Romantique le fanal?

CHRONIQUE / Le vendredi 1er novembre, avant la tempête de neige du 2, a été un moment crucial pour les climato-sceptiques. Nous avons été témoins de ce que la nature était capable de faire à un moment inattendu. Des vents soufflant à des vitesses record ont déferlé presque partout. Certaines campagnes ont manqué d’électricité jusqu’à quatre jours... Allons donc, le temps d’une chronique, vivre cette tempête automnale... à la campagne.

D’abord, une problématique commune à tous: qui dit campagne et manque d’électricité dit aussi manque d’eau. Ne pas se laver passe encore pour quelques jours, mais être privé de toilettes…

Les entreprises agricoles, comme bien des commerces, possèdent des génératrices pour assurer l’essentiel. D’abord la maison, mais surtout les bâtiments abritant des élevages. Outre la lumière, la majorité des bâtiments (surtout pour les porcs et la volaille) exigeront de la ventilation pour assurer la qualité de l’air aux animaux. Pour se nourrir, l’accès à l’eau et aux aliments entreposés en silos demandent aussi de l’électricité.

Le temps est révolu où l’agriculteur fournissait le foin à ses vaches à coups de faux. Les programmes alimentaires sont maintenant calculés et fournis aux troupeaux à coups de rations, partagées par un robot… électrique! Heureusement, sur les fermes, des tracteurs alimentent la génératrice. Dernièrement, ce vaillant tracteur a donc roulé à fière allure pendant des heures pour nourrir les bêtes. Ce même tracteur a aussi été sollicité pour plusieurs autres tâches.

Contrairement aux pertes de courant en période hivernale accompagnée de verglas, à l’automne, tout reste à faire au champ. Les récoltes, l’épandage du fumier, le travail du sol et le séchage des grains. Certaines récoltes étant déjà commencées lors de cette récente tempête, certains silos étaient pleins de grains à sécher. Encore humides, de la ventilation et même de la chaleur étaient donc nécessaires pour atteindre le niveau d’humidité propre à ce qu’ils soient entreposés ou marchandés et pour leur permettre de garder un bon niveau de qualité. À qui avons-nous alors recours?

Au même tracteur!

Non séchés, les grains allaient coller entre eux et à la paroi des silos après trois jours. Des heures d’angoisse pour un agriculteur de voir ses récoltes condamnées même après la récolte!

Par chance, il y a eu la pluie. Cette dernière a permis au tracteur et à son maître de prendre congé des travaux au champ en rendant le sol trop humide pour y travailler sans faire de dommages.

Ces tracteurs et les génératrices sont, par contre, gourmands en essence. Il faut les alimenter régulièrement, être disponible ou être copain avec le livreur et prêt à dépenser des sous non prévus. En parlant de prévisions, dans ce genre de période inhabituelle, les heures de sommeil sont investies dans l’élevage ou le troupeau. Aux dires de plusieurs, oui tout ça engendre des coûts supplémentaires pouvant atteindre des milliers de dollars, mais surtout des dépenses en capital humain. Une denrée précieuse en temps de récolte. Alors pour ceux qui trouvaient romantique le fait de s’offrir un steak cuit sur le BBQ et de le déguster à la lumière d’un fanal, la prochaine fois, mangez-le à la santé de l’agriculteur qui l’a élevé dans des conditions pas toujours faciles.

Isabelle Martineau, agronome

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.