Préserver l’intégrité de leur grange ancestrale revêt une grande importance pour Patrick et Pauline Quinlan.
Préserver l’intégrité de leur grange ancestrale revêt une grande importance pour Patrick et Pauline Quinlan.

Restaurer une grange ancestrale au bénéfice des générations futures

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Au cœur d’une nature luxuriante aux abords du chemin Miltimore, une grange ancestrale transcende l’histoire de la colonisation de la région. Un riche patrimoine que l’ex-mairesse de Bromont, Pauline Quinlan et son mari Patrick comptent garder bien vivant, en restaurant le bâtiment datant de la fin des années 1800.

Alors que le soleil perce le ciel pour chauffer le toit de tôle noir de l’imposante grange, Pauline Quinlan et son conjoint échangent des sourires complices en contemplant le bâtiment et la verdoyante vallée qui l’entoure. Un panorama peu banal figé dans le temps, qui attire à tous coups l’œil des passants. Et même ceux des propriétaires, toujours prêts à faire un saut dans le passé, tout en se projetant dans l’avenir.

« C’est une grange unique pour son architecture, mais aussi pour son histoire. On l’a toujours entretenue et on veut faire des travaux de restauration pour préserver son intégrité. C’est important pour nous. C’est un legs à notre famille, à la communauté, a dit celle qui a été mairesse de Bromont durant près de deux décennies. Qui sait, la grange pourrait rester pour encore 100 ans. »

En fait, la construction de la grange date de la période où les loyalistes se sont établis dans la région. « Nos ancêtres ont quitté l’Irlande pour venir ici. Ils ont défriché et ont travaillé fort pour faire leur place », a mentionné Patrick Quinlan.

Certains matériaux et techniques de construction utilisés pour la grange témoignent du dur labeur de ces pionniers. « On voit à plusieurs endroits de grosses poutres taillées à la hache. La majorité du bois devait venir des environs. Dans les années 1800, il n’y avait pas la machinerie d’aujourd’hui. Presque tout était fait à la main », a relaté M. Quinlan.

On voit ici une photo de la grange et des bâtiments attenants datant de 1960.

Deux silos de bois à toits coniques sont attenants à la grange. Fait inusité, l’un d’eux aurait été acquis ailleurs dans la région pour être implanté aux abords du chemin Miltimore. Selon Patrick Quinlan, le silo en question serait encore plus vieux que la grange.

Quatrième génération

Patrick Quinlan est la quatrième génération de propriétaires de la grange et du lopin de terre avoisinant. Patrick Dunlavey a acheté le terrain et le bâtiment de William Brophy et A. Farrell en 1915. À sa mort, en 1940, Mary Dunlavey, son héritière, en prend possession. Elle se marie alors à George Quinlan, qui décède à l’âge de 27 ans. Un de ses enfants, Cecil Quinlan, devient ensuite propriétaire en 1955. Son fils, Patrick, reprend le flambeau en 1965, après avoir travaillé à la ferme depuis son enfance. On y élevait alors des vaches, des porcs et on y opérait une sucrerie.

À cette époque, la grange était située à Brome. La municipalité de Bromont fut constituée en 1964. Ce n’est toutefois qu’en 1972 que le terrain et les infrastructures du chemin Miltimore y sont intégrés.

La devanture de la grange datant de 1880 sera redressée et les portes reconstruites. La partie en saillie à gauche sera retirée.

Déclencheur

La municipalité de Bromont a récemment lancé un programme de subvention pour la réfection de bâtiments patrimoniaux sur son territoire. La Ville y a consenti une enveloppe de 150 000 $. Le montant global sera réparti en parts égales sur les trois années. Au total, 104 résidences et bâtisses inventoriées par la firme Patri-Arch sont admissibles. C’est le cas de la grange du chemin Miltimore.

La somme accordée concerne « la remise en état, la rénovation et la restauration d’un immeuble patrimonial », et représente 50 % du coût réel des travaux et des frais connexes, jusqu’à concurrence de 10 000 $ maximum. Le projet de Pauline et Patrick Quinlan, dont le budget est estimé à 20 000 $, sera le premier à bénéficier du programme.

L’initiative de la Ville fut en quelque sorte le déclencheur du projet du couple Quinlan. « On savait que la grange avait besoin de travaux. On veut la maintenir intacte. Le programme de subvention a été un bon incitatif pour aller de l’avant », a concédé Pauline Quinlan.

La grange est entièrement constituée de bois, excepté la toiture de tôle. Même les silos aux toits coniques sont faits de matériaux nobles.

Cachet et méthodes

Si tout se déroule comme prévu, les travaux de restauration devraient commencer à la fin octobre et s’échelonner sur quelques semaines. L’architecte Allan Bellavance et la firme Construction Dave Williams chapeautent le projet. Toute la structure de la devanture de la grange ancestrale sera redressée. La partie gauche, en saillie, sera retirée étant donné son état. Les grandes portes à battants seront reconstruites et possiblement peintes en bleu, en rappel à celle de la laiterie, attenante, datant de 1960. « Restaurer un bâtiment datant des années 1800 demande une grande minutie. On veut préserver non seulement le cachet, mais aussi le type de matériaux utilisé et les méthodes d’assemblage de l’époque », a indiqué Mme Quinlan.

Il s’agit en fait d’une première phase de travaux de restauration. Le couple Quinlan envisage de restaurer ensuite les deux silos de bois à toits coniques, dont l’un d’eux serait encore plus vieux que la grange, et le revêtement extérieur de bardeaux.

Pauline Quinlan veut par ailleurs installer un panneau d’interprétation historique devant la grange ancestrale, qui fait partie des immeubles Héritage Quinlan. « Au-delà de la restauration, on veut que les gens connaissent l’histoire du bâtiment. On pourrait même l’intégrer au circuit patrimonial de Bromont, a-t-elle fait valoir. C’est important de connaître notre passé pour aller de l’avant. »