C’est en septembre 2016 que les copropriétaires de la rue Boulanger ont découvert d’importantes infiltrations d’eau dans les murs de leurs immeubles construits à Sutton en 2004. Les résidants ont dû débourser tout près de 900 000 $ pour les travaux correctifs. Ils poursuivent désormais plusieurs entreprises de la région pour récupérer leur dû.

Revêtement de type SIFE défectueux: un œil averti en vaut deux

Depuis la mise en place en 2015 de Garantie de construction résidentielle (GCR), un organisme à but non lucratif chargé d’appliquer les garanties pour les constructions neuves, aucune réclamation n’a été effectuée en lien avec un revêtement de type SIFE défectueux.

« Par contre, on a, à au moins une reprise, exigé du constructeur qu’il enlève tout et qu’il réinstalle le revêtement. C’est au moment de notre inspection, avant de signer la fin des travaux, que nous avions constaté le problème », note François-William Simard, vice‑président, responsable des communications et des relations partenaires chez GCR.

« Ça prend une certaine qualité d’exécution. Pour être un vice caché, il faut que le défaut d’installation soit là au moment de la transaction [immobilière] », précise pour sa part Marco Lasalle, directeur service technique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

Selon lui, pour éviter de mauvaises surprises dans le futur, il est préférable d’inspecter visuellement tous les scellants et le pourtour des fenêtres au moins deux fois par année, ce qui permettrait d’intervenir localement et ainsi de limiter autant les dégâts que les coûts. « Si l’eau ne pénètre pas, on n’aura jamais de problème », affirme-t-il.

La plupart des problèmes concernent des constructions de la fin des années 1990 ou du début des années 2000, souligne M. Simard. « Malheureusement, les gens s’en rendent compte trop tard, quand il y a déjà de l’infiltration d’eau et de la moisissure », déplore-t-il.

M. Lasalle est d’avis que trop de cas échappent encore à la vigilance des inspecteurs, même parmi les plus chevronnés. « C’est un élément que beaucoup d’inspecteurs préachat échappent, mais qu’ils devraient voir en cinq secondes. Parfois, avec des photos prises via Google Street View quelques années auparavant, j’ai pu voir des signes que des inspecteurs n’ont même pas remarqués lors de leur récente visite! », lance-t-il.

« Pourtant, il suffit de regarder. Si on voit des cernes noirs sur le revêtement, dans le coin des fenêtres, ça peut vouloir dire que les billes de polystyrène sont saturées d’eau et qu’il y a des algues qui poussent. Si on remarque des coulisses brunes sur la fondation, ça peut vouloir dire que le revêtement intermédiaire est en putréfaction », poursuit le porte-parole de l’APCHQ.

Celui-ci rappelle qu’il n’est pas interdit d’utiliser un revêtement acrylique doté d’un SIFE. « Mais depuis 2012, la méthode d’installation a été modifiée. Dans le cas de bâtiments résidentiels, il faut obligatoirement installer un écran pare-pluie et prévoir une deuxième barrière pour éviter que l’eau ne s’accumule. »

Auparavant, tout était scellé en surface. Mais dès qu’il y avait une fissure, l’eau pouvait s’infiltrer. Elle ne pouvait toutefois pas s’écouler ailleurs ni sécher, ce qui a amené de la moisissure, explique-t-il. « Ce n’est pas de mouiller un matériau qui est dommageable, c’est de ne pas pouvoir le sécher », illustre le directeur.

De son côté, la GCR exige de tout constructeur qu’il spécifie dans son rapport le type de revêtement installé. Des vérifications supplémentaires sont alors effectuées par les inspecteurs chargés de s’assurer de la qualité de la construction.