Plusieurs vergers et commerces de « la capitale de la pomme » ont été assaillis de visiteurs en raison du beau temps, la fin de semaine dernière.
Plusieurs vergers et commerces de « la capitale de la pomme » ont été assaillis de visiteurs en raison du beau temps, la fin de semaine dernière.

Rouville à cheval sur le rouge et l’orange

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
À ce temps-ci de l’année, il est normal de voir la région revêtir une parure aux teintes de rouge et de orange. Un décor automnal enchanteur est d’ailleurs garant du succès des Week-ends gourmands de Rougemont, qui battent leur plein présentement. Or, le fait que la MRC de Rouville chevauche deux zones différentes, rouge et orange, en ce qui concerne le niveau d’alerte imposé par la pandémie de la COVID-19 vient changer la donne et amène son lot de défis.

Déjà, la fin de semaine dernière, la municipalité surnommée « la capitale de la pomme » a été assaillie de visiteurs en raison du beau temps. « On a vécu quelques situations problématiques la fin de semaine dernière », rapporte le maire de Rougemont, Michel Arseneault.

« À un certain point, les touristes ont utilisé la 229 comme ligne de stationnement », déplore le maire, qui a dû faire appel à la Sûreté du Québec et aux pompiers de la municipalité pour encadrer le flot important de véhicules qui circulaient dans le secteur de la route numérotée et de son intersection avec le chemin de Marieville.


« Il y a toujours la crainte que des gens sortent de la zone rouge pour aller dans les commerces de la zone orange. En même temps, va-t-on carter les gens qui seront attablés au restaurant pour savoir où ils demeurent? »
Martin Clermont, président de la Chambre de commerce Au coeur de la Montérégie

L’an dernier, 175 000 visiteurs s’étaient rendus à Rougemont dans le cadre de son événement phare, les Week-ends gourmands, qui s’étirent sur six fins de semaine. La moitié d’entre eux provenaient de la grande région de Montréal, dans la fameuse zone rouge, où les déplacements à l’extérieur sont fortement déconseillés par la Santé publique.

« En théorie, si les gens respectent les consignes, on devrait s’attendre à une baisse d’affluence au cours des prochaines fins de semaine, réfléchit le maire Arseneault. Mais c’est certains qu’il y en a qui vont quand même venir aux pommes, et les commerçants ont besoin que la clientèle soit quand même au rendez-vous. Le but, c’est de faire en sorte qu’une certaine distanciation physique soit respectée. »

Heureusement, aucun foyer d’éclosion de la maladie n’a encore été signalé, confirme le maire Arseneault. « Mais on n’est pas à l’abri que ça se produise si les gens ne sont pas prudents », laisse-t-il entendre.

« Les mesures sanitaires ont été mises en place par nos membres depuis le tout début parce qu’on veut protéger les clients, mais aussi nos producteurs et leurs employés », rassure Steve Flanagan, conseiller en relations publiques de Tourisme Rougemont et des entreprises participantes aux Week-ends gourmands.

Le préfet de la MRC de Rouville, Jacques Ladouceur

Il rappelle que les vergers, même en zone rouge, demeurent ouverts et que la cueillette de pommes n’est pas un événement tel un spectacle, mais une activité à laquelle on s’adonne à une entreprise.

« Tant que les familles peuvent se trouver à deux mètres les unes des autres, on peut accueillir autant de personnes que le site peut en prendre », précise le relationniste.

Compte tenu de l’engouement pour l’achat local suscité par la première vague de la pandémie, il s’attend à ce que la clientèle soit encore au rendez-vous au cours des prochaines fins de semaine.

« Deux poids, deux mesures »

« Ça risque d’être assez problématique pour certains commerces, reconnaît Martin Clermont, président de la Chambre de commerce Au coeur de la Montérégie, qui dessert le territoire de la MRC de Rouville. Il y a toujours la crainte que des gens sortent de la zone rouge pour aller dans les commerces de la zone orange. En même temps, va-t-on carter les gens qui seront attablés au restaurant pour savoir où ils demeurent? »

« Ce n’est pas aux entreprises de demander leurs papiers aux clients », renchérit M. Flanagan.

La directrice générale de la MRC de Rouville, Anne-Marie Dion, ne se berce pas d’illusions. « On peut certainement anticiper une certaine migration vers les établissements de la MRC qui sont en zone orange, croit-elle. On l’a vécu au printemps, malgré la première vague, alors c’est plausible de croire que ça arrivera à nouveau cette fois-ci. »

« On a une Belle province à Richelieu qui ne pourra pas accueillir de clients dans sa salle à manger. À quelques kilomètres, la Belle province de Marieville, elle, va pouvoir », illustre le préfet Jacques Ladouceur.

Le maire de Rougemont, Michel Arseneault

La municipalité dont il est le maire, Richelieu, fait partie des deux villes de Rouville circonscrites dans la zone rouge en raison de leur appartenance à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

« Ce sont des complications pour nos commerçants. Ce qu’on va vivre, c’est un deux poids, deux mesures, et à deux kilomètres de distance. Et on n’aura pas le choix de vivre avec », rappelle l’élu, mentionnant que quelques autres municipalités régionales de comté de la Montérégie sont aussi dans la même situation.

Plusieurs intervenants ont exprimé des inquiétudes sur la santé financière de plusieurs entreprises du territoire, dont certaines sont loin de s’être relevées des impacts de la première vague.

« Ce n’est pas évident pour personne ce qui se passe », relève M. Clermont.

Consciente que ce sont les commerces qui subiront à nouveau les plus importants contrecoups de la deuxième vague, Mme Dion a rappelé que « la MRC a encore des sous provenant de l’enveloppe d’urgence en soutien aux entreprises de son territoire ». « Il suffit que les gens remplissent les demandes à cet effet », précise-t-elle.

Miser sur le gros bon sens

Les élus misent sur le « gros bon sens » des citoyens pour éviter que le coronavirus ne se propage sur le territoire de la MRC. « On doit faire confiance à nos citoyens pour qu’ils adoptent des bonnes habitudes et qu’ils respectent les consignes, note Jacques Ladouceur. Contourner celles-ci ne permettra pas de régler le problème. »

« Tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. En faisant un effort collectif, on va s’en sortir plus vite », renchérit-il.

Richelieu et Saint-Mathias-sur-Richelieu, les deux municipalités les plus à l’ouest de la MRC de Rouville, sont circonscrites dans la zone rouge en raison de leur appartenance à la Communauté métropolitaine de Montréal.

La MRC de Rouville frôle les 180 cas positifs à la COVID-19 selon les plus récentes statistiques publiées par le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre. La ville la plus touchée est Marieville, en zone orange, avec 75 cas. Les municipalités de Richelieu et de Saint-Mathias, toutes deux en zone rouge, totalisent 40 cas à elles deux.