Représentant de la FTQ, Robert Vincent a pris part en 1990 à une manifestation musclée dans la salle du conseil pour s’opposer à une hausse salariale que les élus de l’époque souhaitaient s’accorder.

Robert Vincent a déjà manifesté contre la hausse de salaire des élus

Le conseiller municipal à Granby, Robert Vincent, n’a pas toujours été favorable aux révisions à la hausse du salaire des élus. Il a déjà pris part, à une autre époque, à une manifestation musclée dans la salle du conseil pour dénoncer une augmentation que le maire et les conseillers souhaitaient s’accorder.

Cette époque, c’était en 1990. Le conseil municipal d’alors, dirigé par le maire Mario Girard, avait entrepris des démarches pour augmenter sa rémunération de 13,5% afin de la rendre comparable à celle des villes de taille similaire.

Les élus s’étaient toutefois heurtés à un mur, alors qu’un groupe de protestation, mené notamment par des représentants syndicaux, dont Robert Vincent, alors représentant de la FTQ, avait dénoncé avec vigueur cette hausse lors d’une séance du conseil. Les policiers avaient même dû intervenir pour contenir les manifestants survoltés.

«Autres temps, autres moeurs», a éludé le conseiller Vincent, lorsque La Voix de l’Est lui a rappelé ces événements. L’élu a approuvé en début de semaine la hausse salariale annoncée en 2018 de 15% pour le maire et de 17,5% pour les conseillers. «À un moment donné, on était syndicaliste, maintenant, on est ailleurs», a repris l’élu.

Pas contradictoire
Robert Vincent estime que sa position n’est pas contradictoire. «En 1990, c’était un peu dur pour tout le monde. Il y avait la récession et toutes sortes de choses. À cette époque-là, on n’était pas capable d’avoir une hausse salariale au niveau des syndiqués. Aujourd’hui, on est ailleurs. L’économie va bien. À partir de ce moment-là, c’est juste équitable pour tout le monde», affirme l’ex-syndicaliste devenu conseiller municipal.

Celui-ci affirme par ailleurs n’avoir eu aucun commentaire négatif des citoyens au cours des derniers jours sur la révision des émoluments des élus annoncée. Celle-ci fera passer le salaire du maire de 104 160 $ à 119 784 $ et celui des conseillers de 34 402 $ à 40 423 $, allocations de dépenses incluses dans les deux cas.

Robert Vincent pourrait-il néanmoins revoir sa position, si les protestations devaient se faire nombreuses? «Non», tranche-t-il sèchement. «Je pense que la réforme doit être là et il faut continuer dans ce sens-là si on veut, comme je le disais (NDLR: lors de la dernière séance du conseil), attirer des gens compétents, des plus jeunes, qui soient à temps plein et qui donnent un rendement à la Ville et à ses citoyens. Je pense que c’est la façon de faire», est-il convaincu.

Mauvais souvenir
N’empêche que ce fort mouvement d’opposition citoyenne face à la hausse salariale des élus, ainsi que le rôle des représentants syndicaux de l’époque, ont laissé un goût amer à l’ex-maire, Mario Girard. «J’en garde un très mauvais souvenir. C’est comme si, nous les élus, on avait voulu partir avec la caisse ou qu’on était déconnecté de toute réalité», a-t-il laissé tomber en entrevue cette semaine.

En plus du brasse-camarade à l’hôtel de ville, une pétition avait été lancée à l’époque. Tout cela n’envoyait pas «une bonne image de la Ville», se souvient M. Girard. Pour acheter «la paix sociale», le règlement décrétant la hausse salariale n’a ainsi jamais été «publié», dit-il. Résultat: la rémunération projetée n’a jamais été appliquée, même si, selon Mario Girard, comme maire de Granby, il «gagnait, dans le temps, 20 000 $ de moins que les maires de villes de taille similaire».

M. Girard dit, malgré tout, trouver «généreuse» la hausse salariale des élus actuels annoncée en début de semaine. «Si on parle de 15% de 40 000 $, c’est 6000 $. Ce n’est pas la même chose que 15% de 100 000 $, qui est 15 000 $. Les pourcentages sont les mêmes, mais en chiffres absolus, c’est autre chose», glisse-t-il.

Hausse de 25%
Autre tranche d’histoire: un important rattrapage salarial a été effectué en 2010. La rémunération des élus a alors fait un bond de 25%. Cela a fait l’unanimité à la table du conseil, à laquelle siégeait le maire Pascal Bonin, conseiller municipal à cette époque.

Si la hausse a fait réagir des citoyens, l’ajout d’une allocation de transition au traitement des élus a davantage soulevé l’ire de la population. Cette allocation est versée lorsque les élus quittent de façon volontaire au terme d’un mandat ou après une défaite et peut représenter trois mois de rémunération par année de service, jusqu’à un maximum d’un an de salaire. Encore aujourd’hui, elle est dénoncée par des citoyens.