Léa Fortin et son copain américain Andrew Taillole
Léa Fortin et son copain américain Andrew Taillole

S'aimer sans se voir, le cas de milliers de couples internationaux

Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est
Léa Fortin a le moral à plat. Comme plusieurs qui vivent une histoire d’amour à distance, elle n’en peut plus d’attendre que le gouvernement fédéral permette à son copain américain de venir la rejoindre. Le jeune couple ne s’est pas vu en chair et en os depuis le mois d’octobre 2019. Aussi bien dire une éternité, si vous voulez son avis.

La Granbyenne de 23 ans fréquente Andrew Taillole depuis bientôt deux ans. Même si les milliers de kilomètres qui séparent le Québec de l’Arizona ont limité leurs rencontres à quatre séjours d’une semaine à la fois, leur relation est sérieuse, assure Léa, qui est d’ailleurs fiancée. « On ne s’est pas vu très souvent, mais ça compte à nos yeux. On est un couple fermé et exclusif. On avait le projet qu’Andrew déménage ici en mai dernier avec un visa régulier de visite. L’année 2020 devait nous réunir, mais la pandémie a brisé nos plans. »


« Durant la pandémie, on devrait avoir droit à une exemption pour être ensemble. Ce n’est pas un luxe pour nous. J’ai envie que les gens sachent qu’on est une bonne portion de gens affectés par cette situation »
Léa Fortin se languit de retrouver son amoureux, qui vit en Arizona

Depuis la fermeture de la frontière canado-américaine en mars, ils vivent une séparation forcée et difficile, en espérant que la situation jouera bientôt en faveur des couples internationaux comme eux. « On anticipe la réouverture de mois en mois, mais ils repoussent chaque fois la date, sans fournir de plan. Et chaque fois, c’est comme un coup de couteau dans le dos », confie la designer de mode.

S’ils étaient mariés, tout serait beaucoup plus facile, ajoute-t-elle, en déplorant cette forme de discrimination. « En 2020, toutes les relations sérieuses méritent d’être considérées, avec ou sans papier ! Mais si ça lui donne une chance de venir au Québec, je suis prête à le faire. Le processus d’immigration serait plus simple ainsi. »

Elle fait remarquer que son copain ne se sent pas « très Américain ». Le port d’armes, la situation politique, le système de santé sont pour lui des irritants majeurs dans son pays. Venir rejoindre Léa le ravirait, semble-t-il.

Depuis des mois, le duo garde contact en s’appelant matin et soir, et en s’échangeant une kyrielle de textos.

Elle pourrait bien tenter de sauter dans un avion pour une visite éclair en Arizona, mais les chances sont minces. La possibilité qu’elle soit refoulée à la frontière est toujours possible, sans compter l’obligation de s’imposer une quarantaine de 14 jours à son retour. « C’est une fausse solution », confie la travailleuse autonome, qui ne peut se permettre une si longue période sans travailler.

Oubliée

Léa affirme avoir l’impression d’être oubliée par le gouvernement du Canada. Selon elle, des milliers de Canadiens doivent aussi vivre loin d’un être cher depuis des mois, en raison du caractère non essentiel de ces voyages. Une pétition officielle de plus de 5000 signatures a d’ailleurs été déposée au début du mois à la Chambre des communes.

« On veut un peu de compassion. Mon copain, c’est ma famille. Durant la pandémie, on devrait avoir droit à une exemption pour être ensemble. Ce n’est pas un luxe pour nous. J’ai envie que les gens sachent qu’on est une bonne portion de gens affectés par cette situation. »

« Beaucoup de Canadiens peuvent passer à travers la pandémie avec leurs familles, ajoute-t-elle. Moi, j’habite seule. C’est un double isolement. Même si je peux maintenant voir un peu plus mes proches, j’aurais eu besoin de la proximité et du support de mon copain durant les derniers mois. »

Excédée par cette attente, Léa Fortin a joint le mouvement #lamournestpasdutourisme pour convaincre que son cas et celui de milliers d’autres couples ne se résument pas qu’à une romance de vacances. « On est inclus dans une clause ‘‘tourisme’’, soit des déplacements non essentiels... Mais à voir l’état mental des gens dans ma situation, je pense que c’est essentiel. On ne devrait pas enlever le privilège aux Canadiens d’être avec leurs êtres chers. »

En plus de contacter les médias, elle participe à la vague d’envois hebdomadaires de courriels au premier ministre Justin Trudeau, au ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, et au ministre de l’Immigration, Marco Mendicino.

« On est bien organisés. On se fait entendre, mais on se fait ignorer. »