La municipalité de Brigham demande à Québec de suspendre puis d’abandonner le registre des armes d’épaule. Le conseil a entériné à l’unanimité une résolution appuyant les opposants du registre, qui le qualifie d’«intrusif et inefficace».

Registre des armes d'épaules: Brigham joint le mouvement

Le registre des armes d’épaule ne mettra pas le Québec à l’abri de violence liée aux armes, estime le conseil municipal de Brigham. Les élus préféreraient que l’argent soit utilisé pour des programmes d’information et d’éducation aux armes à feu.

« Je ne pense pas que le registre va sauver des vies ou qu’il va empêcher d’autres violences. On dépense beaucoup d’argent pour quelque chose qui ne fonctionnera pas. On pourrait prendre cet argent et offrir des services de santé aux personnes vulnérables », a affirmé le maire de Brigham, Steven Neil.

En assemblée mardi, le conseil a entériné à l’unanimité une résolution appelant le gouvernement à décréter un moratoire sur l’application du registre et éventuellement à l’abandonner. Le document affirme que la municipalité est « solidaire avec les chasseurs, tireurs sportifs, les collectionneurs et les citoyens » qui jugent que le registre est « intrusif et inefficace ».

M. Neil ne pensait pas devoir aborder ce débat. C’est le conseiller Philippe Dunn qui a attiré l’attention du conseil sur la question, a-t-il dit. « Ce n’est pas dans les juridictions des municipalités. Mais Philippe a été approché par plusieurs de nos citoyens qui chassent et qui ne croient pas que le registre soit une bonne chose. On en a parlé au conseil et on a décidé de prendre position », a expliqué le maire.

Outre le financement de programmes d’information et d’éducation sur l’utilisation d’armes à feu, le conseil brighamois appelle le gouvernement québécois à « soutenir concrètement les initiatives contre l’importation, la fabrication et la possession d’armes illégales », lit-on dans la résolution.

La municipalité de Brigham est la cinquième dans la région à adopter une résolution appelant Québec à faire marche arrière dans ce dossier. Farnham, Saint-Armand, Warden et le Canton de Potton ont aussi manifesté leur opposition au registre.

Un total de 130 municipalités ont adopté jusqu’ici des résolutions s’opposant au registre, selon la page Facebook de Tous contre un registre québécois des armes à feu.

Notons que la municipalité de Lac-Brome a refusé de déposer une résolution en ce sens.

Désobéissance civile

Les municipalités ont le droit de s’exprimer contre le registre, mais le gouvernement n’a pas l’intention de se plier à leur demande, soutient Jean-François Del Torchio, directeur des communications de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. « On a une loi, qui a été adoptée de façon démocratique par l’Assemblée nationale l’an dernier, qui exige que les gens enregistrent leurs armes d’épaule », rappelle-t-il.

M. Del Torchio espère que les gens n’interpréteront pas les résolutions des municipalités comme un appel à la désobéissance civile en n’enregistrant pas leurs armes d’épaule. « La loi s’applique », affirme-t-il.

Les propriétaires d’armes d’épaule avaient jusqu’au 29 janvier pour les enregistrer. Ceux qui ont omis de le faire s’exposent à des amendes, a dit M. Del Torchio. « On ne partira pas à la chasse aux chasseurs. Mais si des policiers lors d’une intervention vérifient et s’aperçoivent que vous avez un permis de possession d’armes, ils pourraient vous demander de voir vos armes et de vérifier si elles sont bien entreposées. Si vous ne les avez pas enregistrées, vous pourriez avoir une amende. »

Sur le budget prévu pour mettre sur pied le registre, M. Del Torchio a indiqué que près de 7,8 millions de dollars ont été dépensés jusqu’ici. Le ministère de la Sécurité publique a prévu un budget de 20 millions de dollars pour créer le registre. La gestion du registre devrait coûter annuellement 5 millions de dollars.

En date de jeudi, environ 401 000 détenteurs de permis de possession et d’acquisition d’armes avaient enregistré leurs armes, a dit M. Del Torchio. Le Ministère estime que le Québec compte 1,6 million de détenteurs de permis de possession et d’acquisition d’arme. Cette donnée est tirée du registre fédéral des armes à feu de 2012. Il a par la suite été aboli par le gouvernement conservateur.