Thanh Thuy Tran conserve tous ses pourboires pour les redistribuer sous forme de denrées alimentaires à des personnes vivant dans des milieux particulièrement pauvres du Vietnam. Les autres employés de Pro-Ongles présents sur la photo participent également à cette chaîne de solidarité.

Redonner au Vietnam

Thanh Thuy Tran a pris dimanche la direction du Vietnam afin de distribuer des vivres et de l’argent aux gens pauvres et malades de ce pays qu’elle a quitté à l’âge de 22 ans.

Depuis cinq ans, la propriétaire du commerce Pro-Ongles, situé rue Principale à Granby, conserve tous les pourboires qu’elle reçoit pour ensuite les redonner à son peuple sous forme de nourriture et de biens essentiels.

Mieux connu sous son prénom québécois de Linda, Thanh Thuy Tran a une histoire similaire à celle de Kim Thuy. Elle fait partie de ces boat people qui ont fui le Vietnam vers un camp de réfugiés avant d’immigrer au Canada. Et comme Kim Thuy, c’est à Granby qu’elle est arrivée. 

L’extrême pauvreté dans laquelle elle a vécu l’a marquée ; elle a ainsi décidé de redonner au suivant. Et sa générosité a été contagieuse puisque les employés du commerce de pose d’ongles, des Vietnamiens eux aussi, ont également décidé de redonner leurs pourboires pour les moins nantis de ce pays d’Asie. À travers le monde, certains de ses amis qui pratiquent le même métier ont aussi choisi de redonner leurs pourboires à Linda, convaincus par son engagement envers sa communauté.

L’extrême pauvreté dans laquelle Thanh Thuy Tran a vécu l’a marquée ; elle a ainsi décidé de redonner au suivant.

Des camions pleins

Dimanche, Linda est partie avec environ 1200 $ et quelques objets et denrées du Québec. Durant ses quatre semaines de vacances, elle contactera ses amis de la Californie, de New York et du Japon qui lui vireront les fonds qu’ils ont amassés de leur côté. Par le passé, elle a déjà donné pour plus de 6000 $ de denrées et de vêtements. C’était en 2015, une année marquée par d’importantes inondations et des coulées de boue. Généralement, le montant des dons se situe davantage entre 2000 $ et 3000 $.

Thanh Thuy Tran fait les marchés pour acheter une quantité phénoménale de denrées et de vêtements qu’elle transporte dans une fourgonnette louée. Le jour J, elle divise les denrées dans des sacs avec l’aide d’amis du Vietnam et de sa famille.

« Avec 2000 $, on est capable de faire beaucoup de choses au Vietnam », souligne son ami Trong Khac Do, qui a joué les traducteurs pour simplifier la conversation entre l’auteure de ces lignes et Linda. Celui-ci a lui-même donné beaucoup d’argent au fil des ans pour permettre, par exemple, la construction de puits d’eau potable et d’une école. 

Linda choisit toujours un endroit où les gens ont la vie dure, que ce soit des personnes atteintes de cancer, des aveugles ou des enfants à l’orphelinat. Elle va dans les montagnes, dans le sud du pays, là où l’agriculture est difficile et où la misère est criante. 

Puis, elle fera les marchés pour acheter une quantité phénoménale de denrées et de vêtements qu’elle transportera dans une fourgonnette louée. Le jour J, elle divise les denrées dans des sacs avec l’aide d’amis du Vietnam et de sa famille. Sa fille, née dans un camp de réfugiés en Indonésie, a d’ailleurs déjà participé à cette aventure.

« La vie est belle »

Des bénévoles ont documenté la générosité de Linda et de ses amis dans des vidéos diffusés sur YouTube. On les voit préparer la distribution de sacs pleins de victuailles, destinés à de nombreuses personnes faisant la file pour recevoir les poches de riz, des sachets de soupe ramen, des nouilles, de la sauce soya, ainsi qu’un peu d’argent. Avec le 5 $ qu’elle offre à chacun en prime, ils peuvent se nourrir pendant quelques jours. 

Durant cette journée, les sourires sont rois et les remerciements, nombreux. « Ça me donne la chair de poule de faire ça, confie Thanh Thuy Tran. La vie est belle. »

Dans les vidéos, on la voit coordonner les opérations avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles, malgré sa fatigue, et on voit les gens repartir les bras pleins, le visage heureux.

De nombreuses personnes font la file pour recevoir des sacs pleins de victuailles.

CONDITIONS DIFFICILES AU VIETNAM

« On a vécu la misère, le camp de réfugiés et, dans ce temps-là, il y avait de l’aide humanitaire, raconte son ami Trong Khac Do, qui a joué les traducteurs pour simplifier la conversation entre la journaliste de La Voix de l’Est et Linda. Elle a passé par là. On vit bien ici, on a des commerces, et c’est simplement [naturel] de donner au suivant. »

Linda a dû attendre une ouverture du gouvernement vietnamien envers les visiteurs de l’étranger avant de pouvoir retourner voir sa famille au Vietnam. 

« Dès que Linda en a eu les moyens, elle a voulu aller visiter sa famille au Vietnam. Mais une fois là-bas, elle a vu les gens qui sont pauvres et c’est là qu’elle a décidé de donner », explique M. Do, qui est par ailleurs chef cuisinier et propriétaire du restaurant — italien (!) — l’Excellence, à Granby.

« Ici, au Québec, il y a un système et, si tu ne peux pas travailler, il y a l’aide sociale, ajoute son ami. Au Vietnam, il n’y a pas ça. Si tu es malade, tu dois endurer et tu vas mourir. » « Les gens qui sont malades n’ont pas d’argent pour manger », renchérit Linda.