Depuis le dernier catalogage de son patrimoine bâti, en 2001, bien de l’eau a coulé sous les ponts, si bien que les informations détenues par la MRC de Rouville ont besoin d’être mises à jour pour demeurer utiles.
Depuis le dernier catalogage de son patrimoine bâti, en 2001, bien de l’eau a coulé sous les ponts, si bien que les informations détenues par la MRC de Rouville ont besoin d’être mises à jour pour demeurer utiles.

Rouville à la redécouverte de son patrimoine bâti

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La MRC de Rouville souhaite entreprendre, voire compléter, un tout nouvel inventaire de son patrimoine bâti au cours des prochains mois.

Il faut remonter à près de vingt ans pour recenser la dernière fois que l’exercice avait été réalisé. « C’est un inventaire qui n’est pas complet, relève le directeur de l’aménagement à la MRC, Francis Provencher. C’était surtout basé sur la préservation des bâtiments, mais ils n’avaient pas tous été visés par l’étude. »

Auparavant, un premier inventaire, loin d’être exhaustif, avait d’abord été réalisé dans les années 1970 et 1980, poursuit-il. Un autre recensement partiel avait été effectué en 1988 par cinq des 14 municipalités qui composaient alors Rouville.

À l’heure actuelle, la rue Principale à Ange-Gardien, y compris la résidence ayant appartenu à l’ancien ministre de l’Agriculture Laurent Barré, les maisons « d’inspiration loyaliste » qu’on retrouve sur la rue Principale et le rang de la Montagne à Rougemont ainsi que l’ensemble architectural circonscrit entre les rues Saint-Paul, Union et Notre-Dame à Saint-Césaire figurent parmi les éléments déjà étiquetés comme faisant partie du patrimoine bâti de la MRC. À ceux-ci s’ajoutent entre autres des tronçons du chemin de la Côte double, du chemin Fort Georges et de la rue Principale à Sainte-Angèle-de-Monnoir de même que des résidences construites sur la rue Principale, le rang Papineau et le chemin de la Montagne à Saint-Paul-d’Abbotsford, pour ne nommer que ceux-là.

Être à jour

Depuis le dernier catalogage, en 2001, bien de l’eau a coulé sous les ponts, si bien que les informations détenues par la MRC ont besoin d’être mises à jour pour demeurer utiles. « Au fil des années, il y a eu de la protection et de la mise en valeur, mais il y a aussi eu des modifications, des rénovations et des altérations. Si on veut aller plus loin dans une mise en valeur et la protection de notre patrimoine bâti, il faut refaire l’inventaire pour prendre connaissance des différentes caractéristiques en place et cibler les mesures à prendre », explique M. Provencher, qui estime à entre 225 et 300 le nombre de bâtiments susceptibles de composer le nouvel inventaire.

Celui-ci consistera essentiellement à identifier, décrire et hiérarchiser les composantes de ces bâtiments ou des ensembles architecturaux ciblés par la MRC et ses municipalités membres. « À partir de là, on peut cibler les travaux nécessaires et préparer un plan d’action pour protéger et mettre en valeur nos bâtiments, mentionne M. Provencher. La conservation de certains éléments dans leur ensemble pourrait même être reconnue comme une particularité locale. »

Déjà, en 2015, la MRC reconnaissait dans son schéma d’aménagement et de développement révisé que le potentiel du patrimoine bâti était « peu ou pas exploité à des fins récréotouristiques et la plupart de ces ensembles n’ont pas fait l’objet par le passé d’une protection suffisante ou adéquate. De plus, les aménagements ou actions favorisant leur fréquentation et leur observation sont presque inexistants. Ainsi, les éléments patrimoniaux et leur environnement immédiat sont, pour la plupart, exposés à des transformations néfastes risquant de diminuer leur valeur patrimoniale et même provoquer leur disparition. »

Refaire l’exercice va demander un peu de temps et un peu d’argent, parce qu’on couvrira toutes les municipalités, mais M. Provencher est optimiste quant au fait que l’inventaire peut être complété d’ici la fin de 2020. « On part déjà avec une bonne base », reconnaît-il.

Une demande de financement sera déposée au Fonds régions et ruralité du ministère des Affaires municipales.

La MRC est « pressée » d’aller en appel d’offres afin d’établir le budget qui sera nécessaire à la concrétisation du projet, souligne le directeur de l’aménagement.

La fourchette de prix est très vaste, selon les firmes et selon les services. On parle de coûts qui commencent à 20 000 $ et qui peuvent aller jusqu’à 150 000 $, indique-t-il.

« Les coûts étant ce qu’ils sont, on va y aller avec ce qu’on peut s’offrir, dit M. Provencher. On veut voir à quel prix on pourrait faire faire un inventaire complet. Si les prix sont plus bas que nos prévisions, on va pouvoir en faire plus. »

Qui plus est, ce ne sont pas tous les bâtiments ayant un certain âge qui feront partie du patrimoine bâti. « Ce sont les caractéristiques du bâtiment qui vont faire en sorte qu’ils seront de l’inventaire ou non, rappelle-t-il, nommant par exemple la fenestration, la toiture, la volumétrie et les matériaux utilisés. Certains bâtiments ont tellement été transformés au fil des années qu’ils ont malheureusement perdu leur valeur patrimoniale. »

Un élan

L’intérêt envers le patrimoine bâti est quelque chose de cyclique, croit M. Provencher. « Dans les années 1980, il y avait un intérêt fort marqué pour la culture, qui s’est tari dans les années 1990. C’est revenu un peu durant les années 2000, mais là, il y a un engouement renouvelé », constate-t-il.

Le directeur est d’autant plus ravi que le projet émane de la MRC et des municipalités « Cette volonté politique m’anime. Elle n’émane pas d’une directive gouvernementale, mais de municipalités qui sont enthousiastes et soucieuses de préserver les bâtiments », souligne-t-il.

À terme, la mise en valeur de l’architecture patrimoniale rouvilloise pourra servir de carte de visite, que ce soit au plan touristique ou même résidentiel. « Je m’attends à un inventaire qui va nous donner un élan, confie M. Provencher. Le patrimoine bâti, c’est une richesse. On a la chance d’avoir encore des beaux coins ; ça fait la beauté de notre région. »