Les visiteurs sont repartis de la ferme Riendeau, à Ange-Gardien, avec des perceptions plus justes du monde agricole.

Renforcer le lien avec le monde agricole

En dévoilant un univers méconnu de plusieurs, les portes ouvertes des fermes réussissent encore après 16 ans à déplacer les foules et à entretenir le lien qui unit le monde agricole aux villes.

« Ça reste le même objectif : mieux faire connaître les réalités du monde agricole aux citadins », explique Robert Racine, directeur de l’UPA en Montérégie.

La mission ne pouvait pas être mieux respectée à la ferme Lucien Riendeau, dans le rang Séraphine à Ange-Gardien.

D’une part parce que la ferme a accueilli près de 3000 visiteurs dimanche (pas uniquement des citadins), mais surtout parce que les gens sont ressortis de leur visite mieux informée et avec une vision positive du monde agricole.

« Moi je viens de Saint-Sébastien, donc je côtoie le monde agricole au quotidien, mais les journées portes ouvertes, c’est devenu une tradition familiale. On choisit une ferme différente chaque année », indique Carole Laplante, qui était accompagnée de sa fille.

Cette journée portes ouvertes s’inscrit dans un processus sérieux, encadré et soutenu par l’UPA.

« Ce n’est pas tout le monde qui peut organiser des portes ouvertes. Il y a toujours des gens de l’UPA qui passent avant pour s’assurer que le site soit adéquat, que tout soit indiqué correctement », précise Robert Racine.

Contrairement à ce qui pouvait être possible il y a quelques années, les bâtiments où sont gardés les animaux ne sont pas accessibles au public. Une question de santé, tant pour les humains que pour les bêtes.

Les agriculteurs étaient cependant tout disposés à répondre aux questions du public sur le quotidien du travail à la ferme. Heureusement, puisque le partage de connaissance est essentiel dans ce genre d’exercice.

Dimanche, plusieurs personnes issues de l’industrie agricole dressaient un portrait plutôt sombre : les gens sont de moins en moins informés et de plus coupés de la réalité rurale.

« Oui, il y a quelques personnes qui reviennent à la terre, mais globalement les gens sont de moins en moins renseignés. Il y a quelques décennies, tout le monde avait quelqu’un dans sa famille qui travaillait sur une ferme, mais maintenant il y en a plusieurs qui ignorent complètement d’où vient leur nourriture », estime Lynda Tessier. Celle-ci s’occupait d’un kiosque d’où étaient diffusées des capsules éducatives sur le quotidien d’autrefois dans les campagnes québécoises.

« Le tissage de la laine ou le travail en forge, c’étaient des connaissances courantes à une certaine époque et c’est important de les garder courantes », ajoute-t-elle.

Cependant, les gens se déplacent en masse pour en apprendre davantage sur la réalité agricole.

« Nous avons fait pas mal de route pour venir ici! Nous venons de Saint-Sauveur », lance Isabelle Leduc. Cette dernière était accompagnée de ses parents et de son garçon handicapé.

« Mon mari est né sur une ferme, il nous sert de guide un peu. Mais nous à Saint-Sauveur, on ne voit pas ce monde souvent », soutient Lise, la mère d’Isabelle.

Le propriétaire de la ferme Lucien Riendeau n’a pas hésité à répondre aux questions du public.

Collectionneur
La plupart des visiteurs sont repartis de la ferme Riendeau avec des connaissances et des perceptions nouvelles.

Le propriétaire des lieux, Lucien Riendeau, en plus d’être responsable d’une cinquantaine de récoltes, est également un grand collectionneur de machineries agricoles antiques. Dimanche matin, il a d’ailleurs organisé une parade d’une vingtaine de ses tracteurs en état de marche. « Je ne les ai pas tous sortis », précise-t-il. Un peu partout sur le site, des objets antiques étaient exposés. Si certains aiment parler d’histoire, M. Riendeau préfère la toucher, la mettre en marche et la réparer au besoin. « Mon objet le plus ancien date de la fin 1800, lance-t-il en entraînant le journaliste La Voix de l’Est vers un bâtiment agricole. C’est un bowler qui fonctionnait à la vapeur, comme les trains. »

Ailleurs, on pouvait admirer une surprenante collection de scies à chaîne, d’outils et de machinerie de toutes sortes. La collection exposée était considérable et variée, mais l’un des fils de Lucien, Patrick Riendeau précisait : « Il n’y a presque rien ici. Avant on n’était même pas capable d’entrer, donc on a presque tout vidé et apporté ça dans une autre grange. »

Gestion de l’offre
Alors que les « citadins » semblaient s’amuser ferme, passant de l’enclos des vaches à celui des poneys où un nouveau-né faisaient ses premiers pas en sol montérégien, André Riendeau, qui prendra éventuellement la relève de son père, était beaucoup plus grave.

« Il faut que les gens soient aussi exigeants comme citoyens que comme consommateurs. On exige aux producteurs des normes sévères, notre travail est beaucoup plus encadré qu’aux États-Unis, mais les gens préfèrent quand même acheter de la viande bas de gamme à l’épicerie. »

« Les gens aiment bien que ce soit des petites fermes familiales, que les agriculteurs produisent de la qualité. Et bien ça a un prix », rappelle Robert Racine.

En cette période de renégociations des accords de libre-échange avec les États-Unis, ce dernier invitait la population à revoir sa façon s’alimenter. « Il faut surtout que les consommateurs s’habituent à consommer québécois.»