Délaisser la grande culture en zone inondable au profit de plants qui exigent moins d’engrais pourrait réduire les problèmes de phosphore dans les rivières tributaires du lac Champlain, estime l’OBV.

Santé du lac Champlain: les zones agricoles inondables étudiées

Changer le type de production sur les terres agricoles inondables pourrait améliorer la qualité de l’eau dans les rivières tributaires du lac Champlain. C’est l’une des solutions qu’étudie le comité technique mis sur pied par l’Organisme de bassin versant (OBV) de la baie Missisquoi pour analyser les solutions pour réduire le phosphore qui se rend jusque dans le plan d’eau.

Les grandes cultures, comme le maïs et le soya, qui poussent le long des rives des cours d’eau ont des impacts sur ceux-ci, indique Johanne Bérubé, directrice générale de l’OBV. Elles relâchent beaucoup de phosphore lors du ruissellement des eaux de pluie et de la fonde de la neige, dit-elle. Le problème est accentué quand les terres en zones inondables sont immergées lors des crues printanières, signale-t-elle.

Cultiver sur ces terres des plants nécessitant moins d’engrais ou encore les consacrer à l’agriculture biologique réduirait considérablement la pollution des cours d’eau par le phosphore, croit Mme Bérubé. De petits secteurs agricoles, fait-elle remarquer, sont responsables de la majorité des problèmes d’apport de phosphore dans les cours d’eau.

Convaincre les propriétaires de ces terres de changer de types de culture permettrait de réaliser des gains environnementaux importants, soutient Mme Bérubé. Ces terres pourraient être utilisées pour cultiver du malte, donne-t-elle en exemple. Des céréales d’automne pourraient y être cultivées, réduisant les effets de ruissellement durant l’hiver et le printemps.

Le comité technique de l’OBV planchera sur d’autres solutions pour réduire le phosphore dans le lac Champlain, dit Mme Bérubé. Ses membres étudieront des aspects scientifiques, de gouvernance et économiques. Un rapport sera remis à la Commission mixte internationale en mars l’an prochain.

La Commission mixte internationale a mandaté l’OBV en mars pour faire le point sur la dégradation de la qualité de l’eau du lac Champlain. L’organisme doit faire la recension de tous les travaux de recherche et études réalisés depuis les années 70 sur le lac. Les mesures d’atténuation, les initiatives de restauration, les réglementations, pratiques agricoles et municipales, programmes et politiques gouvernementales en lien avec le cours d’eau seront passés en revue. Finalement, la Commission demande qu’on lui propose des solutions.

Qualité de l’eau
La qualité de l’eau des tributaires de la baie Missisquoi sera d’ailleurs l’un des thèmes abordés lundi prochain lors de l’assemblée générale annuelle de l’OBV. La rencontre débutera à 19 h, à la salle communautaire de Saint-Armand.

Pour l’occasion, Marc Simoneau, analyste au ministère de l’Environnement, fera le point sur l’évolution des tributaires de la baie Missisquoi de 1999 à 2015. Il dressera également le portrait 2015 à 2017 de ces cours d’eau.

M. Simoneau fait partie de l’équipe québécoise qui travaille sur l’entente sur la réduction du phosphore entre le Québec et le Vermont. Depuis 1998, le Ministère assure un suivi de la qualité de l’eau à dix stations situées dans les rivières Missisquoi, Sutton, aux Brochets et de la Roche.

Trois autres présentations sont au programme de l’assemblée générale et ont comme thème central la réduction de la pollution diffuse agricole. Le professeur et chercheur David Rivest, de l’Université du Québec en Outaouais, parlera des bénéfices environnementaux obtenus par les systèmes agroforestiers intercalaires. Ceux-ci, expliquera-t-il, améliorent la santé des sols et la qualité de l’eau, la conservation et la restauration de la biodiversité et l’adaptation aux changements climatiques, peut-on lire dans l’invitation.

Enrique Martin de Villodres, agronome de l’OBV et Simon Lajeunesse, coordonnateur régional des cours d’eau à la MRC Brome-Missisquoi, traiteront des interventions réalisées dans la dernière année sur le contrôle des eaux de ruissellement en milieu agricole et des actions des producteurs agricoles pour des aménagements intégrés aux travaux d’entretien de cours d’eau.

Finalement, Valérie René, chargée de projet à Conservation de la nature Canada, entretiendra les participants du projet de mise en valeur d’une propriété du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs à Clarenceville. Un habitat pour la tortue molle à épines sera aménagé. Un volet d’agroforesterie est également prévu.