Le bâtiment, démoli à la pelle mécanique en matinée, est une perte totale. Les dommages se chiffreront en centaines de milliers dollars.

Réveil brûlant à l'Abbaye cistercienne

Un « réveil brûlant ». Voilà comment père abbé Dom Raphaël, responsable et porte-parole de l'Abbaye cistercienne de Rougemont, qualifie sa sortie du lit dans la nuit de dimanche à lundi, alors qu'un violent incendie a eu raison du bâtiment abritant le magasin et l'entrepôt de la communauté.
Le père Raphaël a observé la scène.
La fatigue était perceptible dans la voix de l'homme de foi, lundi soir. « Heureusement, il n'y a pas de blessé », se console-t-il, tenant à souligner le « travail extraordinaire des pompiers, dans les circonstances ».
Pas moins de 50 sapeurs ont combattu les flammes ayant ravagé le bâtiment d'environ 15 000 pieds carrés, utilisé notamment pour l'entreposage et la transformation des pommes en jus, en cidre et en tartes. 
Plusieurs équipements servant à la transformation des produits étaient installés dans l'édifice, qui s'est avéré une perte totale en matinée­, lundi.
« On ne sait vraiment pas ce qui s'est produit », note le père Raphaël.
La cause du brasier est encore indéterminée, a pour sa part précisé Patrick Brodeur, directeur du Service des incendies de Rougemont. Il a toutefois fait savoir, lundi, que la thèse d'un incendie d'origine suspecte­ avait été écartée.
Boule de feu
Le feu s'est déclaré au beau milieu de la nuit.
Benoit Bouthillier dormait paisiblement chez lui, tout près de l'abbaye, quand l'incendie l'a réveillé. « Comme il faisait chaud, on dormait les fenêtres ouvertes. C'est un endroit très tranquille, alors quand j'ai entendu du bruit, je suis allé voir. Les flammes étaient déjà assez hautes », raconte celui qui a alerté les services d'urgence vers 2 h 45 du matin.
En route, les pompiers voyaient déjà une énorme boule de feu s'élever dans les airs. Sur place, une imposante colonne de flammes sortait du toit et la bâtisse était envahie par la fumée, explique le chef Brodeur­. « On le voyait au loin. C'était énorme », décrit-il. 
Une cinquantaine de sapeurs de Saint-Césaire, Marieville, Richelieu­, Sainte-Angèle-de-Monnoir et Rougemont­ ont été déployés. Des équipes étaient responsables du transport d'eau, puisqu'il y a une seule borne-fontaine dans le secteur. Le camion-échelle a été utilisé pendant l'intervention. 
Deux pompiers ont été incommodés par la chaleur, mais ils ont à nouveau pu combattre l'incendie après s'être reposés. L'Association des pompiers auxiliaires de la Montérégie­ a également­ été dépêchée­ sur place. 
Perte totale
Les dommages se chiffreront en centaines de milliers dollars, estiment les pompiers. Mais pour les moines de l'abbaye, la perte est d'autant plus grande qu'ils ont eux-mêmes construit, rénové et aménagé l'endroit au fil du temps, en plus de voir le pan le plus important de leur économie partir en fumée.
« C'était notre gagne-pain, c'est ce qui faisait vivre notre communauté, se désole Dom Raphaël, qui n'était pas en mesure de chiffrer la valeur des dégâts. Peut-être devrons-nous nous passer de soupe pendant un moment. »
Cueillir pour aider
Le maire Alain Brière, qui s'est rendu sur les lieux en matinée afin de constater l'ampleur des dégâts, n'avait que peu de mots pour exprimer sa désolation. 
« C'est majeur. Et que ça arrive ici, dans le temps des pommes, notre plus grosse période de l'année, c'est incroyable », laisse-t-il tomber.
Comme le verger a été épargné par l'incendie, les activités d'autocueillette de l'abbaye - on y retrouve quelque 13 000 pommiers et 3000 poiriers - pourront reprendre dès mercredi. 
Dès lors et jusqu'à la fin de la saison, on espère accueillir de nombreux visiteurs sur place afin de renflouer les coffres de la communauté pour financer la construction d'un nouveau bâtiment. Le terrain de 35 hectares compte trois parcs et des aires de pique-nique pour accueillir les familles, qui peuvent circuler en voiture entre les arbres.
On espère également, quand ce sera possible, aménager un magasin temporaire afin de reprendre rapidement la vente de ces produits, mais aussi de produits réalisés par d'autres abbayes de la province, dont les fromages de Saint-Benoît-du-Lac et les chocolats des Pères trappistes. 
Malgré le sinistre, la communauté demeure résiliente. « On met notre confiance dans le Seigneur, on retrousse nos manches et nous irons de l'avant », a fait savoir le père abbé Raphaël.