Située du côté ouest, avec une vue directe sur la vallée du Saint-Laurent, la propriété de 15,5 arpents compte une salle de bain, une salle de lavage, une salle à manger, un observatoire au second plancher, 22 fenêtres en tout ainsi que 130 mètres carrés de balcons et de terrasses. Le tout est évalué à environ 484 800$.

Saint-Paul acquiert le chalet du mont Yamaska

Le luxueux et controversé chalet construit au sommet du mont Yamaska, à Saint-Paul-d’Abbotsford, passe aux mains de la municipalité, qui compte préserver et mettre en valeur le riche écosystème de l’endroit.

La fameuse cabane à sucre, érigée au sommet du mont Yamaska, en fait sourciller plusieurs depuis sa construction, en 2005. Alors que le permis de construction émis par la municipalité en décembre 2004 faisait état d’un projet de 50 000$, plusieurs citoyens ont questionné le conseil municipal sur la vocation agricole du bâtiment qui semblait beaucoup plus luxueux qu’une simple érablière.

Située sur le versant sud-ouest, avec une vue directe sur la vallée du Saint-Laurent, la propriété de 15,5 arpents compte un hangar, une salle de bain, une salle de lavage, une salle à manger, un observatoire au second plancher, 22 fenêtres en tout ainsi que 130 mètres carrés de balcons et de terrasses.

Rappelons que les cabanes à sucre sont les seuls types de construction autorisés dans la montagne en vertu de la règlementation municipale, et aucun droit acquis n’a d’ailleurs été reconnu aux propriétaires du bâtiment. Tant le conseil municipal que la Commission de protection du territoire agricole du Québec surveillent depuis près d’une quinzaine d’années les activités de la cabane à sucre. Aucun autre usage que des activités agricoles n’est permis, avait d’ailleurs averti la CPTAQ, incluant des nuitées.

La municipalité de Saint-Paul-d’Abbotsford, ici représentée par le directeur général Daniel-Éric St-Onge, le conseiller Mario Blanchard et le maire Robert Vyncke (à droite), a acquis l’érablière de son propriétaire, l’avocat sherbrookois Marco-Pierre Casa (3e à partir de la gauche).

Propriétaire malgré lui

L’évaluation municipale établit la valeur de l’endroit à 484 800$ alors que sa valeur marchande se situe à 550 000$.

Saint-Paul-d’Abbotsford a acquis la propriété pour l’équivalent de 600 000$, mais dans les faits, n’en paie que la moitié. Un chèque de 250 000$ servira à payer le chalet et le terrain qui totalise 38 acres, alors qu’un montant de 50 000$ servira à régler tous les aspects juridiques passés et présents entourant la transaction. Les 300 000$ restants sont considérés comme un don à la municipalité du propriétaire, l’avocat sherbrookois Marco-Pierre Casa, qui recevra un reçu d’impôt en contrepartie.

C’est bien malgré lui que M. Casa est devenu propriétaire de la luxueuse érablière se trouvant au sommet du mont Yamaska, en août 2012. L’ancien propriétaire, Steeve Gagné, avait dû la lui céder parce qu’il était incapable de lui rembourser un prêt de 120 000$ contracté un an plus tôt.

Auparavant, la propriété a longtemps été à vendre. Invoquant une rupture amoureuse, M. Gagné réclamait 1,1 million de dollars pour la propriété évaluée à l’époque à 389 000$.

M. Gagné a toujours prétendu que l’endroit servait uniquement de cabane à sucre, affirmant que l’érablière comptait quelque 5000 entailles. Or, ce secteur de la montagne serait peu propice à l’extraction de sirop d’érable. «Il y a très peu d’érables en fait. Très peu, peut-être 200, auraient pu être exploités en acériculture. On retrouve plutôt des arbres matures comme de la pruche et du chêne, explique M. Casa. La seule chose qu’il aurait été possible de faire, c’est de l’exploitation commerciale, c’est-à-dire de couper et de vendre le bois.»

«Je n’ai jamais pu me résoudre à faire ça», ajoute l’avocat, qui avait tenté de discuter de la possibilité de céder l’endroit à la municipalité il y a quelques années, sans succès.

«Temple de la biodiversité»

C’est finalement la municipalité qui a approché le propriétaire pour lui parler de son intérêt à acquérir la propriété, en mai dernier.

La proposition de préserver la biodiversité des lieux a séduit M. Casa qui, par «responsabilité morale et éthique», souhaitait éviter à tout prix la destruction de cet écosystème qu’il a fait reconnaître par le ministère de l’Environnement comme étant ancien et rare.

«Quand j’ai pris possession de l’endroit, j’ai vu la magnifique forêt. J’ai fait faire plusieurs expertises qui m’ont confirmé qu’il s’agit d’un lieu exceptionnel, raconte-t-il. Il y a des arbres qu’on ne trouve plus ailleurs parce qu’ils ont été décimés par des maladies. D’autres espèces ont été protégées en raison de l’isolement des lieux. C’est aussi l’un des deux seuls nichoirs d’urubus au nord de l’Amérique. C’est un temple de la biodiversité.»

«Je suis sorti de la rencontre avec M. Vyncke [ndlr: Robert, le maire de Saint-Paul-d’Abbotsford] et M. St-Onge [ndlr: Daniel-Éric, le directeur général de la municipalité] enchanté! Je suis heureux de remettre ça entre les mains de personnes responsables qui comprennent à quel point ce lieu est exceptionnel», poursuit-il.

Selon le maire Robert Vyncke, l’encadrement municipal des lieux permettra de mettre fin à des années de vandalisme dans la montagne.

FAIRE D’UNE PIERRE DEUX COUPS

En acquérant le chalet du mont Yamaska, la municipalité de Saint-Paul-d’Abbotsford fait d’une pierre deux coups. Non seulement la transaction met fin à près de 15 ans de litige, mais elle permet aussi de conserver la biodiversité de l’endroit et, éventuellement, de permettre un accès aux citoyens dans la montagne dont ils s’émerveillent chaque jour.

« Le conseil municipal en retire un grand sentiment d’accomplissement et la fierté d’avoir pris part à la préservation de la montagne. Du même coup, on poursuit vers la réalisation d’un vieux rêve des citoyens de pouvoir aller dans la montagne », indique le maire Robert Vyncke.

La concrétisation de ce sentier pédestre à l’usage exclusif des Abbotsfordiens, qui relierait le terrain et le sommet côté ouest du mont Yamaska, et qui pourrait inclure un centre d’interprétation de l’acériculture, n’est toutefois pas dans les cartons à court terme. La municipalité n’a d’ailleurs pas encore établi d’échéancier.

« Il y aura plusieurs étapes à franchir, notamment auprès de la CPTAQ [ndlr : la Commission de protection du territoire agricole du Québec], indique le directeur général Daniel-Éric St-Onge. On va y aller graduellement. »

Des discussions devront aussi avoir lieu avec les autres propriétaires de terrains dans la montagne, dont ceux qui possèdent des terres limitrophes à la nouvelle acquisition municipale.

« On veut s’assurer que ça se passe bien avec tout le monde, note M. Vyncke. On ne veut pas d’un sentier à grand volume, car on veut protéger l’endroit et le développer de manière écoresponsable. Ça ne deviendra pas un nouveau mont Saint-Hilaire. »

La population sera informée de l’avancement du dossier, promet-on.

Démolition

La décrépitude des lieux laisse par ailleurs peu de choix au conseil, qui envisage de démolir ce qui a été construit sur place. 

« On n’aura sans doute pas le choix de tout jeter à terre, ajoute le maire. C’est une plaie sur la montagne, une blessure qu’on se doit de guérir. »

« L’endroit est dans un piteux état », souligne M. Vyncke. Les bâtiments, qui n’ont pas été entretenus, ont aussi été la cible de vandales au fil des ans.

Seules les fondations du chalet, qui pourraient éventuellement servir pour l’aménagement d’une plate-forme pour un belvédère d’observation sécurisé, pourraient être épargnées, a fait savoir l’élu.

Selon M. Vyncke, l’encadrement municipal des lieux permettra de mettre fin à des années de vandalisme dans la montagne. « On veut rendre l’endroit beau et on va s’assurer qu’il sera protégé », dit-il.

Pour l’instant, l’accès au site du chalet est interdit, comme l’indiquent les rubans balisant l’endroit, à la manière d’un périmètre de sécurité.