Jacques Guertin, propriétaire de Sanair, a lui-même modifié un stock-car pour le rendre encore plus silencieux. Il a d’ailleurs vérifié le nombre de décibels émis avec son sonomètre.

Sanair et ses clients se sentent ciblés

Le propriétaire de Sanair et ses clients fulminent. Un nouveau règlement municipal interdisant la majorité des activités ayant lieu sur les pistes de Sanair, à Saint-Pie, pourrait mettre en péril l’entreprise.

Le règlement en question, adopté à l’unanimité par le conseil municipal le 26 juin, encadre de façon serrée toute activité automobile pouvant provoquer du bruit, incluant des formations à la course. On y donne des horaires où ces activités peuvent avoir lieu, en semaine, et exclut toute activité automobile qui n’est pas une compétition de course durant les week-ends. Il oblige également tous les véhicules qui participent à une course automobile d’être munis d’un silencieux fonctionnel.

Comme il n’y a qu’un seul endroit à Saint-Pie où les activités décrites dans le règlement peuvent avoir lieu, le propriétaire de Sanair Jacques Guertin déplore que cette nouvelle règlementation cible directement son entreprise et ses clients.

Il affirme que ce règlement fait suite à des plaintes reçues du camping voisin et de propriétaires de maisons dans un nouveau quartier, mais il argue que son complexe de sports motorisés était là bien avant et qu’ils auraient dû prendre en compte sa présence avant d’acheter ou de construire.

« Il n’y a pas de plainte autour de l’ovale, on est entouré d’un mur végétal. Les gens ne se plaignent pas de ce bruit-là. Du côté de la piste triovale [NDLR : entre les routes 235, Gariépy et le chemin de Saint-Dominique], il faudrait que l’école de stock-car soit fermée le samedi et dimanche. Mais ça n’arrivera pas. Je loue l’espace à une grosse compagnie, ils ne se laisseront pas faire. Nous, on continue. Le règlement est illégal. Si on reçoit des contraventions, on va les contester immédiatement, point final. »

M. Guertin ne mâche pas ses mots envers les articles du règlement, qu’il prétend illégal parce qu’il cible particulièrement son complexe de sports motorisés.

Depuis l’adoption du règlement 235, Sanair et des clients ont reçu un total de quatre constats d’infraction. Malgré tout, les activités n’ont pas cessé durant les week-ends.

Requête en justice
L’école de pilotage de stock-car Expérience en piste Cabana Ranger, dont un des copropriétaires est le coureur automobile Andrew Ranger, a déposé une demande introductive d’instance le 6 juillet pour que ce règlement soit déclaré nul. L’entreprise, qui est le résultat de l’association entre l’Académie Andrew Ranger et l’École de stock-car Cabana, est particulièrement touchée puisqu’elle utilise le triovale quotidiennement.

« De tout bloquer, ça va nous tuer, c’est sûr », réagit Andrew Ranger face à la nouvelle règlementation de la Ville de Saint-Pie.

« Ils veulent qu’on arrête de les faire la fin de semaine, mais nous, notre business, c’est la fin de semaine, commente le pilote. Les gens viennent essayer les voitures Nascar. Et on n’est pas là toutes les fins de semaine. Le règlement arrive en pleine saison et je suis déjà booké depuis cet hiver. Ce sont beaucoup des cadeaux de Noël et de fête. On ne veut pas de mal à personne. Je comprends que le bruit peut être fatigant, mais d’un autre côté, tu viens faire du camping à côté d’une piste... De tout bloquer, ça va nous tuer, c’est sûr. »

En semaine, il arrive souvent que des entreprises paient une expérience à leurs employés, mais le gros de la clientèle est le week-end.

Des silencieux en renfort
Depuis le dépôt du projet de règlement en mai, tant Expérience en piste Cabana Ranger que Sanair ont fait des efforts pour munir les voitures de silencieux. Cependant, M. Ranger souligne que si la Ville avait voulu travailler son règlement plus tôt dans l’année, son entreprise aurait eu le temps de modifier les voitures pour qu’elles soient plus silencieuses. Elle a commencé à travailler là-dessus, mais la saison bat déjà son plein.

« On fait attention avec le son, assure le pilote automobile. On a des jeunes de 8 ans jusqu’à des personnes de 70 ans. On n’est pas là pour achaler le monde, c’est vraiment une expérience spéciale qu’on donne. »

Il maintient que les voitures qu’il utilise respectent les limites de décibels autorisés, mais non précisés dans le règlement.

Sanair invite les clients à venir utiliser ses installations quand même, plutôt que de transformer les rues en piste de course. Jacques Guertin en profite pour faire de la sensibilisation auprès des clients qui viennent, par exemple, pour faire du drift, du dérapage contrôlé, et du drag, un rendez-vous de courses opposant deux voitures à la fois sur une ligne droite.

« C’est entendu qu’on invite les participants à faire le moins de bruit possible, souligne Jacques Guertin, qui a inauguré la première piste de Sanair en 1970. Il y a des voitures qui font un bruit infernal, il y a des gars qui sont strait pipe. Quand même, il faut avoir un respect pour le bon voisinage, on est d’accord avec ça. S’ils sont trop bruyants, on leur demande de mettre un muffler. »

Le bruit au cœur du problème
« Il y a un parc de 300 maisons tout près de là et un camping en face. Le bruit leur cause problème », explique pour sa part le maire de St-Pie, Mario St-Pierre, qui ne pouvait pas commenter davantage en raison des procédures judiciaires entamées par Expérience en piste Cabana Ranger.

Il assure que les événements peuvent se tenir quand même la fin de semaine, à l’exception du lapping et des démonstrations.

« Le lapping, c’est de la formation où ce sont des gens qui vont louer les autos pour tourner sur la piste. Les 300 maisons peuvent-elles avoir un moment de répit ? Les gens ont été patients. »