Chantal Clément, de la ferme laitière Gépaquette à Saint-Paul-d’Abbotsford, fait actuellement les frais de la difficulté de recruter des travailleurs agricoles étrangers.

Recrutement des travailleurs agricoles étrangers: les délais s'allongent

Recruter des travailleurs agricoles étrangers n’est pas une mince affaire. Les délais s’allongent, ce que déplorent plusieurs producteurs. Chantal Clément, de la ferme laitière Gépaquette à Saint-Paul-d’Abbotsford, en fait actuellement les frais. « Ça a pris trois mois au lieu de trois semaines », dit-elle au sujet de ses démarches auprès d’Emploi et Développement social Canada.

Recruter des employés agricoles étrangers, des Guatémaltèques et Mexicains pour la plupart, prend actuellement six mois. Au Québec, le bureau de Montréal peine à répondre à la demande, et ce, malgré l’embauche d’une trentaine d’employés supplémentaires l’automne dernier.

En un an, l’étape de traitement des demandes acheminées au centre montréalais de Service Canada a tout simplement doublé. Elle est passée de 29,2 jours ouvrables en 2017-2018 à 57,7 jours en 2018-2019, selon le ministère fédéral de l’Emploi.

Ceci s’explique notamment par le fait qu’en 2018, il y a eu 30 % de demandes de plus qu’en 2017, selon Fernando Borja, directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME), un organisme dont la mission est d’assister les employeurs agricoles dans toutes ces démarches.

Des Guatémaltèques toute l’année

En production laitière, Mme Clément emploie un à deux Guatémaltèques sur une base régulière tout au long de l’année. Cependant, si l’un ou l’autre décide de rentrer précipitamment au Guatemala, l’étirement des délais de traitement des dossiers d’immigration a des conséquences directes sur le fonctionnement de sa ferme. « Si j’en perds un, c’est l’équivalent de 50 % de mon personnel », explique-t-elle, alors qu’elle a reçu ce lundi l’autorisation d’Emploi et Développement social Canada d’embaucher un futur employé. « Il arriverait si tout va bien début avril », espère la productrice, qui emploie des travailleurs en provenance du Guatemala depuis 2012.

À Granby, la ferme Mailloux et fils emploie en continu quatre travailleurs en provenance de ce même pays d’Amérique centrale, à raison de dix mois d’affilée, ce qui leur permet de retourner chez eux voir leur famille. « Ça va bien, on s’arrange pour les accommoder », explique Nicolas Mailloux, copropriétaire de la ferme laitière.

Ce dernier souligne que les démarches sont fastidieuses : « Il y a beaucoup de paperasse. » Dans son cas, le traitement de ses dossiers de demandes de travailleurs étrangers a pris « un ou deux mois de plus » depuis l’implantation des tests d’identification biométriques, qui sont devenus obligatoires depuis le 1er janvier 2019 pour tout étranger souhaitant travailler au Canada.

Demande en ligne

Le gouvernement canadien est bien au fait de la situation et a mis les bouchées doubles ces derniers mois, selon M. Borja.

Une vaste consultation canadienne menée tout au long de 2018 auprès de multiples acteurs en lien avec la problématique des travailleurs agricoles étrangers a déjà permis d’identifier les problèmes propres au Québec.

Le gouvernement fédéral reconnaît que les délais sont plus longs dans le bureau de Montréal qu’ailleurs au Canada, insiste M. Borja. En effet, les employeurs des autres provinces canadiennes passent tous par le bureau de Simcoe, au sud de l’Ontario, où les délais sont beaucoup plus courts qu’au bureau de Montréal.

Le projet de faire la demande directement par Internet accélérerait le processus, et il est présentement sur la table. « Ça serait éventuellement disponible cette année... Mais ce n’est pas encore effectif », indique le DG de l’organisme à but non lucratif FERME.

M. Borja pointe d’autres solutions. « On souhaiterait qu’il y ait davantage de souplesse pour les “employeurs de confiance” qui ont respecté le programme par le passé. Quelque chose devrait être mis en place pour alléger les démarches des employeurs au Québec. »

Dans sa ferme à Saint-Paul, Mme Clément commence à trouver le temps long, elle qui n’a actuellement aucun travailleur étranger pour lui prêter main-forte. « Il y a toujours des nouvelles affaires qui s’ajoutent à chaque année, dit-elle. On a besoin d’être allégés, d’avoir quelque chose de plus simple. »

Selon la Fondation des Entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère, à la mi-saison 2018, 3729 postes étaient comblés par des travailleurs mexicains, tandis que 3741 l’étaient par des travailleurs originaires du Guatemala.

PROCÉDURE ACCÉLÉRÉE

Il existe une procédure accélérée permettant de traiter une demande en quelques semaines dans certaines situations.

«Une demande d’urgence peut être demandée quand un travailleur est rapatrié», explique Fernando Borja, directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère.

Cependant, le délai de traitement de ces demandes d’urgence reste conditionnel au volume traité par le bureau de Service Canada.