Elvis Redzepagic de Taxi 3000

Réforme de l'industrie du taxi: les chauffeurs mécontents, les nouveaux joueurs se réjouissent

Un projet de loi qui optimise la mobilité et qui offre plus de transparence aux utilisateurs de taxi. C’est de cette façon que Dardan Isufi, le cofondateur de la coopérative de transport collaboratif EVA, perçoit le projet de loi 17 concernant le transport rémunéré de personnes par automobile, déposé mercredi par le ministre des Transports, François Bonnardel. Questionnés à brûle-pourpoint, Guy Gosselin de Taxi Van et Elvis Redzepagic de Taxi 3000 le jugent quant à eux inadéquat, voire ridicule.

« Je n’ai pas encore lu les 76 pages du projet, mais je peux dire que toutes les compagnies de taxi sont déçues », lance fermement M. Redzepagic, propriétaire de Taxi 3000 à Granby.

Selon M. Redzepagic, le montant de 250 millions de dollars — somme annoncée par la CAQ qui s’ajoute aux 250 millions déjà promis par le gouvernement Couillard, soit un demi-milliard au total — pour dédommager les chauffeurs de taxi, dont la valeur du permis a chuté depuis l’arrivée d’Uber, n’a aucune valeur en comparaison avec tout ce qu’il a dû investir pour assurer la pérennité de son entreprise qu’il dirige depuis trois ans

Tablettes dans les véhicules, application et système informatisé font partie des mises à jour technologiques qu’il a entreprises pour rester dans la course. Sans compter les quelque 3000 $ par véhicule qu’il doit réserver pour les assurances et l’immatriculation de ses véhicules.

Même son de cloche du côté de Guy Gosselin, propriétaire de l’entreprise Taxi Van, également basée à Granby. « Le 250 millions, c’est des peanuts. Ils m’ont donné 1000 $ pour la dévaluation de mon permis », relève-t-il.

C’est en effet à Montréal que les montants de dédommagement ont été les plus élevés : certains ont reçu jusqu’à 43 000 $ par permis. M. Gosselin a pour sa part obtenu 7000 $ pour les sept permis de son entreprise.

De son côté, Dardan Isufi — cofondateur d’EVA, qui fait partie des nouveaux joueurs de l’industrie au même titre qu’Uber — se dit soucieux d’évoluer dans un marché juste et équitable. « L’objectif du projet, c’est de donner plus de sécurité aux passagers et plus de transparence envers les utilisateurs », fait-il valoir.

Dardan Isufi (à gauche), le cofondateur de la coopérative de transport collaboratif EVA, croit que le projet de loi est une bonne nouvelle pour les Québecois.

Permis de taxis

S’il est adopté, le projet de loi prévoit la fin des quotas dans l’industrie du taxi, pour ouvrir la voie au libre marché. Cela aurait pour effet de faire baisser la valeur des permis. Une autre mesure que les chauffeurs de taxi granbyens dénoncent fortement.

« On a investi beaucoup d’argent dans nos autos, et là n’importe qui peut faire du taxi », rage M. Redzepagic. Pour reprendre ses mots, M. Gosselin est d’avis que ce sera « free-for-all ». À Granby, 47 permis de taxis sont actifs et ils valent approximativement 70 000 $ chacun.

« Et là, du jour au lendemain ça ne vaudrait plus rien, fulmine M. Gosselin. Le gouvernement nous donnait des quotas pour empêcher qu’il y ait trop de taxis, et là, le projet de loi va engendrer plus de transporteurs et plus de pollution », poursuit-il.

Territoires

Actuellement, si un chauffeur de taxi conduit un passager à partir de Granby jusqu’à Sherbrooke, le taxi doit revenir vide du lieu de destination. Avec le projet de loi, il n’y aurait plus de restriction territoriale, c’est-à-dire que le taxi pourrait revenir de Sherbrooke avec un passager à bord.

M. Isufi, cofondateur de l’application coopérative de covoiturage EVA, voit d’un bon œil cette nouveauté. « Ça permet une plus grande flexibilité de mobilité », dit-il, précisant que la loi sur le taxi n’avait pas été modifiée depuis 30 ans.

En revanche, Elvis Redzepagic n’est pas intéressé à « jouer sur le terrain des autres ». « Avant on avait chacun nos territoires et le tout le monde respectait ça », dit-il.

Selon M. Gosselin, 4000 propriétaires de taxi au Québec ont l’intention de déposer un manifeste au ministère des Transports (MTQ) pour des mesures à prendre pour les régions, qui selon lui, sont oubliées dans ce projet de loi.

« On dirait que le MTQ veut régler les problèmes de Montréal, Québec et Gatineau et qu’il se fout des régions. Ça va causer plusieurs faillites », affirme-t-il.