Un « retour à la case départ ». C’est ainsi qu’Hélène A. Wells décrit le dénouement de sa comparution devant la Régie du logement, mardi, dans le litige l’opposant à l’OMH de Granby. On la voit ici aux côtés de son avocate, Me Catherine Brodeur.

Repas obligatoires à Villa Laliberté: le dénouement ne fait pas l’unanimité

Le litige opposant Hélène A. Wells, locataire à Villa Laliberté, à l’Office municipal d’habitation (OMH) de Granby s’est soldé mardi par une entente de principe entre les deux parties, alors qu’elles ont comparu devant la Régie du logement. La direction de l’OMH doit rencontrer le 16 février les autres résidants de l’endroit, dont plusieurs se disent insatisfaits des repas obligatoires, afin de tenter de dénouer l’impasse.

Au terme de longs pourparlers entre les procureurs, Me Catherine Brodeur représentant Hélène A. Wells (défenderesse) et Me Marc Poirier pour l’OMH, les deux parties ont fini par trouver un terrain d’entente. « M. le régisseur, nous vous demandons de reporter sine die [sans indiquer de date] les deux demandes dont vous êtes saisi. [...] l’Office municipal a accepté de faire en sorte que son fournisseur fasse un menu “particularisé” à la locataire en fonction de ses contraintes alimentaires sévères. Je vais laisser les parties aménager le concret de tout ça », a indiqué l’avocat du demandeur.

En novembre, sept locataires de logements communautaires à Villa Laliberté interrogés par La Voix de l’Est, pour la plupart âgés de plus de 75 ans, ont requis l’anonymat par peur de représailles des dirigeants de l’OMH de Granby. À l’instar de Mme Wells, ces locataires disaient alors faire l’objet de pressions de l’organisation en ce qui a trait à l’exigence d’achat de nourriture. Notons que les repas sont préparés par deux entreprises, soit Les surgelés JLM de Granby et Partage Notre-Dame. Le bail ne mentionne toutefois pas d’affiliation avec ces deux entités. Il est seulement question de « fournisseurs », sans spécifier de nom de compagnie.

Motifs
Le 12 juillet, une demande a été enregistrée à la Régie du logement par l’OMH, ayant comme objet la « résiliation du bail et [l’]éviction de la locataire ». De « fausses déclarations » de Mme Wells avaient été invoquées initialement pour soutenir ce recours. « Elle ne rencontre pas les critères d’admissibilité pour habiter dans cet immeuble Accès-Logis », a aussi évoqué le demandeur.

L’OMH a corrigé le tir concernant « l’objet » et les « motifs » de sa requête à la Régie. Un amendement a été enregistré en ce sens le 27 décembre. « La défenderesse a cessé de payer pour les services de repas. [...] Le consentement du demandeur a été vicié. En effet, il n’aurait jamais consenti de bail à la défenderesse s’il avait su que cette dernière ne voulait pas des services prévus au bail. »

Antipodes
La vision des deux parties à propos du dénouement de cette comparution devant la Régie est aux antipodes. « La proposition qui m’a été faite de prendre les repas de surgelés JLM, je vais l’accepter de bonne foi. Je vais essayer pendant deux mois, mais je n’y crois pas. En plus, on me dit que je devrai payer un peu plus pour chaque repas. Pour moi, c’est un retour à la case départ. Je suis découragée. Je n’ai plus le goût de me battre », a indiqué Mme Wells à sa sortie de la salle d’audience.

De son côté, la directrice générale de l’OMH, Sylvie Lafontaine, voyait les choses d’un autre œil. « Je suis contente. Tout le monde est de bonne foi et plein de bonne volonté. On devrait être capables de continuer comme ça. De s’en sortir », a-t-elle fait valoir en entrevue.

Or, l’OMH vient-il de créer un précédent avec le cas de Mme Wells ? Mme Lafontaine estime que non. « Les gens peuvent déjà s’adresser à leur traiteur pour avoir de la nourriture adaptée, a-t-elle soutenu. Pour Mme Wells, c’est un peu plus particulier [en raison de son état de santé]. »

Par ailleurs, les dirigeants de l’OMH rencontreront les résidants de Villa Laliberté le 16 février. « On va parler de la qualité des repas, de la qualité des services. On va demander [aux locataires] s’ils veulent repartir en appel d’offres ou s’ils veulent rester avec les mêmes [fournisseurs], a mentionné Mme Lafontaine. On va tout mettre ça sur la table. »