Alina Laverrière, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska
Alina Laverrière, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska

Rentrée scolaire: des questions demeurent chez les profs

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Les élèves sauront-ils utiliser leur masque de façon sécuritaire? Les professeurs disposeront-ils de l’équipement technologique permettant l’enseignement à distance? Des professeures enceintes pourront-elles se faire exempter d’enseigner en classe? La révision du plan de réouverture des écoles en vue de la prochaine rentrée scolaire a fait naître beaucoup de questions qui restent à éclaircir, comme celles-ci, soulève le Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY).

Alina Laverrière est présidente du SEHY et enseignante en 4e année à l’école Saint-Léon, à Cowansville. Le retour en classe lors de la première vague de COVID-19, au printemps, elle l’a vécu, comme les autres 2000 profs qu’elle représente dans la région.

«Après le point de presse, on reste avec encore beaucoup de questions, destinées notamment au Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs», dit-elle.

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a annoncé, lundi après-midi, des modifications pour la rentrée scolaire. L’ensemble de ces mesures se retrouve sur le site du gouvernement.


« Je veux être certaine que l’accompagnement [des enseignants] soit fait efficacement »
Alina Laverrière, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska

Masque

Parmi les mesures les plus importantes annoncées, le masque sera obligatoire pour les élèves à partir de la 5e année à l’intérieur des murs de l’école, mais pas dans les classes. Il en sera de même pour les adultes travaillant à l’école.

L’utilisation sécuritaire du masque, ça s’apprend, indique Mme Laverrière rappelant que les professeurs ont appris à le porter et à vivre avec. «Qui va transmettre ce savoir aux enfants? Les parents, ou les enseignants?»

Ensuite, les classes ne seront pas scindées en sous-groupe et constitueront autant de «bulles» au sein desquelles les élèves seront un peu comme en famille, et où la distanciation physique ne sera pas requise.

Cette mesure est très bien accueillie par le Syndicat. «Le fait que l'idée des sous-groupes en classe soit laissée de côté, c'est ce qui me réjouit le plus dans ce qu’a dit le Ministre, dit Mme Laverrière. Ça va simplifier la vie à tout le monde.»

Matériel informatique

En cas d’une éclosion de cas de COVID, une classe pourrait être fermée, voire l’école au complet, et l’enseignement à distance serait alors proposé dans les 24h à tous les élèves.

«Se virer de bord en 24h représente tout un défi», selon la présidente du SEHY. «Je veux être certaine que l’accompagnement soit fait efficacement», ajoute-t-elle.

En effet, les investissements en matériel informatique annoncés par le Ministre n’ont pas encore été constatés sur le terrain, d’après la présidente du syndicat. «Les profs n’en ont pas encore vu les traces.»

Sans compter que les enseignants ne sont pas encore tous à l’aise avec l’environnement de la plateforme d’enseignement à distance.

Organisation des locaux et cours à option

Si le Ministère s’engage à assurer le maintien de 100% du programme, la pénurie d’enseignants — une réalité reconnue par le Ministre lui-même — laisse présager un sérieux casse-tête pour le Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs (CSSVDC).

Par ailleurs, l’enjeu des cours à option, de type arts-études ou sports-études, nécessite de mélanger des élèves de plusieurs classes et n’a été qu’effleuré par le Ministre lundi après-midi. Cela pourrait être à Val-des-Cerfs de trouver une solution pratique.

Parlant du Centre de services scolaire, celui-ci réagira plus tard cette semaine, ayant besoin d’un peu de temps pour «analyser toutes les nouvelles informations pour la mise en application dans nos milieux», nous a répondu Paméla Blouin, coordonnatrice aux communications du CSSVDC.

«Les profs devront faire preuve de créativité et de souplesse, mais tout le monde devra mettre la main à la pâte», prévient la représentante syndicale.

La Fédération autonome de l’enseignement, auquel le SEHY est affilié, devrait d’ailleurs rencontrer le Ministre la semaine prochaine pour travailler de concert.

La collaboration avec le CSSVDC quant aux dispositions de sécurité sanitaire — installation de stations de lavage des mains, par exemple — a été mentionnée par la présidente du SEHY. «Le CSS a été présent, mais il n’a pas toujours répondu aussi rapidement et efficacement qu’on aurait souhaité.»

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail a d’ailleurs demandé des ajustements à quelques reprises, qui ont été apportés.

Exemptions

«On en connaît très peu présentement sur les exemptions [pour des motifs de santé]», ajoute Mme Laverrière, citant en exemple des professeures enceintes qui avaient pu bénéficier ce printemps d’un retrait préventif et enseigner à distance, mais rien de tel n’a été confirmé pour la rentrée.

Si rien n’est fait, «on va les envoyer alors qu’elles sont vulnérables, de se retrouver dans un contexte à la fois de grossesse et de pandémie. Plusieurs m’ont interpellé en vue de la rentrée. Elles me témoignent de leur stress, car elles font face à l’inconnu».

Au-delà du cas de ces futures mères, le point de presse est loin d’avoir rassuré les profs, selon leur représentante: «Le point de presse n’a pas fait tomber leurs inquiétudes», affirme Mme Laverrière.