Le conseil d’administration de la caisse Desjardins de Rouville devra décider s’il appuie ou non une résolution d’un membre appelant la Fédération Desjardins à cesser d’investir dans des projets pétroliers liés aux sables bitumineux.

Sables bitumineux: la caisse de Rouville prendra position

Le débat sur le désinvestissement de Desjardins des sables bitumineux a atteint la caisse Desjardins de Rouville. Le conseil d’administration de l’établissement devra décider s’il tient à ce que la coopérative cesse de financer des projets en lien avec le pétrole de l’Alberta.

Les dirigeants de la caisse sont appelés à statuer sur une demande formulée la semaine dernière par Jean-Paul Pelletier. Le résidant de Saint-Césaire, membre de la caisse depuis une cinquantaine d’années, souhaite que le Mouvement Desjardins mette « fin de façon permanente au financement et aux investissements dans les pipelines de sables bitumineux et retire son soutien au projet Trans Mountain », lit-on dans sa lettre déposée au conseil d’administration.

M. Pelletier aurait aimé proposer sa résolution lors d’une assemblée générale annuelle. Il n’a pu le faire puisqu’aucune assemblée générale ne sera organisée cette année en raison de la fusion des caisses de Saint-Césaire, de Sainte-Angèle-de-Monnoir, de Saint-Mathias, de Marieville, de Rougemont et de Richelieu en début d’année.

Malgré tout, la résolution de M. Pelletier sera discutée, assure le DG de la caisse Jean-Luc Dasté. « Nous allons faire des vérifications pour voir quelle est la position corporative puis on va donner suite à la résolution », a-t-il indiqué en entrevue lundi. La décision sera rendue le 31 mai, a-t-il dit.

M. Pelletier se dit environnementaliste. Il est membre de Greenpeace et appuie la campagne dénonçant les projets pétroliers. « Il faut que Desjardins sorte de ça. On doit travailler pour l’avenir en investissant dans des ressources renouvelables et non pour le passé avec le pétrole », illustre-t-il.

La semaine dernière, les membres des caisses de Granby-Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi ont adopté des résolutions en ce sens durant leur assemblée générale annuelle. Ils demandent notamment que Desjardins retire son financement de 145 millions de dollars accordé à Kinder Morgan pour construire un oléoduc reliant l’Alberta et la côte ouest de la Colombie-Britannique pour exporter du pétrole des sables bitumineux.

Le Mouvement Desjardins est résolument engagé dans le virage environnemental, assure Michel Guénette, président du conseil d’administration de la caisse de Brome-Missisquoi. L’investissement de Desjardins à Kinder Morgan, fait-il remarquer, ne représente que 2 % de l’ensemble du financement. Il serait injuste de juger la coopérative sur ce seul élément, selon lui.

Faire fructifier l’argent
La demande pour les produits pétroliers demeure très élevée, estime M. Guénette. Tant que ça sera le cas, dit-il, les institutions financières conserveront leurs investissements dans cette industrie. Leur mandat est de faire fructifier l’argent de leurs clients, rappelle-t-il.

Cela dit, M. Guénette s’est dit heureux que les membres de la caisse participent au débat. « On voulait que les membres puissent se prononcer sur la résolution. On va l’acheminer à la Fédération. On a cette ouverture chez Desjardins. Je ne pense pas qu’une banque aurait accepté une telle résolution de leurs actionnaires. »

Chez Desjardins, on dit ignorer combien de caisses ont adopté des résolutions appelant au désinvestissement des sables bitumineux. Elles seront comptabilisées au fur et à mesure que les caisses concernées les enverront, a indiqué Chantal Corbeil, porte-parole du Mouvement Desjardins.

Les résolutions sont des « votes indicatifs » pour la Fédération, a dit Mme Corbeil. La Fédération n’est pas liée par le choix des membres.

La Fédération a adopté en décembre une nouvelle façon d’évaluer les futurs projets énergétiques, a dit Mme Corbeil. Elle tiendra désormais compte de l’environnement, de l’acceptabilité sociale du projet et de la gouvernance de ses promoteurs.

Le projet Kinder Morgan aurait-il été accepté en vertu de cette nouvelle grille d’analyse ?

Mme Corbeil n’a pas répondu, affirmant que la Fédération n’allait « pas revenir sur cette décision ».

Les caisses Desjardins de Waterloo et de la Pommeraie ont également tenu leur assemblée générale annuelle la semaine dernière. Aucun membre n’a présenté de résolution demandant à la Fédération Desjardins d’arrêter de financer des projets pétroliers.