Le député de Granby, François Bonnardel, estime que les services de proximité en santé dans la région sont menacés par la centralisation à Sherbrooke des effectifs médicaux spécialisés.

Répartition des effectifs médicaux: Québec «agit en catimini», dénonce Bonnardel

Le manque de transparence de Québec concernant la répartition des effectifs médicaux, notamment celle des médecins spécialistes, suscite de vives inquiétudes dans la région.

Alors que les listes d’attente s’allongent dans certaines spécialités médicales dans la région, les effets de l’adoption de la loi 130, « modifiant certaines dispositions relatives à l’organisation clinique et à la gestion des établissements de santé et de services sociaux », font craindre le pire.

La divulgation des données des Plans d’effectifs médicaux (PEM), le 19 décembre, est du nombre. Auparavant, on pouvait voir dans ces tableaux la répartition détaillée des effectifs par hôpitaux dans chaque territoire. Or, les chiffres sont désormais globaux, notamment pour l’ensemble de l’Estrie.

À ce chapitre, des médecins spécialistes — préférant taire leur identité — qui pratiquent ici ont indiqué à La Voix de l’Est que le ministère de la Santé a fait preuve d’opacité en abrogeant l’ancienne version des PEM. « Les gens ont besoin de services de proximité en région, a fait valoir l’un d’eux. Ce n’est pas en coupant des spécialités que les choses vont s’améliorer. Et cacher la réalité, ça ne fait qu’ajouter au cynisme de la population envers le gouvernement. »

Une situation que déplore également la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). « La FMSQ privilégie le retour à la façon initiale de présenter les PEM pour pouvoir mieux suivre la répartition des effectifs. La loi 130 fait partie des sujets qui sont actuellement discutés à la table de négociation avec les représentants nommés par le premier ministre Couillard avant les fêtes », a indiqué par courriel la présidente de la Fédération, Diane Francoeur.

La présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, « privilégie la façon initiale de présenter les PEM ».

Cette nouvelle mesure fait en sorte que, dans la région, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie est responsable de la répartition des médecins spécialistes, a mentionné Noémie Vanheuverzwijn, responsable des relations médias au ministère de la Santé. « Concrètement, ça donne plus de flexibilité aux établissements [CIUSSS et CISSS] dans la gestion de leurs effectifs médicaux, car ce sont eux qui sont en mesure d’identifier les besoins prioritaires dans chacune de leurs installations. [...] Les établissements n’ont plus besoin de demander la permission au ministère pour transférer un poste d’un établissement à l’autre », a-t-elle cité en exemple.

Centralisation
Le spectre de la centralisation des effectifs médicaux à Sherbrooke, au même titre que le dévoilement des données des PEM, fait bondir le député de Granby François Bonnardel, qui estime que Québec agit « en catimini ».

« Avant, on avait minimalement un portrait global des effectifs [spécialisés] dans notre hôpital. Maintenant, on l’englobe dans la machine du CIUSSS de l’Estrie, qui peut très bien nous faire croire que le portrait est [avantageux] pour nous, a-t-il fait valoir. Et ça touche autant Brome-Missisquoi. Ma grande crainte lors de la fusion [des agences de santé en 2015] se confirme encore aujourd’hui. [...] C’est un autre effet pervers de la réforme du ministre de la Santé. Et si on ne fait pas le travail pour éplucher [les données] et essayer de comprendre, on va se faire avoir. »

Selon les données du PEM 2018, 28 postes de spécialistes seront vacants dans l’ensemble du territoire du CIUSSS de l’Estrie. En recoupant les chiffres publiés en octobre 2017, on constate une certaine perte d’effectifs à la faveur de Sherbrooke.

La gastro-entérologie est un exemple. D’ici 2020, Granby devrait perdre son seul spécialiste dans ce créneau, tandis que l’on prévoit en ajouter un en 2018 au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), qui en compte déjà 17. Idem en gériatrie. Granby n’a plus de spécialiste dans cette branche depuis 2016, alors que l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke a un poste à pourvoir cette année. À l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, le PEM 2017 prévoyait un cardiologue. Ce poste est demeuré vacant et ne figure plus au PEM d’ici à 2020. De son côté, le CHUS, qui compte 18 cardiologues, devrait en accueillir un de plus au cours des mois à venir.

« On déshabille Paul pour habiller Jean, a illustré le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ). Les services de proximité sont oubliés dans tout ça. Dans les hôpitaux régionaux comme le nôtre, avec une population vieillissante, c’est très inquiétant. »

Il n’a pas été possible d’obtenir lundi les commentaires du CIUSSS de l’Estrie.