité des mesures est variable

La température d’une pièce, sa ventilation, son taux d’humidité et la contamination par d’autres sources de chaleur, sont autant de sources d’interférences pour les caméras thermiques, souligne la Food and Drug Administration (FDA) dans une page explicative qui, publiée dans le contexte de la pandémie, rappelle les avantages et les limites de cette technologie. On y lit par exemple que les résultats sont imprécis quand la caméra observe un ensemble de personnes dans un espace encombré. En outre, certains appareils sont plus performants que d’autres et les mesures doivent être effectuées dans un ordre et d’une façon spécifique, selon un document du programme Santé de l’Union européenne publié en 2019.

L’Organisation internationale de normalisation (ISO) avait proposé deux ans plus tôt des lignes directrices qui tiennent compte de ces réalités. Par exemple, il est recommandé de mesurer la température d’une seule personne à la fois, dans une logique de triage — un cas suspect est isolé, puis investigué à l’aide de technologies plus fiables, comme un thermomètre oral.

Cela n’empêche pas que la demande de caméras thermiques est en hausse depuis le début de la pandémie, alors qu’elles sont commercialisées comme des dispositifs de détection de masse.

3 - Les asymptomatiques passent au travers des mailles du filet

On ignore le pourcentage exact de porteurs asymptomatiques de la COVID-19 (ils étaient estimés à 16% dans un avis publié par l’Institut national de santé publique du Québec en mai dernier). Mais il est certain que, puisqu’ils ne font pas de fièvre, ils ne seront pas «interceptés» par une caméra thermique.

S’ajoutent à cela ceux qui n’ont pas encore de symptômes, en raison de la période d’incubation du coronavirus. Dans une étude publiée dès le 30 janvier (et non révisée par les pairs), des chercheurs de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres avaient estimé que pour 100 voyageurs infectés par la COVID-19 au terme d’un vol de 12 heures, 42 passeraient avec succès le test de la caméra thermique autant à l’entrée qu’à la sortie de l’avion.

C’est notamment pour cette raison que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne recommande pas l’utilisation de caméras thermiques comme « moyen de dépistage à l’entrée » auprès des voyageurs. « Le seul contrôle de la température, à la sortie comme à l’entrée, n’est pas un moyen efficace pour arrêter la propagation internationale », écrivait-elle dans un communiqué en janvier, remis à jour à la fin-février. « En outre, ces mesures demandent des investissements importants qui pourraient n’avoir que peu de bénéfices. »

Jean-François Cliche
Merdologie 101

Science

Merdologie 101

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il existe une multitude de fumiers — de poule, de mouton, de vache, purin de porc, etc. Ces excréments d’animaux sont épandus dans nos champs afin de les fertiliser et ainsi obtenir de meilleures récoltes. Alors je me demande : pourquoi les excréments humains ne seraient-ils pas réutilisés de la même manière ?», demande Yolaine Gauthier, Québec.

C’est tout à fait possible et, pour tout dire, cela se fait depuis très longtemps. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, les manières de disposer des déjections humaines variaient du ville à l’autre (avec des niveaux de «succès» tout aussi variables), mais on connaît plusieurs cas où les matières fécales humaines étaient «recyclées» en engrais. En Grèce antique, par exemple, des «professionnels» nommés koprologoi vidaient les fosses privées et revendaient leur contenu à des fermiers, lit-on dans l’ouvrage The World of Ancient Greece : A Daily Life Encyclopedia. À Rome, une partie (apparemment pas très grande, mais quand même) des selles humaines étaient ramassées dans des chariots, puis vendues à des agriculteurs des environs.

Il semble que les villes médiévales autour desquelles les terres étaient naturellement riches et où l’élevage était répandu aient eu plus de difficulté à disposer de leurs matières fécales, puisque les campagnes environnantes n’avaient pas besoin d’engrais supplémentaire. En certains endroits et époques, les habitants jetaient simplement leurs besoins dans la rue et on comptait sur la pluie pour nettoyer les rues, avec les conséquences que l’on devine pour l’hygiène, les odeurs et la santé publique. Mais il demeure : l’usage des excréments humains comme fertilisants agricoles remonte à très loin dans le passé.

Et il se poursuit encore de nos jours, bien que de manière différente. Nos déjections passent maintenant par les égouts, dont les eaux doivent être traitées avant d’être rejetées dans la nature. Mais cela implique évidemment de séparer la matière fécale — que l’on appelle pudiquement les «biosolides», en jargon municipal —, qui doit bien aller quelque part par la suite.

Au Québec, d’après des chiffres du ministère de l’Environnement, un peu moins de la moitié (42 %) de ces biosolides sont «recyclés», pour la plupart sur des terres agricoles, le reste passant par les mêmes voies que les autres matières résiduelles, soit l’incinérateur (49 %) et l’enfouissement (9 %). Ce n’est pas une source très importante d’engrais puisque seulement 1,5 % des champs du Québec s’en servent, comparativement à 65 % pour les engrais minéraux et 50 % pour les fumiers animaux. Mais cela montre que la pratique existe.

On aurait tort, par ailleurs, de croire que tout ce caca s’en va directement aux champs. La matière fécale, qu’elle soit d’origine humaine ou animale, ne regorge pas seulement de nutriments pour les végétaux : elle est aussi très «riche» en microbes, dont plusieurs pathogènes connus, tels e-coli dans les selles humaines, la salmonelle dans les fientes de poules, etc. Plusieurs virus, notamment les norovirus qui sont une des principales causes de gastroentérite, se transmettent également par les selles. Alors épandre de la matière fécale directement dans les champs vient avec un risque de contamination, tant pour la nourriture qu’on y fait pousser que pour les sources d’eau potable environnantes.

C’est pourquoi des règlements obligent à traiter les «biosolides» municipaux avant leur usage dans des champs. Selon ce que l’on fait pousser dans un champ donné — les normes sont plus sévères lorsque les cultures sont destinées à la consommation humaine —, les boues municipales pourront être traitées à la chaux, séchées à hautes température ou compostées de manière industrielle (processus qui détruit la plupart des pathogènes). Précisons à cet égard que les composteurs domestiques n’atteignent pas des températures suffisamment élevées pour détruire les pathogènes, si bien qu’il est fortement déconseillé de se servir d’excréments pour fertiliser son jardin.

En 2016, l’Institut national de la santé publique (INSPQ) s’est penché sur l’usage des boues municipales en agriculture et a conclu que «les règles d’utilisation des biosolides actuellement prescrites au Québec, jumelées au caractère prudent des normes qui sont en vigueur, devraient permettre de maintenir les risques sous des niveaux acceptables».

Enfin, ajoutons que comme les gens jettent toutes sortes de choses dans leurs éviers (restants de peinture, médicaments, etc.), les biosolides peuvent également contenir des polluants chimiques. Mais de ce côté-là non plus, l’INSPQ n’a rien trouvé qui puisse atteindre des concentrations inquiétantes.

Un séisme qui a fait «frissonner» tout le continent

Science

Un séisme qui a fait «frissonner» tout le continent

24 PAR SECONDE / Mercredi, aux petites heures du matin, un tremblement de terre majeur d’une magnitude de 7,8 a secoué l’Alaska. Il n’a évidemment pas été ressenti par M. et Mme Tout-le-Monde de ce côté-ci du continent, mais les sismographes sont des instruments si sensibles que son signal a été enregistré jusqu’en Haïti !

L’IRIS, un consortium de recherche américain en sismologie, en a tiré l’époustouflante animation ci-dessus, qui montre comment les vibrations se sont répandues d’un bout à l’autre du continent. Mentionnons d’emblée qu’il s’agit d’un condensé : la vidéo ne dure que 36 secondes, mais montre des événements qui se sont étiré sur près de trois quarts d’heure. On y voit l’épicentre de la secousse, marqué par une étoile, ainsi qu’une station sismographique de référence dans l’ouest des États-Unis, marquée d’un triangle.

Chaque point correspond à une station sismologique. Ces points deviennent rouges lorsque la secousse les soulève, et bleus quand ils descendent. Les lignes noires qui apparaissent montrent quand à elles les mouvements horizontaux du sol, indiquant à la fois leur sens et leur amplitude. L’ensemble montre une sorte de «ballet» doublement magnifique, à la fois d’un point de vue esthétique et parce que les «vagues» qui déferlent sur le continent font voir on ne peut plus clairement différents types d’ondes sismiques et comment elles se succèdent. Regardons-y de plus prêt.

Comme l’explique le chercheur en géologie et spécialiste des tremblements de terre de l’Université Laval Richard Fortier, «il y a deux grandes catégories d’ondes sismiques : les ondes de volume et les ondes de surface. Les ondes de volume se propagent dans la terre dans toutes les directions et en ligne droite, alors que les ondes de surface, elles, sont guidées par la surface, elles suivent la surface de la terre.»

Parmi les ondes de volume, poursuit-il, on distingue les ondes de compression, aussi appelées «ondes P», qui forment un patron de compression-dilatation dans la roche. «Le premier son qu’on entend lors d’un séisme, c’est souvent une sorte de gros bang. Ça, ce sont les ondes de compression», dit M. Fortier. Sur le graphique dans le bas de la vidéo, la ligne bleue horizontale marqué de la lettre «P» indique l’instant où les ondes de compression sont arrivées à la station sismographique de référence (le triangle sur la carte). Comme ce sont les plus rapides, se déplaçant à des vitesses de 5 à 7 km par seconde (!) dans la croûte terrestre, ce sont elles qui sont détectées en premier.

Le second type d’onde de volume est appelé «onde de cisaillement», ou «onde S». Celles-là font se déplacer la terre d’une manière perpendiculaire à leur axe de propagation. Elles sont moins rapides qiue les ondes P — «seulement» 3 à 4 km/s —, et arrivent après (c’est la ligne «S» sur le graphique).

Mais les ondes P et S ne sont que le «hors-d’œuvre», pour ainsi dire. «Les ondes qui contiennent le plus d’énergie, celles qui font le plus de dégât, ce sont les ondes de surface», explique M. Fortier. Elles aussi viennent en deux types différents : les ondes de Rayleigh, qui font bouger le sol à la manière d’une vague, et les ondes de Love, qui le secouent horizontalement. Les ondes de Rayleigh sont marquées sur le graph par les lettres «Rl»; celles de Love ne sont pas indiquées, mais on voit très bien que les plus fortes secousses enregistrées par cette station-là commencent avec l’arrivée des ondes de Rayleigh.

«Les ondes de surface se propagent aussi moins rapidement que ondes de volume», complète-t-il, ce qui explique pourquoi elles sont enregistrées plus tard.

Notons que l’acronyme «ScS» sur ce graphique indique une «onde de réflexion», soit une onde S qui allait en direction du centre de la Terre et qui a en quelque sorte «rebondi» sur le manteau terrestre. Elle ne fait que s’adonner à arriver en même temps que les plus fortes vibrations, dit M. Fortier. Les petits mouvements verticaux (les points bleus et rouges pâles) qui continuent à être enregistrés jusque bien après le passage de ces ondes sont d'autres «réflexions», des «échos» du tremblement de terre, en quelque sorte.

Fait à souligner, poursuit M. Fortier, la secousse a été détectée par le sismographe de l’Université Laval, comme le montre le graphique ci-bas. Chacune des lignes turquoises qu’on y voit représente 30 minutes de lecture des mouvements du sol — les heures à la droite indique la fin d’une période de 30 minutes, en temps «universel» (heure de Greenwich, en Angleterre). «On n’a pas détecté les ondes de volume, ce sont les ondes de surface qu’on voit là, explique le chercheur. Ça part vers 6h22 UTC [ndlr : 2h22 du matin, heure de Québec] et ça se poursuit pendant plusieurs minutes. Ce qu’il est intéressant de noter là-dessus, c’est que la vidéo montre que le tremblement de terre s’est produit à 6h12 en Alaska, et on en détecte les vibrations à l’Université Laval vers 6h22. Alors ça montre que l’onde a mis à peine 10 minutes pour traverser tout le continent.»

Les changements climatiques et la surpêche font augmenter le niveau de mercure dans le poisson

Science

Les changements climatiques et la surpêche font augmenter le niveau de mercure dans le poisson

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Nous vivons à une époque, l’Anthropocène, où les humains et les sociétés remodèlent et transforment les écosystèmes. La pollution, les changements climatiques d’origine humaine et la surpêche ont modifié la vie marine et les réseaux alimentaires des océans.

L’augmentation de la température des eaux amplifie l’accumulation de contaminants neurotoxiques comme le mercure organique (méthylmercure) chez certaines espèces marines. Cela affecte particulièrement les grands prédateurs, comme les épaulards piscivores qui doivent se nourrir de gros poissons pour répondre à leurs besoins en calories.

Aujourd’hui, la contamination de la vie marine et des réseaux alimentaires est en croissance à cause de l’action combinée de la pollution au mercure, des changements climatiques et de la surpêche. Cela a des implications évidentes pour les écosystèmes et l’océan, mais aussi pour la santé publique. Le risque de consommer du poisson et des fruits de mer contaminés au mercure augmente avec les changements climatiques.

Le mercure dans les mers

De 1990 à 2010, la réglementation a permis de réduire les émissions mondiales de mercure provenant de sources liées aux activités humaines, comme les centrales au charbon, mais cet élément demeure présent dans le milieu marin.

Le méthylmercure s’accumule dans le tissu musculaire des poissons dans l’ensemble du réseau alimentaire, se « bioaccumulant » chez les prédateurs de grande taille et de niveau trophique élevé. C’est pourquoi il est plus dangereux de consommer les gros poissons pélagiques – tels le thon, le marlin, le balaou et le requin – qui mangent beaucoup de poissons que les petits.

Le mercure peut entraîner des troubles neurologiques chez l’humain. Les jeunes qui sont exposés au mercure pendant le développement fœtal et l’enfance ont un risque accru d’obtenir de mauvais résultats aux tests qui mesurent l’attention, le QI, la motricité fine et le langage.

Les changements climatiques peuvent amplifier l’accumulation de méthylmercure dans les poissons et les mammifères marins au sommet de la chaîne alimentaire en raison des modifications dans la pénétration et le devenir du mercure dans les océans et dans la composition et la structure des réseaux alimentaires. Avec l’océan qui se réchauffe et s’acidifie, on risque de retrouver davantage de méthylmercure à toutes les étapes de la chaîne alimentaire.

La surpêche peut également faire croître le taux de mercure chez certaines espèces de poissons. Le saumon du Pacifique, les calmars et les poissons-fourrages, ainsi que le thon rouge de l’Atlantique et la morue de l’Atlantique sont exposés à l’augmentation de la concentration de méthylmercure causée par la hausse de la température des eaux marines.

Nos travaux de modélisation montrent que le saumon royal, la plus grande espèce de saumon du Pacifique et la principale proie des épaulards résidents du Sud qui sont en voie de disparition, sera exposé à une forte accumulation de méthylmercure en raison des modifications de son alimentation qu’entraînent les changements climatiques.

COVID-19 : un facteur de risque lié au Néandertal ?

Science

COVID-19 : un facteur de risque lié au Néandertal ?

Une séquence génétique héritée des hommes de Néandertal pourrait augmenter les risques de réactions graves à la COVID-19, selon une nouvelle étude.

Alors que le milieu scientifique est à la recherche de la raison pour laquelle certaines personnes réagissent plus fortement que d’autres à la maladie, cette étude prépubliée le 3 juillet a identifié une piste inattendue sur le chromosome trois : une séquence génétique qui provient de l’homme de Néandertal. Nos ancêtres en auraient hérité par croisements entre les deux espèces, il y a de cela plus de 60 000 ans.

Les chercheurs ne savent pas pourquoi cette partie de notre ADN pourrait exposer certaines populations à de plus grands risques, mais ils constatent que cette partie du chromosome est « fortement associée » à un plus grand nombre de gens ayant une réaction grave au virus.

Le gène serait plus présent en Asie, où 30 % de la population en serait porteuse. Au Bangladesh, ce pourcentage monte à 63 %, le plus haut taux connu.

En entrevue avec le New York Times, les chercheurs expliquent qu’ils ne savent pas non plus pourquoi ce gène est toujours présent aujourd’hui. Ils supposent que cette séquence génétique pourrait avoir augmenté la réponse immunitaire des populations du sud de l’Asie, leur donnant une protection contre certains virus de l’époque.

Certes, aujourd’hui, plusieurs autres facteurs sont plus clairement responsables de la fragilité de certaines populations, comme l’âge, les maladies chroniques et les inégalités sociales. Mais ce gène pourrait, des dizaines de milliers d’années plus tard, jouer lui aussi un rôle dans cette pandémie.

Les chercheurs précisent toutefois que cela demeure pour l’instant du domaine de la spéculation ; davantage de recherches devront être effectuées afin de mieux saisir l’importance de cette découverte. Mais ce n’est pas la première fois que des gènes hérités des Néandertaliens sont observés, et plusieurs n’ont pas de réelle utilité — ou du moins, aucune utilité qu’on ait pu identifier.

COVID-19 : les pays dirigés par des femmes s'en sont-ils mieux tiré ?

Science

COVID-19 : les pays dirigés par des femmes s'en sont-ils mieux tiré ?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Nouvelle-Zélande, Taïwan, Allemagne, Norvège, Finlande, Islande… Qu’ont en commun ces pays ? Ils ont plutôt bien réussi à contrôler la pandémie. Ils sont aussi dirigés par des femmes. Mais peut-on réellement faire ce lien ? Le Détecteur de rumeurs nuance.

Depuis quelques mois, plusieurs analystes dans les médias ont soulevé que les femmes leaders avaient mieux contrôlé leurs cas de coronavirus, mieux communiqué et réagi plus rapidement à la crise. Alors que le virus court toujours, il n’est pas possible de tirer des conclusions aussi fermes. Voici toutefois quelques-uns des arguments avancés.

Tous les leaders qui s’en sont bien tirés ne sont pas des femmes ; mais ceux ayant particulièrement fait mauvaise figure sont tous des hommes.

Cet argument évoqué par le chroniqueur Nicholas Kristof, du New York Times, ne tient pas compte du fait qu’à peine 10 % des chefs d’État du monde sont des femmes. Elles sont en fait si peu nombreuses qu’il est tentant de les considérer comme représentatives de leur genre, ce qu’on ne fait pas avec les hommes.

De plus, cette tendance n’est pas à sens unique. La Belgique, dirigée par Sophie Wilmès, a un des plus hauts taux de décès dus à la COVCID-19 par million d’habitants. Celle qui dirige l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a été critiquée pour sa façon de gérer la pandémie. Aux États-Unis, une professeure en science politique a relevé que les gouverneures n’ont pas imposé de confinement plus rapidement que leurs homologues masculins ; la différence se joue plutôt selon les partis politiques.

Sociétés plus inclusives : un facteur de succès ?

Une femme leader serait un indicateur parmi d’autres que des personnes possédant différentes perspectives seront à l’origine des décisions, ce qui laisserait moins d’angles morts et permettrait de proposer des solutions plus complètes. Si cette hypothèse devait se vérifier, il serait certain que, devant une situation aussi complexe qu’une pandémie, ce serait un avantage. En Allemagne par exemple, le gouvernement d’Angela Merkel a considéré une variété d’informations qu’on a peu l’habitude d’entendre : modèles épidémiologiques, données des professionnels de la santé, comparaison avec des stratégies d’autres pays. De leur côté, la Suède et le Royaume-Uni se seraient fiés principalement aux modèles épidémiologiques, et très peu à des experts de l’extérieur de l’appareil gouvernemental.

Un style de leadership différent ?

La recherche n’a pas établi que les leaders femmes étaient plus ou moins efficaces, mais certains travaux suggèrent des tendances dans les styles de leadership. Selon le juriste Peter Huang, de l’Université du Colorado, les femmes auraient par exemple, lors de cette crise, été plus enclines à reconnaître leurs limites et à consulter des experts. Les leaders avec un style autoritaire comme au Brésil, aux États-Unis, en Russie ou en Angleterre, auraient laissé leur ego masculin mener leurs décisions.

Une analyse du magazine Politico pointe aussi des caractéristiques de leadership « féminines », comme la collaboration et la compassion. Les femmes leaders seraient plus empathiques, ajoutent pour leur part deux chercheurs américains ; elles mettraient plus d’accent sur la dignité humaine et le «care». Chez certains hommes, la tendance à ne pas vouloir montrer de faiblesse est également pointée du doigt.

Enfin, des experts interrogés par le magazine Vox ont avancé que les femmes leaders seraient davantage capables d’appeler à la collaboration et à la solidarité, contrairement aux leaders masculins. Certains hommes ressentiraient plutôt une pression à se conformer aux pratiques de gestion de crise qui sont ancrées dans ce qui est perçu comme une «masculinité traditionnelle — et même toxique».

Mais cette vision essentialiste est loin de faire l’unanimité. «Les femmes sont de meilleures dirigeantes dans ce contexte de crise sanitaire non pas parce que ce sont des femmes ni parce qu’elles font preuve de qualités “féminines”, mais parce qu’elles ont les compétences nécessaires pour diriger un pays», souligne «l’infolettre féministe» Les Glorieuses. Les attributions différentes selon le sexe reflètent davantage les perceptions et les stéréotypes liés au genre ; un leadership de type féminin pourrait donc être adopté par un homme.

Des données peu fiables

Dans tous les cas, avec si peu de femmes à la tête des États, il est facile de tomber dans le cherry picking. Le chroniqueur du New York Times cité plus haut dit avoir sélectionné 21 pays, dont 13 dirigés par des hommes. Mais il ne donne pas la liste des pays ni ne précise pourquoi ceux-là ont été choisis plutôt que d’autres.

On compare parfois la Finlande (avec sa première ministre Sanna Marin) et la Suède, qui ont adopté des approches radicalement différentes devant la pandémie ; ou on souligne le succès de Taïwan (dirigé par une présidente), sans parler de Singapour ou de la Corée du Sud, qui ont aussi contrôlé avec succès la pandémie (d’autres articles associent d’ailleurs la «culture de l’obéissance des Asiatiques» avec le contrôle de l’épidémie, une autre analyse un peu boiteuse).

Il y a tout de même deux petites études qui ont voulu vérifier si les femmes leaders avaient fait mieux durant la pandémie. Pas encore revues par les pairs, elles ont plusieurs faiblesses. La première étude, de l’Université de Liverpool, ne mentionne pas, elle non plus, les pays inclus dans son analyse. Même si les deux études concluent que les femmes ont mieux fait, elles n’ont pas trouvé de variations statistiquement significatives selon le genre.

Des variables multiples

Préparation à la pandémie, contrôle des infections, stratégie de test, densité de la population, richesse et accès aux soins de santé, démographie, voyages transfrontaliers : tous ces facteurs jouent dans le succès — ou l’échec — de chaque pays. Des petits pays comme Taïwan et la Nouvelle-Zélande, qui sont de surcroît des îles, peuvent par ailleurs appliquer plus rapidement certaines mesures comme la fermeture des frontières ou les tests à grande échelle.

Attribuer le succès d’un pays au genre de son chef est un exercice périlleux, qui relève peut-être du biais de confirmation. Mais au moins, le succès de plusieurs dirigeantes a contredit l’ancienne idée préconçue selon laquelle les hommes faisaient à tous coups de meilleurs leaders que les femmes.

Jean-François Cliche
Les grandes manifs de juin ont-elles provoqué un rebond des infections ?

Science

Les grandes manifs de juin ont-elles provoqué un rebond des infections ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Au début de juin ont eu lieu des manifestations contre le racisme provoquées par le décès de George Floyd, tant aux USA que chez nous, au Québec. Comme la plupart des manifestants ne portaient pas de masque et ne respectaient pas la règle du 2 mètres, je me demandais s’il y avait eu un boom de nouveaux cas à la suite de ces manifestations ?», demande Josée Grignon, de Québec.

C’est une crainte qui avait été soulevée dès le départ, quand les protestataires ont commencé à se rassembler par dizaine de milliers (voire centaines de milliers dans certains cas) dans plusieurs villes du monde, et en particulier aux États-Unis, où des rassemblements étaient souvent tenus plusieurs jours d’affilée. «Tout rassemblement de masse vient avec un risque de transmission accrue de la COVID-19», disait le 8 juin le professeur de médecine à l’Université East Anglia, Paul Hunter.

Maintenant, concrètement, est-ce que c’est vraiment ce qui s’est passé? A-t-on a assisté à une recrudescence de l’épidémie à la suite (et à cause) de ces manifestations ? En fait, c’est loin d’être clair — et pour tout dire, on a plutôt des raisons de croire que ça n’a pas fait de différence, ou si peu.

Au Canada, le coronavirus perdait du terrain depuis plusieurs semaines quand ces manifs ont été tenues, le nombre de nouveaux cas oscillant autour de 400 par jour du 1er au 7 juin. Et ce déclin s’est poursuivi par la suite — autour de 200 par jour au début de juillet. Même chose au Québec, où l’on dénombrait environ 250 nouveaux cas par jour du 1er au 7 juin, contre seulement 50 à 100 trois semaines plus tard.

Certes, aux États-Unis il s’est adonné que la maladie a atteint son creux au début de juin, avec environ 20 000 nouveaux cas confirmés quotidiennement du 1er au 7 juin, pour ensuite repartir à la hausse à compter de la mi-juin et dépasser les 60 000 par jour au début de juillet. Mais plusieurs études et indices portent à croire que les grandes protestations n’y sont essentiellement pour rien. Les voici :

  • Un «document de travail» du National Bureau of Economics paru à la fin de juin n’a trouvé «aucun signe probant que les manifestations urbaines ont relancé l’épidémie de COVID-19 au cours des trois semaines suivant le début des protestations». En comparant des villes américaines où des manifs avaient eu lieu avec d’autres où il n’y en avait pas eu, les auteurs ont constaté que l’épidémie ne gagnait pas plus de terrain dans les premières que dans les secondes. Cela pourrait s’expliquer en partie par le fait que, dans les villes où les plus grandes marches ont eu lieu, les gens qui ne voulaient pas y participer sont davantage restés chez eux, notamment à cause des couvre-feu.
  • Les autorités de santé publique locales ont testé des manifestants dans plusieurs villes dans les jours et semaines suivant les marches, mais n’ont pas trouvé qu’ils étaient plus susceptibles d’avoir la COVID-19 que la population en général. À Minneapolis, 1,4 % de ceux qui ont participé aux marches ont été testés positifs en juin, ce qui est inférieur à la moyenne de 3,5 % qu’avait alors le Minnesota. À peu de chose près, le même phénomène a été observé à Seattle et dans la région de Boston. Ces chiffres sont loin d’être parfaits, disons-le. Les manifestants se faisaient tester sur une base volontaire, ce qui vient avec un risque de biais. Mais il n’y a pas là non plus le moindre signe que les grandes marches de Black Lives Matter ont provoqué des flambées de COVID-19.
  • Plus près de nous, la Colombie-Britannique a investigué sur tous ses cas déclarés en juin et n’en a pas trouvé qui pourrait remonter aux (grosses) protestations qui ont eu lieu là-bas. «Nous faisons un suivi sur chaque cas individuel que nous avons ici (...et) en ce moment, nous n’en avons aucun qui pourrait être associé aux manifestations», a déclaré la patronne de la santé publique de cette province, Bonnie Henry, au début de juillet.

Bref, même si l’on peut présumer qu’il y a pu y avoir des cas anecdotiques de contagion lors des manifs de juin, tout indique qu’elles n’ont pas eu une incidence notable sur l’épidémie. Difficile de dire exactement pourquoi elles n’ont pas provoqué plus de transmissions, mais le fait est qu’à en juger par les images de presse, une part importante des manifestants portaient un masque.

En outre, tous ces événements ont eu lieu à l’extérieur, où la COVID-19 ne se transmet pas aussi bien qu’à l’intérieur. Le vent empêche les gouttelettes et les aérosols contaminés de s’accumuler au même endroit, et les manifestants étaient presque toujours en mouvement de toute manière. Dans ces circonstances, il est plus difficile pour quelqu’un de respirer suffisamment de virus pour contracter la maladie. D’ailleurs, dans un examen (encore non révisé par les pairs, donc à considérer avec une certaine prudence, quand même) de 318 cas de contagion impliquant trois personnes ou plus en Chine en janvier et au début de février, des chercheurs en ont trouvé seulement un qui est survenu à l’extérieur.

Coup de pouce financier de taille pour l’<em>Amundsen</em>

Science

Coup de pouce financier de taille pour l’Amundsen

Le brise-glace scientifique Amundsen vient de recevoir un coup de pouce de 20,7 millions $ de la part de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) afin de soutenir ses activités jusqu’en 2023, a annoncé l’Université Laval, mardi.

«Comme recommandé par le rapport Naylor [de 2017 au sujet du financement de la recherche par le fédéral], la décision de la FCI d’assumer désormais 60 % des coûts d’opération du brise-glace pour la recherche permettra d’élargir l’accès au navire, de mieux répondre à la demande et, éventuellement, l’habileté d’acheter du temps de navire supplémentaire pour la recherche», a indiqué dans un communiqué Louis Fortier, chercheur en biologie de l’Université Laval et leader scientifique de l’Amundsen.

Ce navire est à l’heure actuelle le seul brise-glace de recherche canadien, et de plus en plus d’équipes demandaient à y passer du temps pour leurs activités scientifiques. En plus d’offrir un meilleur accès à l’Amundsen, cet argent servira également à remplacer des instruments de recherche qui approchent de leur fin de vie utile. «Ceci est essentiel pour maintenir le Canada à l’avant-scène de la recherche océanographique en région polaire», souligne Alexandre Forest, directeur exécutif d’Amundsen Science, l’organisation qui gère le mandat scientifique du brise-glace et qui est basée à l’Université Laval.

Rappelons que l’Amundsen est originellement entré en service en 1979, alors sous le nom de Franklin. Il n’avait à l’époque pas de vocation scientifique particulière, et a été retiré du service en 1996, avant d’être converti en brise-glace de recherche (sous le nom Amundsen) en 2003.

Comment des pays ont contrôlé la COVID-19 dans leurs centres de soins de longue durée

Science

Comment des pays ont contrôlé la COVID-19 dans leurs centres de soins de longue durée

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les résidents d'établissements de soins de longue durée et de résidences pour personnes âgées ont été touchés de manière disproportionnée par les mesures prises pour endiguer la propagation de la COVID-19. En plus de la distanciation sociale et du lavage des mains, les mesures adoptées au Canada et dans d'autres pays ont inclus le confinement dans les chambres avec l'interdiction ou un accès limité aux membres de la famille des résidents, qui sont souvent aussi des proches aidants.

L'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) se consacre à la collecte et à la diffusion de données sur nos systèmes de santé, ce qui permet de comparer de leurs performances. Après les trois premiers mois de la pandémie, nous avons examiné comment différents pays ont géré la propagation de la COVID-19 dans les établissements de soins de longue durée.

Les mesures restrictives visaient à contrer une menace urgente pour la santé publique. Il est important de rappeler qu'au début du printemps, la modélisation de l'épidémie de COVID-19 au Canada présentait la même trajectoire qu'en Italie. Tous les paliers de gouvernement au Canada ont alors pris des mesures extraordinaires pour éviter l'engorgement des hôpitaux.

La majorité des décès au Canada

Si le Canada a largement réussi à gérer l'impact sur les hôpitaux, on ne peut pas en dire autant dans les établissements de soins de longue durée ; plus de 80 % des décès liés à la COVID-19 au Canada ont eu lieu dans ces établissements.

Le 25 juin, l'ICIS a publié une analyse qui montre comment le Canada se compare à 16 autres pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière de gestion de la propagation de la COVID-19 dans les soins de longue durée. Notre étude comparait le nombre de cas et de décès, de même que les caractéristiques de base du système de santé et la réponse des gouvernements.

Zoom inédit sur le Soleil et ses «feux de camp»

Science

Zoom inédit sur le Soleil et ses «feux de camp»

PARIS — On n'avait jamais observé le Soleil d'aussi près: les premières images livrées par la sonde Solar Orbiter montrent des «feux de camp» bouillonnant tout près de la surface solaire, pouvant expliquer l'un des mystères de notre étoile.

Ces phénomènes jusqu'ici inconnus pourraient en effet éclairer le fait qu'il fasse plus chaud dans la couronne solaire, à des millions de kilomètres, qu'à la surface même de notre astre, un écart qui défie les lois de la nature. Après 10 mois de voyage, la mission euro-américaine a livré jeudi de premières images scientifiquement prometteuses, grâce à ses six télescopes d'observation conférant au véhicule spatial une capacité unique à prendre des images de la surface de l'astre.

«Jamais le Soleil n'avait été pris d'aussi près !», s'est félicitée auprès de l'AFP Anne Pacros, responsable de la charge utile de la mission Solar Orbiter, collaboration entre l'Agence spatiale européenne (ESA) et la NASA, qui a décollé de la Terre le 10 février.
Prises à 77 millions de kilomètres de l'étoile (environ la moitié de la distance Terre-Soleil), ces premières images rapprochées ont identifié un phénomène nouveau: des «feux de camps», mini-éruptions solaires omniprésentes proches de la surface, a détaillé l'ESA lors d'une conférence de presse.

«Le Soleil semble peut-être calme à première vue, mais quand nous regardons en détail nous pouvons voir ces éruptions miniatures partout où nous regardons», commente David Berghmans de l'Observatoire royal de Belgique, investigateur principal de l'instrument de télédétection Extreme Ultraviolet Imager (EUI). Ces «feux de camps», pas visibles en détail jusqu'ici, "sont petits comparés aux éruptions solaires géantes que nous pouvons observer depuis la Terre, des millions ou des milliards de fois plus petits", indique le physicien. Ils feraient tout de même environ 400 kilomètres — la taille d'un pays. Une définition plus précise à l'avenir permettra d'en voir de plus petits, espère-t-il.

«Graal» de la physique solaire

Les scientifiques ignorent encore si ces "feux" sont une simple version miniature des grosses éruptions ou résultent de mécanismes différents. Mais des théories affirment déjà qu'ils pourraient contribuer au chauffage de la couronne solaire, phénomène jusqu'ici inexpliqué. La couronne solaire, la couche la plus extrême de l'atmosphère du Soleil qui s'étend sur des millions de kilomètres dans l'espace, dépasse en effet le million de degrés alors que la surface du Soleil atteint «seulement» 5500°C: cet écart gigantesque est contraire aux lois de la physique, qui veulent que plus on s'éloigne d'une source de chaleur, plus la température baisse.

Comprendre ces mécanismes est considéré comme le «Graal» de la physique solaire, souligne l'ESA. Solar Orbiter a de nombreux autres objectifs, dont celui de comprendre comment le Soleil contrôle l'héliosphère, ce milieu magnétique ambiant qui régit l'espace interplanétaire, grâce à quatre instruments in situ mesurant l'environnement près du véhicule. Elle doit aussi étudier les tempêtes chargées de particules énergétiques, provoquées par les éruptions solaires, et qui peuvent perturber significativement réseaux de télécommunications et réseaux terrestres d'électricité - ce qu'on appelle la météorologie spatiale.

Des images inédites des pôles de l'astre, terra incognita, devraient aussi être dévoilées d'ici 2025, permettant peut-être d'éclairer le fonctionnement du champ magnétique solaire, a détaillé Sami Solanki, directeur de l'Institut Max-Planck de recherche sur le système solaire.

Ces premières images ne sont qu'un début, la mission Solar Orbiter n'étant pas encore entrée dans la phase de prises de données scientifiques. Destinées à vérifier que tous les instruments fonctionnent, «elles dépassent nos espérances», s'est réjoui David Müller, responsable scientifique du projet.

D'ici mars 2022, la sonde reviendra encore plus près du Soleil, après s'être rapprochée de Vénus et de la Terre, dont la gravité lui permettra de se repropulser vers son orbite finale, à 42 millions de kilomètres du Soleil. Sa mission d'au moins dix ans doit compléter celle de la sonde américaine Parker Solar Probe, qui s'est approchée bien plus près du Soleil, mais ne peut embarquer de tels instruments.

COVID-19 : désorganisation dans la recherche

Science

COVID-19 : désorganisation dans la recherche

La désorganisation, le manque de collaboration et la perte de ressources financières semblent caractériser la recherche de médicaments pour la COVID-19.

C’est du moins ce que conclut une analyse du média américain STAT : sur un peu plus de 1200 recherches cliniques recensées dans la base de données clinicaltrials.gov, peu apportent des réponses satisfaisantes, et pour cause : la plupart sont trop petites, c’est-à-dire qu’elles étudient trop peu de patients, et qu’elles manquent de groupes contrôles, soit des groupes de patients qui n’ont pas reçu le médicament et auraient pu servir de base de comparaison. En date du 24 juin, 39 % des études, certaines commencées en janvier, prévoyaient recruter moins de 100 patients.

Une étude clinique sur six aux États-Unis étudiait alors l’hydroxychloroquine, médicament dont l’efficacité n’a pas encore été prouvée. C’est le 19 mars que le président américain, Donald Trump, avait affirmé que ce médicament était « encourageant », avec pour résultat qu’au début d’avril, près de 58 % des patients hospitalisés aux États-Unis en recevaient. Selon STAT, un magazine spécialisé en santé, plusieurs études conduites par la suite n’ont fait qu’effectuer un suivi de l’administration du médicament dans les hôpitaux, ce qui n’était pas assez pour en prouver l’efficacité.

Il est certain que les chercheurs subissent une pression pour développer le plus vite possible des traitements contre le coronavirus, mais cette pression a peut-être eu pour conséquence de ralentir, plutôt que d’accélérer, la progression des recherches, commentent les deux auteurs de l’analyse, parue le 6 juillet.

En comparaison, au Royaume-Uni, dans le cadre du projet Recovery, les chercheurs ont plutôt misé sur la collecte massive de données sur plusieurs traitements en même temps, ce qui a permis d’ouvrir la porte à d’autres médicaments tels que le dexaméthasone, qui pourrait potentiellement réduire le nombre de décès de patients nécessitant un respirateur artificiel.

Non, les modèles épidémiologiques ne servent pas à prédire le futur

Science

Non, les modèles épidémiologiques ne servent pas à prédire le futur

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Les modèles épidémiologiques sont devenus une cible facile pour ceux qui veulent nier le bien-fondé du confinement : plusieurs de ces modèles, de l’Europe à l’Amérique du Nord, ont «prédit» un nombre de décès supérieur à ce qui s’est en réalité produit. Sont-ils à jeter au panier ?

Le 16 mars, l’épidémiologiste britannique Neil Ferguson et son équipe du Collège impérial de Londres, dévoilaient un modèle épidémiologique qui prévoyait qu’en l’absence de mesures strictes pour en freiner la propagation, la COVID-19 pourrait faucher environ un demi-million de personnes au Royaume-Uni et plus de 2 millions aux États-Unis. Dix jours plus tard, une étude analogue du même Collège établissait des prédictions tout aussi sombres pour de nombreux autres pays. Au Canada, il était question de 326 000 décès.

Des scénarios du pire

Quatre mois plus tard, il est clair que le Collège impérial a surestimé, et de loin, les décès. Même si la pandémie n’est pas terminée, la situation actuelle est à des années-lumière des chiffres annoncés.

Sauf que ces modèles étaient présentés à la mi-mars comme ceux d’un scénario du pire : « Si aucune action n’était entreprise contre l’épidémie, on pourrait s’attendre à… ». Autrement dit, ce sont des simulations informatiques dont le but était de prédire ce qui se produirait si les différents pays gardaient leurs frontières ouvertes, entreprenaient peu ou pas de confinement, faisaient peu de dépistage, etc.

La semaine même où ils étaient publiés, les hypothèses sur lesquelles ils s’appuyaient n’étaient déjà plus valides. Le 18 mars, la frontière canado-américaine était fermée. Le 23 mars, Québec ordonnait la fermeture de toutes les entreprises non essentielles. Résultat : deux semaines plus tard, les différentes simulations présentées par la santé publique du Canada oscillaient plutôt entre 11 et 22 000 morts d’ici la fin de la pandémie (à la mi-juillet, le Canada approchait les 9000 décès).

Quant à la Grande-Bretagne, il faut se rappeler que cette simulation est tombée à un moment où le pays semblait toujours suivre une politique controversée d’acquisition par la population d’une «immunité collective» — pas de confinement, poursuite normale des activités. Le modèle Ferguson est souvent cité comme la cause du virage entrepris dans les jours suivants par le premier ministre Boris Johnson.

Dès avant que les mesures de confinement ne soient imposées à travers le monde, sa prévision « pessimiste » n’était pas la seule à circuler. Aux États-Unis à la mi-mars, le Dr Anthony Fauci évoquait «quelques centaines de milliers» de morts. Le 26 mars, après deux semaines de confinement dans plusieurs États américains, un modèle de l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington, qui allait être cité par la Maison-Blanche, évoquait de 100 000 à 240 000 décès — dans un scénario où un confinement sévère serait maintenu jusqu’à l’été dans l’ensemble du pays.

La plus ancienne prévision officielle disponible sur le site des Centres de contrôle des maladies (CDC) est du 13 avril, soit après un mois de confinement : les scénarios oscillaient alors entre 60 000 et 150 000 morts pour la fin-mai (les États-Unis ont passé le cap des 130 000 morts le 7 juillet, et pourraient atteindre les 150 000 avant septembre).

En réponse aux critiques émises sur les failles dans le codage informatique de la simulation de Ferguson, la revue britannique Nature a publié le 8 juin les observations d’experts qui l’ont testée et l’ont jugée fiable.

Conçus pour être contredits

Mais qu’ils soient pessimistes ou optimistes, ces modèles sont toujours publiés avec l’espoir d’être contredits, et non pour quantifier avec précision le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès à venir. Une étude parue l’an dernier et passant en revue les modèles épidémiologiques publiés pendant l’épidémie d’Ebola de 2014-2015, concluait d’ailleurs à ce sujet que, à cause des actions prises par les populations qui changent toujours la donne, ces modèles seraient incapables de prédire le futur au-delà d’un horizon d’une à deux semaines.

Bien qu’il soit trop tôt pour le dire, il est possible que cette conclusion soit aussi valable pour les actuels scénarios de déconfinement et de deuxième vague : tous tentent de dessiner les contours d’un futur éventuel, mais ils ne peuvent le faire que bien imparfaitement, la grosse inconnue étant la façon dont se comporteront des millions de personnes.

«Tous les modèles sont faux, même si certains sont utiles», comme le veut l’adage attribué au statisticien George Box et au mathématicien Norman Draper, dans leur ouvrage Modèles empiriques de construction et surfaces de réaction (1987).

C’est là le paradoxe même de la prévention en contexte de santé publique, écrivait le 9 juin Benoît Mâsse, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal : si les mesures « sont efficaces pour contrôler l’épidémie, elles donnent l’impression qu’elles n’étaient pas nécessaires, et nous laissent donc vulnérables pour une autre vague d’infection ». Il réagissait alors à une « note économique » de l’Institut économique de Montréal, qui remettait en question le bien-fondé du confinement, en accusant le gouvernement de s’être appuyé sur le « modèle mathématique inexact » du Collège impérial de Londres.

De toute façon, dans toute science qui produit des modèles, ceux-ci s’appuient sur les succès et les erreurs de leurs prédécesseurs. Les représentations du début font place à des représentations plus complexes. Par exemple, on en sait beaucoup plus désormais sur les circonstances qui font varier le risque d’infection.

Jean-François Cliche
L’«art» des sudokus, c’est aussi l’art de les coter !

Science

L’«art» des sudokus, c’est aussi l’art de les coter !

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Une question me turlupine depuis longtemps… Je me doute bien que les grilles de sudoku sont construites par ordinateur, mais comment fait-on pour déterminer à l’avance le niveau de difficulté d’une grille ?», demande Michelle Caron, de Québec.

Il n’existe pas de manière unique, ni même universellement partagée, d’établir le niveau de difficulté d’un sudoku. Dans certains cas, celui-ci est «mesuré» simplement en comptant le nombre de cases dans lesquelles un chiffre se trouve dès le départ : plus il y a de cases déjà remplies, plus on considère que le puzzle est facile à résoudre. Il est vrai qu’en règle générale, donner plus d’indices rend la tâche plus aisée, mais s’en tenir à cela ne donne vraiment qu’une mesure très, très grossière de la complexité de la grille.

À cause de cela, plusieurs générateurs de sudokus ont mis au point des manières beaucoup plus élaborées de noter la difficulté de leurs puzzles. Les échelles et les systèmes de pointage varient d’une compagnie à l’autre mais, en en consultant quelques-uns, on se rend vite compte que les mêmes principes de base reviennent constamment — voir notamment à ce sujet le site sudokuoftheday.com ou ce texte du Britannique Andrew C. Stuart, qui fabrique lui aussi des grilles et qui a écrit des livres sur l’«art» du sudoku.

Parmi ces principes, le plus fondamental est sans doute le niveau de complexité des techniques nécessaires pour compléter la grille. La plus élémentaire est celle qui consiste à simplement se servir des cases remplies pour trouver une ou des cases vides pour lesquelles il n’existe qu’un seul chiffre possible (ou un seul «candidat», comme on le dit parfois). Un sudoku qui peut se résoudre entièrement de cette manière est évidemment très facile — et formidablement ennuyant, ajouterais-je, mais c’est une autre question.

D’autres puzzles demandent de recourir à des techniques un peu plus élaborées, comme les «doubles cachés», c’est-à-dire quand deux cases de la même ligne ou colonne ne peuvent contenir que les deux mêmes chiffres-candidats. On ignore alors lequel des deux chiffres va dans quelle case, mais le fait de savoir qu’ils occupent nécessairement ces deux cases (peu importe dans quel ordre) constitue déjà un indice de plus.

Et il existe aussi des méthodes encore plus complexes, comme la technique dite du swordfish. Grosso modo, cela survient quand un même «candidat» apparaît dans deux cases vides de trois colonnes ET de trois lignes (cela donne 6 cases en tout). Si l’on parvient à déceler ce pattern, alors on sait que ce candidat sera forcément présent dans trois de ces six cases, et nulle part ailleurs dans ces trois colonnes/lignes. Cela permet d’éliminer d’autres possibilités et de continuer de progresser.

Encore une fois, chaque «fournisseur» de sudoku va coter la difficulté de ces techniques différemment. Certains vont tenir compte du fait qu’une technique doit obligatoirement être utilisée pour se sortir d’un cul-de-sac, du nombre de fois que chaque méthode doit obligatoirement être déployée, etc. Les résultats peuvent donc varier mais, dans l’ensemble, les résultats sont approximativement compatibles.

Fait intéressant, Andrew C. Stuart est allé jusqu’à mesurer le temps pris pour compléter ses sudokus en fonction de leur difficulté (telle qu’établie par son échelle à lui). Et il semble que sa manière de mesurer la complexité d’un sudoku soit tout-à-fait valable, puisque ses grilles «faciles» prennent autour de 15 et 20 minutes à remplir, ses «moyennes» entre 19 et 28 minutes, ses «difficiles» entre 25 et 45 minutes, et ses «diaboliques» entre 35 et 50 minutes.

Autre élément à mentionner : M. Stuart a compilé ces statistiques sur plusieurs milliers de ses sudokus. Des milliers ! Et pourquoi s’est-il donné tout ce mal ? «Nous avons tous des talents différents et à différents degrés, si bien que certains puzzles vont sembler faciles aux uns et difficiles aux autres, écrivait-il en 2007 dans un texte intitulé Sudoku Creation and Grading. (…) Bien coter la difficulté d’un sudoku est la principale préoccupation de tout faiseur de puzzles. Si trop de gens sont en désaccord avec votre cote, alors vous risquez fort de perdre votre public.»

D’où l’importance, pour les gens comme lui, de faire ce qu’il faut — peu importe la somme de travail que cela représente — pour bien noter ses grilles.

Vérification faite: la COVID-19 se transmet-elle par aérosol ?

Vérification faite

Vérification faite: la COVID-19 se transmet-elle par aérosol ?

VÉRIFICATION FAITE / L’affirmation : «Initialement on croyait que le nouveau coronavirus se propageait en gouttelettes, qui peuvent être retenues par un couvre-visage. Mais est-ce qu’il y a de nouvelles informations qui confirment que le virus se propage en aérosol ? Si tel est le cas, alors les masques artisanaux ne seront pas très efficaces. Alors est-il vrai que la COVID-19 peut se transmettre par aérosol?», demande Marie-Pierre Lapointe, de Québec.

Les faits

Il y a essentiellement trois voies par lesquelles les virus respiratoires peuvent théoriquement se transmettre. Il peut s’agir de gouttelettes plus ou moins «grosses» (certaines peuvent avoir moins de 1 mm de diamètre et être imperceptibles) qui vont soit se rendre directement sur une autre personne, soit se déposer rapidement sur une surface, généralement à moins de 2 mètres de la personne émettrice. Ces gouttelettes peuvent alors, et c’est la seconde voie possible, être involontairement touchées du doigt par quelqu’un, qui s’infectera ensuite en portant ses mains à son visage. Notons que les surfaces peuvent également être contaminées par un malade qui aurait des sécrétions sur les mains.

Ou encore, troisième possibilité, le virus est porté par des gouttelettes tellement fines qu’elles mettent beaucoup de temps avant de se déposer, restant suspendues dans les airs pendant 1 heure ou plus, et voyageant sur des distances nettement plus grandes que 2 mètres. Ce sont ces micro-gouttelettes qui sont appelées aérosols. On considère généralement qu’une gouttelette doit mesurer moins de 5 microns (ou si l’on préfère : un 200e de millimètre) pour se comporter comme un aérosol, mais on a affaire ici à un continuum. D’après cet article paru en 2006 dans la revue médicale Emerging Infectious Diseases, les gouttelettes de 100 microns (0,1 mm) de diamètre se trouvant à 3 mètres dans les air mettent environ 10 secondes avant d’atteindre le sol. À 20 microns (0,02 mm), cela prend 4 minutes, 17 minutes à 10 microns et pas moins de 62 minutes à 5 microns.

Il va sans dire que la transmission par aérosol fait une énorme différence dans une épidémie. Le simple fait de se trouver dans une pièce où parle une personne infectée peut suffire à attraper une maladie qui voyage par aérosol, alors qu'il faut un contact beaucoup plus soutenu pour les microbes «à gouttelettes».

En ce qui concerne la COVID-19, il semble acquis qu'elle se transmet par les gouttelettes (les «grosses») et par les surfaces. Du moins, à peu près personne ne conteste que ce sont là des modes de transmission importants. La voie des aérosols, cependant, est beaucoup plus controversée.

Il se trouve d’authentiques experts qui estiment qu’il s’agit d’une voie de contagion significative. Plus de 200 chercheurs ont cosigné ce mois-ci une lettre ouverte dans la revue Clinical Infectious Diseases plaidant en ce sens. Cela a d’ailleurs amené l’Organisation mondiale de la santé à réviser sa position sur le sujet. Alors que l’OMS considérait auparavant cette voie comme probable uniquement à la suite de certaines procédures médicales  (comme l’assistance respiratoire) connues pour produire beaucoup d’aérosols, elle l’estime désormais «possible» dans d’autres circonstances, en particulier quand des groupes restent longtemps dans des endroits fermés et mal ventilés.

Mais entre «voie possible» et «voie importante» ou «prépondérante», il y a un grand pas que tous ne sont pas prêts à franchir. Le débat actuel qui a lieu dans la communauté médicale porte surtout là-dessus. Les preuves de transmission aérosol dont on dispose pour l’instant sont souvent décrites comme anecdotiques et pas particulièrement claires par plusieurs observateurs.

On a par exemple détecté le matériel génétique de la COVID-19 dans des échantillons d’air à plusieurs reprises, notamment en Chine, à Singapour et en Italie. D’un côté, cela pourrait effectivement signifier que le virus voyage sous forme d’aérosols. Mais de l’autre, on ne sait pas si ce matériel génétique appartenait à des virus «vivants» et infectieux, ou à des virus «morts» qui ne peuvent pas rendre malade.

Une façon de contourner ce problème est d’examiner les cas de «super-propagation», où les aérosols sont soupçonnés d’avoir joué un rôle important. Mais voilà, ceux que l’on connaît sont plutôt équivoques — assez pour être interprétés dans un sens comme dans l’autre.

Tenez : le 24 janvier dernier, 10 personnes appartenant à trois familles ont été infectées par la COVID-19 lors d’une même soirée dans un restaurant de Guangzhou, en Chine. Pour le chimiste de l’Université du Colorado Jose-Luis Jimenez, un spécialiste des aérosols qui est convaincu que plus de 50 % des infections au coronavirus passent par cette voie, il faut faire des «contorsions intellectuelles» pour expliquer cet épisode sans transmission par aérosols, puisque les 10 personnes étaient assises à trois tables différentes, souvent dos-à-dos. Mais pour le médecin et blogueur américain David Gorski, ce n’est pas si convaincant que ça puisque les trois tables étaient côte-à-côte et qu’aucun des serveurs ni des 68 autres clients présents ce soir-là, qui n’étaient pourtant pas loin, n’a été infecté.

Et les autres cas connus de super-propagation souffrent tous d’un problème commun : ils se sont produits dans des espaces clos, entre des gens qui étaient relativement proches les uns des autres. Dans ces conditions, il est difficile de dire si le virus a voyagé par gouttelette ou par aérosol. Si on avait affaire à un cas où la contagion serait arrivée, par exemple, dans une tour à bureaux entre des personnes ne travaillant pas sur le même étage, on pourrait sans doute exclure les gouttelettes. Mais quand il s’agit de gens qui mangent à des tables voisines ou qui chantent tous dans la même chorale (à 30 cm les uns des autres), ce n’est pas évident.

En outre, lisait-on lundi dans le Journal of the American Medical Association, plusieurs caractéristiques de la COVID-19 sont incohérentes avec l’idée que les aérosols seraient une voie de contagion importante ou prépondérante. Ainsi, le célèbre «R0» du nouveau coronavirus est entre 2 et 3, ce qui signifie qu’une personne malade va en infecter 2 ou 3 autres en moyenne. C’est beaucoup plus proche de la grippe (autour de 1,5) qui se transmet très principalement par gouttelettes et par les surfaces, que du R0 de maladies qui sont connues pour voyager en aérosol (la rougeole, par exemple, a un R0 entre 12 et 18).

Et puis, note l’article du JAMA, le risque de transmission entre personnes vivant sous un même toit varie entre 10 et 40 %, et on tombe à 7 % pour des contacts rapprochés mais moins soutenus, comme partager un repas. Cela semble trop faible pour un virus qui se transmettrait efficacement par aérosol.

Verdict

Pas clair. Il y a des études et des expertises qui suggèrent clairement qu’au moins dans certaines circonstances (longue période passée dans un endroit mal ventilé), la COVID-19 est capable de se propager par aérosol. Mais il y a aussi beaucoup de données et d’expertises qui suggèrent que cela ne doit pas être une voie de transmission importante. Il faudra attendre que d’autres études paraissent avant d’en être certain.

Masque obligatoire: le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein?

Science

Masque obligatoire: le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein?

BLOGUE / Côté timing, le physicien de l'Université de Montréal Normand Mousseau pouvait difficilement espérer mieux — ou pire, selon le point de vue. Sa lettre ouverte dans laquelle il dénonce l'obligation de porter un masque dans les lieux publics fermés de Montréal («Masque obligatoire, science optionnelle») a été publiée dans La Presse à peine 48 heures avant que le gouvernement n'annonce que la même mesure s'appliquera à tout le Québec à partir de samedi prochain.

Essentiellement, il y critique les bases scientifiques sur lesquelles l'administration Plante a appuyé sa décision, bases qui lui semblent nettement insuffisantes pour imposer le masque à tous : «les évidences scientifiques démontrant l’utilité du port du masque généralisé pour éviter la propagation d’un virus sont très faibles, particulièrement dans un contexte où ce virus est très peu répandu (on parle, au Québec, par exemple, de moins de 100 nouveaux cas par jour, pour une population de plus de 8 millions d’individus) et que des mesures de distanciation physique sont en place», écrivait-il.

Dans un débat comme celui sur le port du masque où beaucoup de gens sont très à cran — soit parce qu'ils craignent la COVID-19 comme la peste, soit parce qu'au contraire ils ne s'en soucient guère, voire contestent son existence, et refusent catégoriquement le port du masque —, la lettre de M. Mousseau a causé les remous auxquels on pouvait s'attendre. Quelques lecteurs m'ont aussi demandé ce que j'en pensais. Alors comme nous allons tous devoir porter des masques dans quelques jours, voyons ce qu'il en est.

D'abord, est-il vrai que les preuves scientifiques de l'efficacité du port généralisé du masque sont à ce point «faibles» ? On peut aisément trouver des études qui penchent en faveur du port du masque, il faut le dire — la Fédération des médecins spécialistes du Québec le soulignait d'ailleurs sur Twitter dans une réplique à M. Mousseau. Il y a par exemple des études de physique comme celle-ci sur la dispersion des gouttelettes dans l'air, avec et sans masque. Et si la COVID-19 se propage dans des gouttelettes infectées que l'on projette dans l'air en toussant, en éternuant ou même simplement en parlant, il est entièrement logique de penser qu'un masque qui empêche leur dispersion freinera notablement la propagation de la maladie.

Cependant, entre «implication logique» et «effet prouvé», il y a une bonne marge en science, et elle n'est pas toujours facile à franchir. Dans une revue de la littérature scientifique publiée le mois dernier dans The Lancet, des chercheurs ont trouvé toute une série de travaux suggérant que oui, on a des raisons de penser que le port du masque semble bel et bien prévenir la propagation de la COVID-19. Mais pour toutes sortes de raisons, ils indiquent que leur niveau de certitude envers cette conclusion est «bas» :

La COVID-19 transmissible par les airs ?

Science

La COVID-19 transmissible par les airs ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a révisé sa position au sujet de la transmission de la COVID-19 par aérosol (des gouttelettes de moins de 5 microns de diamètres qui peuvent rester longtemps dans l'air). Elle la considérait essentiellement impossible pour M. et Mme Tout-le-Monde, mais la décrit maintenant comme une possibilité dans certaines circonstances. Le chercheur britannique David Heymann a eu la réaction suivante à la suite de cette décision de l'OMS.

«On croit que le SRAS-CoV2 [le virus qui cause la COVID-19] se transmet par des gouttelettes produites par la toux, les éternuements ou le fait de parler, crier ou chanter. Il y a deux types de transmission du SRAS-CoV2 qui sont bien compris : 1) la contamination directe quand deux visages se touchewnt, ou qui passe par une main qui va toucher le visage ; et 2) la transmission par gouttelettes, soit quand une gouttelette contenant des virus est projettée d'une personne à l'autre sur une distance d'environ 1 mètre — ce qui revient à la suspension temporaire de la gouttelette dans l'air. Dans tous les cas, les virus se trouvant dans la gouttelette restent infectieux tant que la gouttelette demeure intacte.

L'aérosolisation est un type de transmission par gouttelette qui survient pour certaines infections respiratoires (comme la rougeole) quand les gouttelettes contenant les virus sont si petites qu'elles peuvent être emportées par des courants d'air sur des distances plus grandes que lors de la transmission par gouttelette.

Cela pourrait en théorie arriver avec la SRAS-CoV2 si les aérosols sont poussés par un ventilateurs ou captés par un système de recirculation d'air comme un climatiseur, mais cela n'a pas été bien démontré. Des recherches pour en avoir le cœur net sont en cours.

On a certaines preuves en laboratoire montrant que des aérosols contenant des SRAS-CoV2 peuvent voyager sur plus de 1 mètres. Ces preuves sont maintenant importantes pour l'hypothèse que l'aérosolisation est possible, et si elle l'est, alors il nous faudrait prouver que cela survient bel et bien en pratique.

Mais on a aussi des preuves montrant que des éclosions de SRAS-CoV2 peuvent être contenues en retraçant les malades et leurs contacts, et en les isolant. Cela suggère que même si la transmission par aérosols survient, ce n'est pas un mode de transmission majeur.

Des expériences sur des animaux pourraient s'avérer utiles pour mieux comprendre tout ceci, et le hamster est une espèce qui peut être infectée par le SRAS-CoV2. Placer des hamsters dans des situations où seule la transmission par aérosols est possible pourrait aider. Mais au final, c'est vraiment à la question de savoir si cela arrive véritablement entre humains qu'il faut répondre.»

Été 2020 : l'échappée martienne

Science

Été 2020 : l'échappée martienne

PARIS — Cet été, les Terriens ont un nouveau grand rendez-vous avec Mars: trois missions d'exploration s'envoleront vers la planète rouge, l'ultime frontière pour l'humanité qui nourrit l'espoir, de plus en plus crédible, d'y détecter des signes d'une vie passée, et, à l'avenir, d'y poser le pied.

Le cycle de la mécanique céleste n'offre qu'une fenêtre de tir tous les 26 mois, la distance entre Mars et la Terre étant à cette période plus courte que d'habitude, ce qui rend le voyage plus facile (55 millions de kilomètres, soit environ six mois de voyage tout de même).

Trois pays sont dans les starting blocks. Les Émirats arabes unis ouvriront le bal le 15 juillet en envoyant la première sonde arabe interplanétaire de l'histoire, Al-Amal («Espoir»), étudier l'atmosphère de la planète. Suivra la Chine, qui fera elle aussi son baptême martien avec Tianwen («Questions au ciel»), en expédiant une sonde et un petit robot téléguidé, entre le 20 et le 25 juillet. La plus ambitieuse, l'américaine Mars 2020, s'élancera le 30 juillet pour faire atterrir un véhicule conçu pour explorer sa surface, le rover Perseverance, signant le début d'un programme pharaonique encore jamais réalisé de prélèvement d'échantillons, en vue de leur retour sur Terre. Une étape clé dans la quête du vivant. Une quatrième échappée russo-européenne était programmée, ExoMars et son robot de forage, mais a dû être reportée à 2022 à cause de la pandémie de coronavirus.

Cette ruée vers la planète rouge n'est pas inédite : véritable pépite scientifique, notre plus proche voisine a accueilli depuis les années 1960 plusieurs dizaines de sondes automatiques, américaines pour la plupart, en orbite ou au sol, dont beaucoup ont échoué. Mais depuis les années 2000 et la découverte prouvant que de l'eau liquide y avait coulé en surface, l'attrait va crescendo, et Mars est devenue la priorité des explorations spatiales.

«C'est la seule planète où l'on a la chance de détecter une forme de vie passée, et plus nous accumulons des connaissances, plus l'endroit est prometteur. On sent que quelque chose de palpitant s'approche, et qu'il faut en être !», explique à l'AFP Michel Viso, exobiologiste au CNES, l'agence spatiale française qui a conçu l'un des principaux instruments du rover Perseverance de la NASA.

Traces de vie piégées

Les États-Unis, l'Europe, l'Inde, la Chine, les Émirats, et en 2024 le Japon qui enverra une sonde explorer Phobos, l'une des lunes de Mars... comme avec la Lune, chacun cherche à marquer des points dans cette quête, pour s'affirmer comme une puissance scientifique et spatiale. Avec un autre rêve en tête, plus lointain: celui de «contribuer à l'aventure de l'exploration humaine sur Mars, qui représente la frontière ultime où l'homme pourra se rendre, d'ici 20, 30 ou 40 ans», analyse Michel Viso.

L'objectif d'un vol habité sur Mars n'est pour l'heure sérieusement envisagé qu'aux États-Unis, les seuls à avoir lancé des études détaillées sur la faisabilité d'une telle aventure. Mais à laquelle d'autres nations pourraient s'associer. Les Émirats envisagent par exemple la construction d'une «Cité des sciences» reproduisant les conditions environnementales de Mars en vue de l'établissement d'une colonie humaine d'ici... 2117.

La planète n'est aujourd'hui qu'un immense désert glacé, qui a lentement perdu son atmosphère dense après un gigantesque changement climatique, il y a environ 3,5 milliards d'années, et n'est plus protégée des radiations cosmiques. Bref, rien qui ne la rende habitable en l'état, ni qui permette de la transformer en une «Terre bis». Mais l'interrogation est d'abord de savoir si elle fut habitée par le passé, lorsque les conditions pour une vie métabolique (des microbes par exemple) étaient réunies.

«Il y a quatre milliards d'années, les conditions sur la surface étaient très proches de ce qu'il y avait sur Terre au moment où la vie est apparue», avec une atmosphère dense, de l'eau liquide, relève Jorge Vago, responsable scientifique d'ExoMars à l'agence spatiale européenne (ESA).

Alors pourquoi y a-t-il de la vie sur Terre et, a priori, plus sur Mars - s'il y en a eu ? C'est à cette question que tentent de répondre les différents robots qui ont sillonné la surface, comme le fait actuellement Curiosity de la NASA. Perseverance viendra compléter la quête du célèbre robot, en se posant dans un environnement inexploré, le cratère Jezero, riches en roches sédimentaires et qui abrite un relief en forme de delta attribué à l'embouchure d'un ancien fleuve qui se déversait dans un lac: le site idéal pour avoir piégé des traces d'une vie passée — dont l'eau liquide et le carbone sont les deux présupposés.

Mars 2020 doit prélever une quarantaine d'échantillons pertinents, dont une trentaine reviendront sur Terre: ce retour sera l'objet d'une mission extrêmement complexe en plusieurs étapes, avec notamment un redécollage inédit. Elle devrait permettre d'analyser ces fragments exotiques avec des instruments terrestres ultra performants. Mais patience: pas avant dix ans.

Communication en temps de pandémie : les ratés de l’OMS

Science

Communication en temps de pandémie : les ratés de l’OMS

Depuis le début de la pandémie, une grogne s’élève devant les communications de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pas facile, de communiquer les risques en temps de crise sanitaire, relève une récente étude exploratoire de chercheurs canadiens.

« La stratégie de communication de l’OMS manque de cohérence, particulièrement sur les réseaux sociaux qui ont été très utilisés, contrairement aux canaux plus officiels », détaille Gabriel Blouin-Genest, professeur adjoint de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. « La transmission de l’information dépendait alors de la journée ou de la personne et allait d’un extrême à l’autre, de la vulgarisation aux extraits de rapports techniques, sans logique propre. »

Son équipe et ses collègues ontariens ont analysé les communications faites par l’OMS pendant le premier mois de la crise, soit du 31 décembre 2019 au 31 janvier 2020. Ils se sont intéressés également à la désinformation et aux impacts psychosociaux de la pandémie — une première enquête a mis de l’avant que « mal s’informer augmente l’anxiété ».

Dans certains cas, l’OMS a rapporté les risques avec beaucoup de confusion et pendant trois jours, elle l’a même fait de manière erronée : les 23, 24 et 25 janvier, elle identifiait le risque comme étant « modéré » alors que ses propres canaux officiels l’avaient déjà qualifié « élevé ».

« L’erreur est humaine, ce n’est pas facile de communiquer l’incertitude. Mais les organismes de santé publique se basent sur ces communications afin de prendre leurs décisions. Cela peut être très problématique dans des pays dotés de systèmes de santé défaillants », relève M Blouin-Genest.

Beaucoup de confusion régnait également autour des termes utilisés pour parler de la limitation des déplacements de la population et du commerce, ont relevé les chercheurs pendant ce premier mois.

Plus récemment, l’organisation a dû encore s’expliquer sur ses commentaires sur la transmission de la Covid-19 par les personnes asymptomatiques. Après avoir suggéré que cette voie de transmission était très rare, Maria Van Kerkhove, responsable technique de l’OMS, a indiqué le jour suivant que les taux réels de transmission asymptomatique ne sont pas encore connus.

Historiquement, ce n’est pas la première fois que l’OMS est critiquée. Lors de la grippe H1N1, elle avait été accusée d’avoir surestimé le risque, et lors de l’épidémie d’Ebola, d’avoir trop tardé à réagir.

Pour communiquer adéquatement dans un monde hyperconnecté, il lui faudrait, selon Blouin-Genest, harmoniser ses communications et privilégier les canaux officiels. « Le plus souvent, on ne sait pas qui parle », dénonce-t-il.

L’OMS devrait s’inspirer du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui compile l’information scientifique et émet des recommandations en départageant le politique et la science.

Reste que, même lorsqu’elle innove, l’OMS se fait encore critiquer, par exemple lorsqu’elle s’allie avec le secteur privé et les compagnies d’Internet pour développer de nouveaux outils comme un récent système d’alerte sur WhatsApp (WHO Health Alert). L’organisme tente pourtant de répondre là à des besoins de base, particulièrement auprès de pays plus vulnérables.

À chaud sur la crise

Cette étude met en lumière un travail de mise en perspective de la stratégie de communication particulièrement utile, surtout dans ce contexte d’urgence, commente Oumar Kane, professeur au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal.

« C’est une évaluation intéressante de la communication de crise de l’OMS selon un continuum temporel assez précis. » Il regrette seulement que, vu le sujet traité, on n’ait pas demandé « la contribution d’un ou une spécialiste en sciences de la communication. » Il aurait aussi souhaité une analyse en profondeur et davantage de recul, mais « cela est inévitable pour ce genre d’exercice qui vise une réaction à chaud. »

« On ne peut cependant passer sous silence le fait que l’OMS a tenté de mettre en place une communication de crise au plus haut sommet de l’institution avec des points de presse très réguliers, sans compter l’extrême incertitude qui régnait autour de la maladie. Il faut tenir compte de ce contexte très difficile pour toute évaluation de leur communication qui a eu le mérite de présenter sur une base régulière un état de la situation au grand public », note l’expert.

Au final, il s’agit d’un exercice « très éclairant » et utile dans un contexte où « la communication de l’OMS est attaquée sur des bases politiques partisanes ».

Non, les masques n’empêchent pas l’oxygène de passer

Science

Non, les masques n’empêchent pas l’oxygène de passer

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Alors que le couvre-visage est plus que jamais recommandé, le débat sur le fait qu’il nuirait à la respiration refait surface. Le Détecteur de rumeurs s’est demandé ce qu’en disaient des études réalisées auprès de travailleurs et même de sportifs.

L’origine de la croyance

Des habitants de la Floride, un État américain qui bat ces jours-ci des records de nouveaux cas de COVID-19, ont récemment exprimé leur mécontentement quant à un éventuel port obligatoire du masque dans les espaces publics où la distanciation physique est difficile. Là-bas comme au Québec, certains laissent entendre que le masque poserait rien de moins qu’un grave risque pour la santé « en diminuant le taux d’oxygène dans son sang » et en l’exposant « à des niveaux excessifs de dioxyde de carbone ». Certaines parlent même d’hypoxie cérébrale et d’hypercapnie, soit une augmentation de la pression partielle en CO2 dans le sang. La croyance avait également circulé sous d’autres formes en mai dernier et a été déboulonnée en plusieurs langues. Des mèmes circulent aussi, qui ont fait sursauter ceux qui sont habitués de porter des masques à longueur d’année.

Les faits

Il existe en effet de nombreux travailleurs forcés depuis longtemps de porter un masque procédural (N95, P100...) dans l’exercice de leurs fonctions, surtout dans les milieux de la santé et de la construction. Ces travailleurs ont de ce fait été l’objet, au fil des décennies, de nombreuses études scientifiques révisées par les pairs. Aucune ne fait mention d’hypoxie liée au port du masque. Aucune n’évoque non plus un taux de décès plus élevé chez ces travailleurs.

Une revue de la littérature publiée en 2016 s’est intéressée aux diverses mesures physiologiques susceptibles d’être influencées par le port d’un masque de protection respiratoire. La fréquence cardiaque, l’un des paramètres les plus étudiés, semble peu augmenter dans les différentes études. Cela signifie que le cœur d’un individu masqué n’a pas eu à fournir un effort supplémentaire pour approvisionner l’organisme en sang oxygéné.

Dans une petite étude publiée en 2013, 20 participants dans la vingtaine ont dû fournir un effort modéré d’une heure sur tapis roulant (5,6 km/h). Les chercheurs ont conclu que le port d’un N95, peu importe son type (avec ou sans valve), a eu un effet minime sur la fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire par rapport à une situation sans masque. Les auteurs ajoutent que ces faibles augmentations sont généralement bien tolérées par les personnes en bonne santé.

Même si les études ne sont pas allées jusque-là, on peut présumer que la différence avec un masque artisanal serait négligeable, si différence il y avait. Parce que l’élément essentiel à retenir, c’est que le masque n’empêche pas l’air de passer. Une molécule d’oxygène est suffisamment petite pour passer entre les mailles du filet : le but du masque est d’arrêter les gouttelettes qui peuvent contenir des virus — et qui, à l’échelle microscopique, sont beaucoup plus grosses qu’une molécule d’oxygène ou de CO2.

En réaction aux nombreux messages qu’ils ont vu passer sur les médias sociaux, certains ont fait le test. En Caroline du Sud, la Dre Megan Hall a diffusé le 23 juin des photos d’elle-même avec quatre différents types de masques et un appareil de mesure du niveau d’oxygène dans le sang et du rythme cardiaque (un oxymètre ou saturomètre, petit appareil qui se place au bout du doigt). Les mesures sont, dit-elle, pratiquement identiques, entre 98 et 99 % (un niveau normal d’oxygène dans le sang est traditionnellement estimé entre 95 et 100 %). « Gardez en mémoire, ajoute la Dre Hall qu’avant ceci j’avais porté le masque chirurgical pendant cinq heures ».

Jean-François Cliche
Les pieds arrêtent-ils de grandir un jour ?

Science

Les pieds arrêtent-ils de grandir un jour ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai 53 ans et, depuis que j’ai atteint ma taille adulte, j’ai toujours porté des souliers de grandeur 10. Mais il semble maintenant que les 10 sont devenus beaucoup trop petits. À la boutique de chaussures, une employée a mesuré mes pieds et je dois désormais porter des 12. Alors je me demande : est-il possible que mes pieds aient grandi depuis les deux ou trois dernières années, ou est-ce que les tailles de chaussures ont changé ?», aimerait savoir Daniel Hurtubise, de Gatineau.

Il est effectivement possible que les barèmes ne soient pas les mêmes pour toutes les chaussures. «Depuis que la confection des chaussures se fait beaucoup dans les pays asiatiques, les pointures ne sont pas universelles d’un pays à l’autre. Cela fait en sorte qu’une pointure 8 dans une marque peut être équivalent à un 9 dans une autre et peut aussi expliquer le changement de pointure au fil du temps», indique la podiatre Emmanuelle Lamontagne, de la clinique Santé Podiatres, à Québec. Mais ce n’est pas la seule explication possible.

Contrairement à une croyance populaire tenace voulant que les pieds grandissent toute la vie durant, ils cessent bel et bien de croître en même temps que le reste des os, soit vers l’âge de 22 ans au maximum. Et comme le reste du squelette, ils ne se remettent plus jamais à «pousser» par la suite. Or cela ne veut pas dire qu’ils ne changent plus jamais.

Nous avons tous sous le pied une «arche» plus ou moins prononcée, dans laquelle passent des tissus élastiques qui agissent à la manière d’un ressort. Quand on pose le pied par terre en marchant ou en courant, l’arche se «déplie» légèrement, ce qui tend ses ligaments. Cela a pour effet de répartir la charge sur l’ensemble du pied, d’amortir les chocs et d’emmagasiner l’énergie pour ensuite la réutiliser pour continuer d’avancer, quand on lève le pied. En bout de ligne, ce petit manège rend nos déplacements plus efficaces, plus économes d’un point de vue énergétique, lisait-on dans un article «classique» à ce sujet paru en 1987 dans la revue savante Nature.

Mais voilà, dit Dre Lamontagne, «avec le temps, les tissus mous des pieds peuvent changer et amener un affaissement de l’arche du pied, ce qui peut le faire allonger et élargir. Les os n’allongent pas, mais l’affaissement de l’arche amène indirectement le pied à s’allonger». En d’autres termes : si l’arche «déplie», alors le pied deviendra forcément plus long.

En outre, la prise de poids (qui vient parfois avec l’âge) peut accélérer le phénomène. Cela «amène un stress supplémentaire sur le fascia plantaire, le ligament qui maintient l’arche du pied, et cela peut contribuer à accélérer l’affaissement de l’arche plantaire», explique Dre Lamontagne.

Comme il arrive toujours avec des cas individuels comme celui de M. Hurtubise, il est impossible de se prononcer avec certitude puisque Dre Lamontagne ne l’a pas examiné, mais on peut imaginer que l’«allongement» de ses pieds soit simplement la conséquence d’une arche qui a fini par s’affaisser, pour une raison ou pour une autre.

Fait intéressant, ajoute la podiatre, avoir les «pieds plats» (à cause d’une arche affaissée ou qui est naturellement très peu prononcée) n’est pas aussi grave qu’on le croit. «Le pied plat a longtemps été perçu comme problématique, dit-elle. Cela vient entre autres des médecins de l’armée dans les années 1900 qui ont observé que la majorité des soldats qui avaient des douleurs aux pieds avaient aussi des pieds plats. Ils ont donc émis l’hypothèse que les pieds plats étaient en cause et expliquaient ces douleurs. Plusieurs soldats se sont ensuite vus refusés une place dans l’armée à cause de cela. […] Dans la réalité, le type de pied n’est aucunement un facteur limitant pour des activités physiques, qu’il soit plat ou creux. Les pieds s’adaptent en général très bien au sport choisi tant et aussi longtemps que l’entraînement est fait de manière graduelle. L’augmentation trop rapide du volume et de l’intensité d’entraînement sont des facteurs bien plus importants à contrôler pour prévenir les risques de blessures.»

Avoir les pieds plats n’est pas idéal non plus, remarquez, parce que cela implique que le «ressort» du pied n’est pas aussi efficace qu’il pourrait l’être. «La fatigue musculaire créée par l’effort physique peut alors être augmentée pour maintenir la même dynamique sportive, dit Dre Lamontagne. Le corps demande davantage d’énergie à un pied plat pour un même effort.  L’affaissement de la voûte plantaire ne cause pas de blessures à proprement parler, mais peut être un facteur prédisposant.»

Cela n’arrivera pas nécessairement à tous ceux qui ont les pieds plats, poursuit-elle, puisque bien des gens dont l’arche est affaissée ne ressentiront jamais d’inconfort. Mais en cas de douleurs (qui peuvent survenir dans le pied, mais aussi ailleurs dans les jambes), il vaut mieux consulter un podiatre, dit-elle.