Les débordements récurrents à l’urgence de Granby engendrent des irrégularités au plan médical, déplorent des membres du personnel.

Rien ne va plus à l’hôpital de Granby

L’urgence de l’hôpital de Granby déborde. Rien de nouveau ces temps-ci. Or, La Voix de l’Est a appris que la situation est à ce point critique que des patients dont l’état de santé requiert l’isolement auraient été placés aux côtés de ceux qui sortent du bloc opératoire. Ce qui est inacceptable au plan médical, déplorent des employés de l’établissement.

« Le bordel ». C’est en ces mots que des employés du centre hospitalier de Granby (CHG) décrivent la situation « chaotique » qui y prévaut depuis quelques semaines. « C’est beau d’essayer de trouver des solutions pour désengorger l’urgence, mais il faut quand même agir avec une certaine logique. Quand c’est rendu que tu mets des gens dont le système immunitaire peut être affaibli, entre autres après une opération, juste à côté de personnes qui ont l’influenza, c’est un non-sens », a confié une infirmière du CHG, qui a tenu à garder l’anonymat. 

« Ce qui se passe en ce moment, c’est de l’improvisation. On envoie des patients de l’urgence à peu près n’importe où dans l’hôpital. Mais, c’est de la santé des gens dont il est question. On veut que leur état s’améliore, pas l’inverse. [...] Quand des situations inacceptables se présentent, certaines personnes lèvent le drapeau rouge. Mais avec la direction, c’est la loi de l’omerta. Pas le droit de parler. On ne peut pas accepter ça », a indiqué un autre membre du personnel.   

Des sources parmi les effectifs médicaux ont affirmé qu’au moins trois personnes, des cas d’influenza de type B+ diagnostiqués et nécessitant d’être isolés, se trouvaient mercredi matin dans la salle dédiée aux patients ayant subi une chirurgie d’un jour (CDJ). « Au même moment, il y avait des cas de débordement de l’urgence, des gens en isolement et des patients en [postopératoire] », a précisé une infirmière, ajoutant qu’une plainte aurait été faite en ce sens mercredi par des collègues auprès d’une responsable de la prévention et du contrôle des infections (PCI). « Le débordement [de l’urgence] en CDJ, c’est la première fois qu’on voit ça, a-t-elle souligné. Ils ne savent plus où mettre les patients. On en voit même au 5e étage, dans le corridor. »

Vives inquiétudes

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, a corroboré les informations concernant les récents dérapages dans la gestion des patients au CHG. Elle s’est dite « très inquiète », tant pour la sécurité des patients que pour celle du personnel. « Ajouter une civière dans le couloir en médecine [5e étage], c’est inacceptable, a-t-elle déploré, soulignant qu’une pétition a été lancée par le personnel pour dénoncer cette situation. On a un nombre de lits autorisé par le ministère de la Santé. Il ne faut pas déroger de ça. On ne peut pas accepter non plus que des cas d’isolement se retrouvent en chirurgie d’un jour. [...] Si on commence à déménager des patients de l’urgence sur des unités de soins qui ne sont pas ouvertes 24 h, qui n’ont pas les équipements nécessaires, c’est dangereux. »  

Mme Séguin compte rencontrer sous peu la direction du CIUSSS de l’Estrie pour éviter, estime-t-elle, que la sécurité des usagers soit à nouveau compromise. « On va essayer de stopper l’hémorragie pour que ce qui vient d’arriver [au 5e étage et en CDJ] ne se produise plus. D’autant plus que le syndicat [FIQ] n’a jamais été informé des décisions de la direction dans les deux cas. [...] Je suis consciente que l’on est en période de pointe, mais on ne peut pas prendre des décisions qui pourraient aggraver l’état de santé des patients. » 

Impasse

L’urgence du CHG débordait déjà en matinée, mercredi. À 13 h, elle affichait un taux d’occupation de 205 %, avec 41 civières comblées sur une capacité de 20. Du nombre, 15 patients étaient à l’urgence depuis 24 heures ou plus, alors que deux individus y étaient depuis plus de deux jours. Au même moment, 21 personnes étaient en attente d’hospitalisation.

La situation était également critique à l’urgence de l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), qui à la même période était emplie à 156 % de sa capacité. Douze patients y étaient alités depuis plus d’une journée et deux s’y trouvaient depuis 48 heures ou plus, alors que 17 personnes étaient en attente d’hospitalisation. Il était donc complexe, voire impossible, de transférer des patients de Granby vers Cowansville pour dénouer l’impasse, une approche fréquemment préconisée dans la région.

Le portrait était similaire dans les deux hôpitaux jeudi.

Sophie Séguin, présidente de la FIQ-SPSCE, s’est dite « très inquiète » des récents dérapages dans la gestion des patients à l’hôpital de Granby.

Le CIUSSS nie tout dérapage

Aucun patient dont l’état de santé requiert l’isolement ne se trouvait mercredi dans la salle dédiée aux gens ayant subi une chirurgie d’un jour. C’est ce qu’a affirmé en entrevue la directrice des services généraux du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, Lyne Cardinal. 

La situation est critique au centre hospitalier de Granby (CHG), où l’achalandage s’est accru comparativement à la semaine dernière. Idem à Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), a concédé Mme Cardinal. « On est en mesures d’urgence. On veut assurer la sécurité de la population. Mais, on ne peut plus agrandir par en dedans. Et à l’étage, on ne peut pas donner des congés à des gens malades, a-t-elle indiqué. Donc, dans cette impasse, notre étape ultime, qui n’est pas une gestion habituelle, est d’ouvrir des sites non traditionnels, dont la chirurgie d’un jour [à Granby]. »

La représentante du CIUSSS de l’Estrie a toutefois réfuté les révélations faites à La Voix de l’Est par du personnel médical du CHG, selon lesquelles des gens ayant l’influenza auraient été placés dans la salle de chirurgie d’un jour (CDJ) aux côtés de patients provenant du bloc opératoire. Informations corroborées par la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, Sophie Séguin. « On n’a pas monté des cas de grippe à [la CDJ]. On ne veut pas contaminer tout le monde. On a monté des patients qui avaient d’autres problèmes de santé, mais aucune personne en isolement », a-t-elle réitéré à de nombreuses reprises.

Mme Cardinal a également minimisé le bien-fondé de la plainte déposée en ce sens par des effectifs médicaux à l’équipe de prévention et de contrôle des infections (PCI). « La PCI était d’accord avec notre mouvement », a-t-elle spécifié.