La compagnie Sani-Eco a ralenti la cadence de sa production et a ajouté des employés aux opérations de tri pour retirer encore plus de matières non recyclables.

Sani-Eco veut améliorer son tri

La fermeture de la Chine cet automne à importer certaines matières recyclables de centres de tri occidentaux a eu un impact important sur les opérations de Sani-Eco. L’entreprise a été contrainte de réduire sa production et d’augmenter son personnel pour améliorer la qualité de son tri.

La Chine cherche à obtenir des lots de matières recyclables, dont le taux de contamination est très bas, c’est à dire exempt de matières non recyclables. Les importateurs chinois acceptaient jusqu’à tout récemment des taux de rejets de 10  %. Les autorités gouvernementales exigeraient maintenant des taux de moins de 2 %.

C’est un seuil difficile à atteindre, indique Julie Gagné, directrice des opérations de Sani-Eco. Difficile, dit-elle, en raison de l’indiscipline des gens ou de leur incompréhension des matières qu’ils peuvent déposer dans leurs bacs bleus. « C’est épouvantable tout ce qu’on retrouve encore dans la collecte sélective qu’on ne devrait pas. Durant les Fêtes, j’ai travaillé au tri. On a retrouvé des couches pour adultes, des couches pour enfants, des pelures d’orange, des boîtes de clémentines », s’étonne-t-elle.

Une nouvelle campagne de sensibilisation auprès des citoyens s’avère nécessaire, selon elle.

Sani-Eco, qui recueille le contenu des bacs bleus dans les municipalités de la MRC de la Haute-Yamaska et d’autres municipalités de la région, a réussi jusqu’ici à vendre ses ballots de papier journal et de carton plat (boîtes de céréales, de biscuits, de mouchoirs), les deux seules matières qu’elle vend à des fins d’exportation. Un intermédiaire les achète et les revend à des entreprises chinoises qui utilisent les fibres contenues dans ces matières pour fabriquer d’autres produits, a dit Mme Gagné. 

L’entreprise granbyenne a pu s’en sortir en améliorant son tri. Elle a ralenti la vitesse des convoyeurs pour permettre à ses employés de retirer le plus de matières non recyclables. Sani-Eco a de plus ajouté des employés sur ses quarts de travail. Les deux mesures ont toutefois une incidence sur la rentabilité de la compagnie, a dit Mme Gagné.

Une solution à moyen terme devra être trouvée, croit Mme Gagné. Elle pourrait passer par des investissements pour moderniser les équipements, a-t-elle dit. La direction de l’entreprise réfléchit à la question.

En 2000, Sani-Eco a investi 3 millions de dollars pour moderniser son centre de tri de la rue Édouard. Une modernisation coûterait aujourd’hui 8 à 9 millions de dollars, calcule-t-elle.

Restructurer nos entreprises

La fermeture de la Chine aux matières recyclables étrangères pourrait s’avérer positive, estime Jean Lacroix, directeur général du Réseau Environnement, un regroupement de spécialistes en environnement au Québec. « On peut se plaindre ou se dire que c’est peut-être une belle occasion pour restructurer nos entreprises », soutient-il.

Le fait que le Québec exporte de grandes quantités de matières recyclables sans chercher des débouchés sur place ne contribue pas à son développement économique, déplore M. Lacroix. « Ça enlève beaucoup d’intérêt et d’incitatifs à l’innovation et aux investissements. »

Le moment est parfait, croit M. Lacroix, pour que les centres de tri modernisent leurs installations pour améliorer leurs capacités, pour développer l’économie circulaire entre les entreprises afin qu’elles valorisent leurs matières résiduelles et pour que les citoyens s’interrogent sur leurs gestes en lien avec le recyclage.

Les gouvernements doivent être parties prenantes de la modernisation des centres de tri. « Il faut rapidement concerter tous les joueurs de l’industrie, être créatifs pour trouver des débouchées. Il faut que les régions s’organisent. On peut créer des emplois dans nos régions, valoriser nos matières. C’est là qu’on va voir la fibre entrepreneuriale québécoise. »

Les citoyens ne devraient pas se retrouver avec une facture plus élevée à payer pour la collecte sélective, selon M. Lacroix. Il est plutôt d’avis que des incitatifs devraient être offerts aux citoyens qui sont exemplaires dans leur recyclage. « Les citoyens ont une capacité d’agir en faisant les bons choix. Tout ça a une incidence sur la qualité du recyclage. »