Le crucifix a sa place à la salle du conseil de Granby depuis la construction de l’hôtel de ville, en 1942.

Retrait du crucifix à l’hôtel de ville: Bonin n’imitera pas Montréal

La décision de Montréal de sortir le crucifix de la salle du conseil de l’hôtel de ville résonne jusqu’ici. Pour Pascal Bonin, il est hors de question d’imiter l’administration de Valérie Plante. « Montréal démontre un irrespect incroyable pour ses bâtisseurs », estime le maire de Granby.

Au bout du fil, jeudi après-midi, Pascal Bonin est remonté comme une horloge. À l’entendre, on comprend que ce sujet le pique au vif. « Les crucifix, on peut les voir d’une façon religieuse, c’est vrai, mais on est obligés d’admettre que le Québec a été en grande partie construit par ces communautés-là, comme chez nous à l’hôtel de ville, puis ces bâtisseurs-là méritent le respect. Ce n’est pas en enlevant les crucifix et en s’essuyant les pieds sur le visage de nos bâtisseurs que ça va donner quelque chose. »

Depuis toujours, le crucifix a sa place à la salle du conseil de Granby. On peut d’ailleurs constater sa présence dans la salle du conseil, sur une photo prise lors de l’inauguration de l’hôtel de ville, le 6 septembre 1942, précise Cécilia Capocchi, directrice adjointe de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

Le maire pense ainsi que la décision de l’administration Plante ne fait aucun sens. « Est-ce que ça veut dire qu’ils vont enlever la croix du mont Royal ? C’est très sérieux ce que je vous dis là. Comment Montréal pourrait dire à ses citoyens : “Nous, on va enlever le crucifix [de l’hôtel de ville], mais le même crucifix sur le mont Royal, on va le laisser là pour d’autres raisons”. Faut pas prendre les gens pour des cons non plus. »

Intégration des immigrants

Le fait d’enlever le crucifix renvoie également de façon évidente, selon M. Bonin, à l’intégration des immigrants et à l’interculturalisme. « Moi, je n’ai pas l’intention de me mettre à genou, à plat ventre, de changer mes origines, changer qui nous sommes, de me mettre à avoir honte de nos pères, nos grands-pères et nos arrière-grands-pères, et de cacher tout ce qu’ils ont pu faire dans ces années-là pour plaire à des gens qui arrivent chez nous, explique le maire de Granby. Il y a des choses qui ne marchent pas là-dedans. »

Selon lui, les Québécois ne s’affirment pas suffisamment. « Je suis très proche des communautés immigrantes, dit-il. Je n’ai jamais rencontré d’immigrants arrivés ici qui avaient exigé qu’on enlève notre culture pour qu’ils puissent s’intégrer. Au contraire, les immigrants trouvent qu’on ne prend pas assez notre place, qu’on ne fait pas assez respecter nos traditions et nos cultures. »

Port de signes religieux

Légiférer sur le port de signes religieux est d’ailleurs loin d’être une priorité, selon lui. « Je ne comprends même pas ces débats en 2019, cette [obsession à vouloir] classer les gens. Lui, il est chrétien, lui est noir, elle est lesbienne, lui il est ça... On peut-tu parler d’individu ? On a des individus avec des croyances et ça fait partie d’eux autres. Le mot important, c’est “respect”. Tant que c’est fait dans le respect, il n’y a pas de problème. »

Aux yeux du maire Bonin, ce débat « est totalement politique ». « Je pense qu’on fait des débats là où il n’y en a pas. Il y a des choses bien plus importantes à régler au Québec avant de savoir s’il y a un crucifix dans l’hôtel de ville, si le maire porte un crucifix... Est-ce qu’on peut parler des vrais problèmes ? Me semble qu’il y a tellement d’enjeux plus importants que ça. »

UNE CROIX AUTOUR DU COU

Questionné par La Voix de l’Est au sujet de la croix qu’il porte autour du cou et que certains ont déjà pointé du doigt, Pascal Bonin tranche, sans appel: «Elle va rester là.» Pour lui, pas question de faire preuve d’aplaventrisme. «Je suis tatoué d’une croix des deux épaules aux fesses. Va-tu falloir que je fasse enlever mon tatouage? Et il y a rien qui va me faire enlever ma croix [autour du cou]. Point. Il n’est pas question que je l’enlève. Ils ont pas pogné un gars pour se mettre à genou devant toutes les maudites revendications ridicules de la société moderne. Je vais me tenir debout, pis je vais la garder. S’il y en a qui l’aiment pas, qu’ils regardent ailleurs, c’est tout.»