La directrice générale de l’OMH de Granby, Sylvie Lafontaine

Repas obligatoires à Villa Laliberté: la Régie du logement tranchera

Le litige opposant Hélène A. Wells, locataire à Villa Laliberté, à l’Office municipal d’habitation (OMH) de Granby franchira une étape cruciale le 23 janvier. Les deux parties comparaîtront alors devant la Régie du logement. L’obligation d’acheter cinq repas par semaine d’un fournisseur externe est au cœur du bras de fer. De la décision rendue dans ce dossier découlera une rencontre de la direction de l’OMH avec les autres résidants de l’endroit

« Devant un problème, il y a plusieurs façons de réagir. Premièrement, tu peux faire face à la réalité et trouver une solution. C’est logique et respectueux. Deuxièmement, tu peux te mettre la tête dans le sable et tenter de blâmer les autres autour de toi. C’est exactement ce que fait la direction [de l’OMH de Granby], a clamé Hélène A. Wells. Depuis des semaines que des locataires ici attendent d’avoir une rencontre [avec les dirigeants] parce qu’ils sont insatisfaits des repas qu’on les oblige à acheter. J’appelle ça de l’intimidation et un manque flagrant de respect. »

En fait, Mme Wells est résidante d’un des 18 logements communautaires de Villa Laliberté, rue Drummond, depuis bientôt un an. Or, la sexagénaire juge les repas obligatoires incompatibles avec son état de santé fragile, a-t-elle confié en novembre. 

Sept autres locataires interrogés par La Voix de l’Est, pour la plupart âgés de plus de 75 ans, ont requis l’anonymat par peur de représailles des dirigeants de l’OMH de Granby. Ces locataires disaient alors faire l’objet de pressions de l’organisation en ce qui a trait à l’exigence d’achat de nourriture. 

« C’est facile de tenir sous la menace des gens vulnérables comme nous. On a tellement peur de perdre notre logement. On achète la paix en payant pour des repas que l’on ne mange pas parce qu’ils ne conviennent pas à notre état de santé », a déploré une d’elles. Les autres personnes présentes ont abondé dans le même sens. « C’est presque de la dictature. Au pas, sinon dehors », a imagé une autre locataire.

Rappelons qu’il ne s’agit pas de la première levée de boucliers dans le dossier. En 2011, une pétition portée par 11 résidants de Villa Laliberté avait été envoyée à l’OMH. Les signataires réclamaient alors l’abolition des exigences reliées à la location des appartements, notamment l’achat des repas. À ce moment, les denrées alimentaires provenaient de l’entreprise Les surgelés JLM de Granby. Le Partage Notre-Dame s’est ajouté depuis.

Toutefois, le bail ne mentionne pas d’affiliation avec ces deux entités. Il est seulement question de « fournisseurs », sans spécifier de nom d’organisation.  

En attente

Mise au fait en novembre de la grogne de plusieurs locataires au sujet des repas obligatoires, la directrice générale de l’OMH de Granby, Sylvie Lafontaine, s’était dite ouverte à convoquer rapidement une réunion avec les résidants pour dénouer l’impasse. La DG a toutefois révisé sa position. « On va attendre ce que la Régie va statuer. Ensuite, on rencontrera les locataires. [...] Ce serait un peu délicat de rencontrer les voisins de Mme Wells. C’est plus sage d’attendre qu’elle ait vécu cette période. »

Les résidants ont-ils été prévenus de cela ? « C’est supposé », a indiqué Mme Lafontaine, précisant qu’une intervenante communautaire responsable des résidants devait s’être acquittée de cette tâche. Selon nos informations, ce n’est pas le cas. « Il semblerait que les interventions de l’intervenante communautaire n’aient pas porté leurs fruits. Je vais faire un suivi [pour que les gens soient renseignés] », s’est ravisée Mme Lafontaine­, soulignant qu’une date de rencontre devrait être fixée sans tarder. « Ça va rassurer les locataires­ », a-t-elle ajouté.

Selon la DG de l’OMH, bien des questionnements de résidants au sujet des repas obligatoires ainsi que la récente levée de boucliers à ce sujet sont intimement liés au dossier de Mme Wells. « Avant que Mme Wells inscrive le dossier à la Régie, on n’avait pas de grogne généralisée. C’est sûr que l’insécurité [de certains locataires] est liée au fait qu’une voisine [est en litige] », a-t-elle mentionné. Notons que l’Office municipal d’habitation est l’initiatrice de la requête (demandeur) et non le contraire comme l’a avancé Mme Lafontaine. 

Amendement

Le 12 juillet, une demande a été enregistrée à la Régie du logement par l’OMH, ayant comme objet la « résiliation du bail et [l’]éviction de la locataire ». De « fausses déclarations » de Mme Wells ont été invoquées initialement pour soutenir ce recours. « Elle ne rencontre pas les critères d’admissibilité pour habiter dans cet immeuble Accès-Logis », a aussi évoqué le demandeur.

L’OMH a corrigé le tir concernant « l’objet » et les « motifs » de sa requête à la Régie. Un amendement a été enregistré en ce sens le 27 décembre. « La défenderesse a cessé de payer pour les services de repas. [...] Le consentement du demandeur a été vicié. En effet, il n’aurait jamais consenti de bail à la défenderesse s’il avait su que cette dernière ne voulait pas des services prévus au bail. » 

Les deux parties feront valoir leurs arguments devant la Régie le 23 janvier.

Hélène A. Wells, locataire à Villa Laliberté, juge les repas obligatoires incompatibles avec son état de santé fragile.