La présence d’une femme à la mairie pourrait en encourager d’autres à se présenter en politique municipale estime la conseillère de Granby, Julie Bourdon.

Représentation des femmes au pouvoir: des pas en avant en Montérégie

Les femmes de la Montérégie sont plus nombreuses en politique provinciale et occupent davantage des postes de direction qu’il y a dix ans. Du chemin reste toutefois à faire. C’est ce que révèlent les plus récentes données régionales colligées par le Conseil du statut de la femme.

À l’instar de la proportion provinciale, les femmes comptent pour 50,3 % de la population de la région. On parle de parité lorsqu’elles constituent de 40 à 60 % d’un groupe.

La représentation féminine à l’Assemblée nationale a littéralement doublé au cours de la dernière décennie. En 2009, parmi les 22 députés montérégiens, seuls six étaient des femmes. Elles sont maintenant 12 à avoir été élues pour représenter leur circonscription à Québec, atteignant ainsi la parité. Concrètement, la Montérégie est représentée à 52 % par des femmes au Salon Bleu, une avance de 4 points sur la moyenne provinciale.

La participation de la gent féminine est un peu moins prononcée au palier municipal, ce qui s’explique entre autres par un nombre plus faible de candidates. « Si tu n’as pas de modèles pour te donner le goût de t’impliquer, tu ne seras pas portée à faire le saut », indique Julie Bourdon, conseillère municipale à Granby, pour expliquer que les conseils municipaux montérégiens sont pour leur part composés à 30,8 % de femmes, une avancée d’à peine 4 % en une décennie.

Aux élections de 2017, seulement six femmes et près d’une trentaine d’hommes ont soumis leur candidature à un poste de conseiller dans la ville de Granby. « Ça prend plus de femmes qui donnent leur nom pour qu’on atteigne un jour la parité », croit l’élue.

Les femmes n’ont pas gagné de terrain dans les mairies de la Montérégie. En 2018 comme en 2009, elles ne représentaient que 19,8 % des maires de la région, à peine un point de pourcentage de plus que la moyenne québécoise.

Or, la présence d’une femme à la mairie pourrait en encourager d’autres à se présenter en politique municipale. « On constate que dans les villes où une femme est mairesse, il y a davantage de femmes qui sont conseillères », observe Mme Bourdon.

De plus, les femmes accédant à un poste de mairesse sont deux fois plus nombreuses à être nommées à la préfecture de leur municipalité régionale de comté (MRC), occupant près de 43 % des sièges. Il y a dix ans, elles ne comptait que pour 21,4 % des préfets et préfètes de la région, ce qui s’apparente à l’actuelle moyenne provinciale.

« Pour être préfêt, il faut être maire. À voir le nombre de préfètes dans notre région, ça me dit qu’une grande partie des femmes dans les mairies, si ce ne sont pas toutes les femmes mairesses, sont aussi préfètes », indique Mme Bourdon.

Éducation

Il y a au moins dix ans que la parité homme-femme est atteinte au sein des conseils des commissaires. La proportion de femmes élues commissaires dans les commissions scolaires de la Montérégie demeure stable, passant de 51,6 % en 2009 à 50,9 %, une statistique équivalente à la moyenne provinciale.

Les commissions scolaires sont pour plusieurs femmes un tremplin vers un plus vaste engagement en politique, souligne Andrée Bouchard, présidente de la Commission scolaire des Hautes-Rivières.

Les femmes sont plus susceptibles de s’investir d’abord en démocratie scolaire puisqu’elles sont très impliquées dans l’éducation de leurs propres enfants, concède Andrée Bouchard, présidente de la Commission scolaire des Hautes-Rivières. « Encore aujourd’hui, l’éducation relève beaucoup des femmes, c’est pourquoi elles sont mieux représentées en démocratie scolaire que dans les autres niveaux de gouvernement », dit-elle.

« Il y a quelques années, le gouvernement libéral voulait abolir la démocratie scolaire avec le projet de loi 86. Un de nos arguments à l’encontre de ce projet de loi était que les commissions scolaires constituent le seul niveau de gouvernement à être paritaire depuis un bon moment », poursuit-elle.

D’ailleurs, les commissions scolaires sont pour plusieurs femmes un tremplin vers un plus vaste engagement en politique. « C’est ici qu’elles apprennent à faire de la politique et qu’elles y prennent goût, note Mme Bouchard. Plusieurs collègues font ensuite le saut dans d’autres paliers. »

Les femmes sont toutefois un peu moins nombreuses dans les conseils d’administration des cégeps, où elles n’occupent que 45,5 % des sièges. Malgré ce secteur paritaire, à peine un des six conseils collégiaux de la région est présidé par une femme, alors que 38 % des conseils d’administration des cégeps du Québec le sont.

Gouvernance

Par ailleurs, la proportion de Montérégiennes occupant un poste de cadre au sein de la fonction publique québécoise a cru graduellement en dix ans, pour se situer à 53,3 %, une hausse de 8,2 %.

Les femmes constituent également 52 % des membres des conseils d’administration des Centres intégrés de santé et de services sociaux, dont le tiers est également présidé par une femme.

Les Montérégiennes sont aussi plus nombreuses que la moyenne québécoise à s’impliquer en affaires. La région comptait 38,6 % de femmes au sein des conseils d’administration des diverses chambres de commerce de la région, dont près de 54 % sont dirigés par une présidente.

Néanmoins, la présidente fondatrice de l’organisme La gouvernance au féminin, Caroline Codsi, est d’avis que seule une loi permettra d’atteindre une parité durable. « Tant et aussi longtemps que les entreprises ont le choix de laisser des hommes décider entre eux, il n’y aura pas de véritable progrès », allègue-t-elle.

La gestionnaire se désole qu’au niveau national, la progression du nombre de femmes au sein des conseils d’administration soit aussi lente. « Là où la situation est la plus alarmante, c’est dans les CA des entreprises, note-t-elle. Les statistiques indiquent qu’on est au plus bas depuis cinq ans quant à la nomination des femmes. Déjà qu’on avait du rattrapage à faire, si en plus on recule en arrière... »

Comme en politique, leur présence dans les CA peut avoir un effet d’entraînement auprès d’autres femmes. Encore faut-il qu’elles soient prêtes à passer à l’acte, estime Mme Codsi. « Le talon d’achille de beaucoup de femmes est leur manque de confiance en elles. Elles sont compétentes, éduquées et ambitieuses, mais beaucoup souffrent d’un syndrome de l’imposteur. Elles n’oseront pas lever la main, alors que les hommes sont déjà debout sur la table, illustre-t-elle. Il faut permettre aux femmes de sortir de leur coquille pour s’accomplir davantage. »

Tous et toutes en sortiront gagnants, indique-t-on. « Au final, la population est composée à moitié d’hommes et à moitié de femmes. Il faut que les décisions le reflètent, allègue Julie Bourdon. Les deux s’apportent beaucoup [mutuellement], chacun a des forces et des faiblesses et c’est en travaillant ensemble qu’on arrive à de meilleurs résultats. »