Pour Nicole Sylvestre, le projet de loi 17 déréglementant l’industrie du taxi met en péril les vieux jours que le couple comptait couler tranquille d’ici quelques années, après des décennies de dur labeur.

Réforme de l'industrie du taxi: une retraite en jeu

Aux côtés des autres travailleurs de l’industrie du taxi granbyenne, Nicole Sylvestre fulmine. Si les permis de taxi ne sont pas compensés à leur juste valeur par le projet de loi du ministre François Bonnardel, c’est le travail de toute une vie qui part en fumée.

« Ça fait deux jours que je ne dors plus. Nos permis de taxi, c’est notre retraite », confie la Granbyenne qui, avec son époux, a investi toutes ses économies dans l’achat de huit permis de taxi, six réguliers et deux temporaires, que compte leur entreprise, Taxi Granby.

« Ça fait 30 ans que mon mari fait du taxi, poursuit Mme Sylvestre. On a toujours été des travailleurs autonomes : tout l’argent qu’on avait, on l’a pris pour acheter nos permis. On a investi dans nos jobs pour ne pas finir sur l’aide sociale. On n’a pas de fonds de pension. Et ce ne sera pas avec notre maigre pension [NDLR : la pension de vieillesse du gouvernement fédéral] qu’on va vivre. »

À ses yeux, le projet de loi 17 déréglementant l’industrie du taxi met en péril les vieux jours que le couple comptait couler tranquille d’ici quelques années, après des décennies de dur labeur. « J’ai 67 ans, presque 68, et mon mari a 69. On ne pourra pas recommencer », rage-t-elle.

Les travailleurs autonomes embauchés par Taxi Granby pour opérer les véhicules dotés de permis sont eux aussi plongés dans le noir, indique la dame. « Ça les frustre. Eux non plus ne savent pas ce qu’ils vont faire pour la suite des choses », déplore-t-elle.

« Nous jeter à la rue »

Chacun des permis de taxi de Taxi Granby a désormais une valeur de 70 000 $, plaide Mme Sylvestre. Le dernier plan de compensation du gouvernement, qui offre 1000 $ par permis de taxi en région, est pour la Granbyenne une véritable gifle au visage. « Ce n’est même pas ce que ça coûte pour les plaques d’immatriculation pour une année ! lance-t-elle, excédée. Avec ce projet de loi là, on n’aurait plus rien. »

La dame est convaincue qu’aucun dédommagement futur ne serait à la hauteur des pertes qu’elle devra subir. « Ce n’est pas sérieux, c’est nous jeter à la rue », dit-elle, déçue que le ministre Bonnardel ait confirmé que l’enveloppe qui sera accordée aux quelque 8300 chauffeurs de taxi de la province sera plafonnée à 500 millions de dollars, si on inclut les 250 millions versés l’an dernier.

Nicole Sylvestre déplore par ailleurs que l’industrie du taxi dans les régions, laquelle n’avait pas encore été confrontée à la concurrence « déloyale » d’Uber et maintenant de la coopérative EVA, « subisse les contrecoups » d’un système inégalitaire qui a sévi à Montréal et dans d’autres grandes villes. « Nous ne sommes pas dans la même situation qu’à Montréal, et nos permis n’ont pas la même valeur. C’est décourageant bien raide », laisse-t-elle tomber.