Les procureurs de la poursuite ont dévoilé une douzaine d’exemples de dénonciations d’élèves ainsi que des détails concernant des agressions qu’auraient commises des religieux.

Recours collectif contre les Frères du Sacré-Cœur: aucune suite après les dénonciations

Alors que se profile un procès dans le dossier du recours collectif contre les Frères du Sacré-Cœur, qui se déroule au palais de justice de Granby, les avocats du requérant ont dévoilé de nouveaux détails concernant des agressions qu’auraient subies de nombreuses présumées victimes des religieux.

En fait, les procureurs du cabinet Kugler Kandestin, qui pilotent le recours, ont dû modifier la demande introductive d’instance en action collective (DII) à la suite du récent verdict du juge de la Cour supérieure, Sylvain Provencher. Cette décision est entre autres liée à des demandes de la défense concernant une série de précisions au sujet d’éléments de la poursuite.

Ainsi, outre les allégations concernant les présumées agressions commises par les six frères, exposés dans la DII, le demandeur a dû donner des détails à propos de celles « visant les 12 autres frères nommés » dans la requête, a tranché le juge Provencher. Il s’agit du principal gain au chapitre des précisions réclamées par les procureurs du cabinet Fasken Martineau.

« On a allégué 11 exemples de dénonciations aux autorités des frères. Des comportements inacceptables par certains de leurs membres concernant des agressions sexuelles. Et au cours des années, il n’y a jamais eu quoi que ce soit qui a été fait pour protéger les enfants », a indiqué Me Robert Kugler.

Drapeau rouge

À titre d’exemple, la poursuite a évoqué qu’un jeune a levé le drapeau rouge, à l’automne 1967, à la suite d’une agression qui aurait été commise par le frère Hervé Aubin. « Un élève a dénoncé verbalement au frère Paul-Émile Blain, son frère maître, et au frère André, le titulaire de la 8e année du cours classique, que le frère Hervé Aubin l’avait agressé sexuellement dans sa chambre ce jour-là. [...] Peu de temps après, le frère Blain a convoqué l’élève à son bureau pour lui demander de tenir le tout secret et de ne pas ébruiter l’histoire. Le frère Blain a par la suite envoyé une lettre aux parents de cet élève les informant que leur fils ne sera pas réadmis au Collège l’année suivante », peut-on lire dans la requête amendée.

De son côté, Me Éric Simard, à la défense, s’est dit globalement satisfait des modifications apportées à la DII. « J’ai noté certains détails pour lesquels je devrai demander des précisions, a-t-il mentionné en entrevue. Mais il n’y a rien de majeur. [...] En gros, on analyse cette déclaration introductive précisée. [...] C’est un autre jalon dans le dossier. »

Une vingtaine de religieux

Rappelons que le juge Provencher a autorisé en novembre 2017 le recours collectif au nom des présumées victimes d’agressions sexuelles, alors que ces dernières auraient été commises par des religieux au Collège Mont-Sacré-Cœur, à Granby, entre 1932 et 2008.

Le requérant, un homme de 57 ans que l’on nomme « A » pour préserver son identité, allègue avoir été violé à plus de 300 reprises pendant qu’il était pensionnaire au Collège au cours des années 1970.

Il était alors âgé de 13 à 15 ans. Les agressions sexuelles auraient été perpétrées par le frère Claude Lebeau de trois à six fois par semaine pendant deux ans. Au total, une vingtaine de religieux sont ciblés par des allégations de pédophilie.

Bien qu’aucune discussion n’ait été officiellement amorcée concernant un arrangement hors cour, les deux parties ne ferment pas la porte à cette option.