«Dans le temps, j’avais été marqué par ce que les frères m’ont fait. Rebrasser tout ça a remis à la surface des souvenirs très malheureux», a confié une des présumées victimes des Frères du Sacré-Coeur à Granby.
«Dans le temps, j’avais été marqué par ce que les frères m’ont fait. Rebrasser tout ça a remis à la surface des souvenirs très malheureux», a confié une des présumées victimes des Frères du Sacré-Coeur à Granby.

Recours contre les Frères du Sacré-Coeur: des présumées victimes s’impatientent

Alors que le recours collectif contre les Frères du Sacré-Cœur (FSC) fait du surplace, les deux parties n’arrivant pas à établir les balises d’un règlement hors cour, la pression monte chez certaines victimes alléguées des religieux.

C’est le cas de Marcel (nom fictif), qui « n’en revient pas de la lenteur » de l’appareil judiciaire. « En m’inscrivant au recours collectif, ça a brassé pas mal de sentiments enfouis bien loin. Ça fait presque deux ans que ça me trotte dans la tête. J’attends juste que le dossier se règle pour passer à autre chose, a confié le sexagénaire à La Voix de l’Est. Il n’y a rien de pire qu’être dans l’incertitude, dans le néant. Je me sens doublement victime. D’un côté, du système de justice et de l’autre, des frères qui ont détruit mon adolescence en abusant de moi. »

Gaétan (nom fictif) abonde dans le même sens. « Je fais partie du groupe pour le recours depuis le début. Avant de m’inscrire, je me suis arrêté, j’ai réfléchi durant deux, trois jours, et je me suis dit que justice devait être rendue. Mais dans tout ça, où est-elle, la justice ? Dans le temps, j’avais été marqué par ce que les frères m’ont fait. Rebrasser tout ça a remis à la surface des souvenirs très malheureux. Et là, le dossier traîne en longueur. Je suis malade et je ne vois pas le jour où ça va se terminer. »

Dossiers interreliés

Le juge Provencher a autorisé, il y a près de deux ans, la demande en action collective au nom des présumées victimes d’agressions sexuelles, qui auraient été commises par des religieux au Collège Mont-Sacré-Cœur, à Granby, entre 1932 et 2008. Le requérant, un homme dans la cinquantaine que l’on nomme « A » pour préserver son identité, allègue avoir été violé à plus de 300 reprises pendant qu’il était pensionnaire au Collège au cours des années 1970. Il était âgé de 13 à 15 ans. Les agressions sexuelles auraient été perpétrées par le frère Claude Lebeau de trois à six fois par semaine pendant deux ans. Une quinzaine d’autres religieux sont aussi ciblés par des allégations de pédophilie.

Alors qu’un procès se profile, le juge de la Cour supérieure, Christian Immer, a pris la relève dans le dossier. Le cabinet Kugler Kandestin mène la poursuite tandis que le cabinet Fasken Martineau DuMoulin représente la congrégation religieuse. Les procureurs ont tenté de s’entendre sur un règlement à l’amiable, en vain. Les avocats ont notamment des visions divergentes concernant le protocole d’indemnisation des victimes.

Avant d’aller en procès, le juge Immer devait se prononcer sur la requête d’autorisation d’un second recours collectif, regroupant l’ensemble des victimes d’agressions sexuelles par des membres des FSC à travers la province. Ce qui vient tout juste d’être fait. 

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Côté solvabilité, la congrégation religieuse a récemment déposé une action en garantie contre une dizaine d’assureurs, en raison de l’importance des montants d’indemnités possibles. Plusieurs millions de dollars sont réclamés dans le premier recours. Idem dans le cas de la deuxième poursuite, qui avoisine globalement 16 millions $.